Tous les articles par Alexandre Luy

Quand l’antiracisme sert d’alibi à l’intolérance

Il y a des images qui en disent plus long que mille discours. Celle d’une candidate écartée parce que son orientation sexuelle dérangerait une partie de l’électorat en est une. Et cette scène, qui se déroule en France, révèle une vérité dérangeante : la gauche dite « progressiste » est en train de renoncer à ses valeurs les plus élémentaires pour ménager des clientèles électorales devenues incompatibles avec ces valeurs. C’est une faillite politique, intellectuelle et morale.

Depuis des années, une partie de la gauche répète comme un mantra la « convergence des luttes ». Mais voici le point de rupture : on ne peut pas prétendre défendre toutes les minorités tout en fermant les yeux devant l’homophobie lorsqu’elle provient d’un électorat jugé stratégique. Les quartiers populaires, que la gauche courtise depuis longtemps (car elle réussit l’exploit de l’abandonner au fil du temps), abritent aujourd’hui une part non négligeable de populations dont les normes sociales se durcissent sous l’influence de discours religieux rigoristes. La réalité sociologique contredit l’idéologie. Et tant pis pour les principes !

C’est ainsi que les mêmes qui donnaient des leçons de tolérance il y a encore quelques années se retrouvent à considérer l’homosexualité comme un problème « stratégique » dans une campagne électorale. Les mêmes qui se posaient en gardiens des droits civiques préfèrent désormais sacrifier ces droits plutôt que d’assumer une vérité dérangeante : une partie de leurs soutiens rejettent frontalement ce qu’ils prétendent incarner. C’est une capitulation pure et simple.

Le plus stupéfiant, c’est qu’à droite (oui, à droite, et parfois tout à droite) l’intégration de personnalités ouvertement homosexuelles ne pose plus guère de problème. Ce paradoxe devrait faire rougir ceux qui prétendaient détenir le monopole de la défense des minorités. Mais on ne rougit plus, on évite, on contourne, on se tait. Et on accepte de payer le prix de ses propres valeurs pour conserver un électorat devenu idéologiquement incompatible avec le progressisme dont on se réclame.

Ce virage a été accéléré par l’importation du conflit israélo-palestinien dans toutes les arènes militantes. Pendant un an, la rue s’est couverte de drapeaux étrangers, les slogans maximalistes ont remplacé les principes républicains, et la frontière entre engagement politique et complaisance envers des positions radicales, voire ouvertement antisémites, s’est dangereusement estompée. L’antiracisme est devenu un paravent commode pour excuser l’intolérance quand elle vient des « bons » groupes. Et maintenant, l’homophobie devient une variable d’ajustement politique. C’est le dernier stade du renoncement.

On pourrait se rassurer en disant : « Cela se passe en France, pas chez nous. » Ce serait une erreur tragique. La Suisse n’est pas un îlot hermétique. On l’a vu récemment encore, les slogans importés fleurissent dans nos manifestations, les postures radicales gagnent nos milieux militants, et la tentation du clientélisme identitaire commence, elle aussi, à infiltrer notre vie politique. Par mimétisme militant, nous finirons par connaître exactement les mêmes fractures. Les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets.

Dans un pays comme le nôtre, où le vivre-ensemble repose sur une subtilité fragile, céder à cette dynamique serait suicidaire. La cohésion sociale suisse ne survit pas aux renoncements. Elle exige un courage que la gauche française vient précisément de démontrer qu’elle n’avait plus. Renoncer à défendre une candidate parce qu’elle est homosexuelle, en 2025, est une infamie. C’est aussi un avertissement.

Lorsqu’un mouvement politique accepte que l’orientation sexuelle devienne un obstacle électoral, ce mouvement a cessé d’être universaliste. Il ne défend plus des principes mais sa clientèle. Et une gauche qui n’est plus universaliste n’est plus la gauche. C’est un appareil cynique qui ne croit plus à ce qu’il dit.

Vu de Suisse, cette scène n’est pas anodine. Elle sonne comme un avertissement qui franchit très vite les frontières. On commence à excuser l’inexcusable pour ne pas déplaire à certains groupes, puis on finit toujours par renier tout ce qu’on prétend défendre. Et ce jour-là, il sera trop tard pour s’étonner que notre vivre-ensemble se soit fissuré sous nos yeux.

La lueur obstinée

Meurtre de Lola : le procès de Dahbia Benkired, principale mise en cause, se tiendra du 20 au 24 octobre 2025. Illustration : © Agustin Fernandez / Unsplash

La civilisation tient sur un fil d’humanité, fragile comme une flamme battue par le vent. Ce fil ne rompt pas, parce qu’à l’instinct de meute, nourri de haine, nous lui préférons la réparation, la protection, et l’espoir, ce filament ardent qui défie les ruines. Elle se nourrit de gestes obstinés, de mains qui franchissent le gouffre, de choix qui refusent l’abîme.

Réparer les vies brisées, avec respect. Que la douleur des survivants ne devienne pas un ferment de haine. Reclure aussi avec bienveillance et protéger toutes les âmes. Celle de Dahbia, agonisante de sa noirceur, rongée par le mal, également. Universelle en sa chair, la vertu publique embrasse jusqu’aux âmes les plus perdues. Soigner enfin, avec courage, avec cette foi inébranlable en l’humain qui nous interdit de nous résoudre à l’abandon. Si la société perd Dahbia, elle aura échoué une deuxième fois.

Il n’est pas de victoire morale dans l’abandon, jamais. Antiques ou contemporaines, les sociétés les plus dignes n’ont de cesse de s’élever, cependant qu’elles ne renoncent jamais à aimer. Pas à aimer les aimables, à aimer. Et s’y employer avec sincérité, avec pugnacité, avec abnégation. Admettre que sous la nuit la plus épaisse couvent toujours les germes de l’aube. C’est une morale exigeante que de rendre l’humanité à celle que tout en nous veut rejeter.

La haine se nourrit de son reflet chez l’autre alors que l’empathie sincère, même quand tout en nous hurle l’inverse, la désarme. Faire un choix civilisationnel, obstiné mais inestimable. En quête d’une improbable lueur, refuser d’abattre le dernier rempart de notre ombre. Pour Lola, pour Dahbia : dépasser l’indicible horreur et ouvrir un chemin vers la résilience. Vent debout contre le tumulte, ignorer les rouleaux rageux, ces vagues qui inlassablement assaillent avec fracas, cependant éclatent sans empreinte. Et rêver la civilisation grande.

La peine de mort, jamais.

Non, M. Jacob Berger, c’est vous qui placez les juifs suisses dans une position intenable !

« Chemin vers la paix » (c) Cole Keister

Dans une lettre récemment publiée dans la Tribune de Genève, le cinéaste Jacob Berger accuse la CICAD de placer les juifs suisses dans une position intenable en refusant de condamner explicitement la politique du gouvernement israélien à Gaza. Ce raisonnement repose pourtant sur un renversement des responsabilités à la fois injuste et dangereux.

La CICAD a une mission claire et légitime : lutter contre l’antisémitisme en Suisse et défendre les droits des juifs suisses, quelles que soient leurs opinions sur Israël. À ce titre, elle intervient dès lors que des actes, des discours ou des représentations publiques propagent la haine ou les préjugés antisémites sur notre territoire. Ce mandat, elle l’exerce avec rigueur et courage, dans un climat qui devient chaque jour plus tendu.

Mais voilà que, depuis des mois, on exige d’elle, dans les médias, dans les milieux militants, sur les réseaux sociaux, qu’elle prenne position sur les actions militaires du gouvernement israélien. Pourquoi ? Non pas parce qu’elle s’occupe du Proche-Orient, ce qui n’est pas sa mission. Mais uniquement parce qu’elle s’occupe des juifs suisses, et qu’Israël est un État juif. Voilà le vrai mécanisme à l’œuvre : on essentialise. On intime à une organisation juive suisse de se prononcer sur les décisions d’un État situé à 3000 kilomètres d’ici, au seul motif qu’ils partagent une religion.

Ce procédé est précisément ce que la gauche progressiste passe son temps à dénoncer lorsqu’il s’agit d’autres groupes : l’essentialisation, l’amalgame, la stigmatisation par association identitaire. On a critiqué, avec raison, ceux qui sommaient la FOIS (Fédération des organisations islamiques de Suisse) ou d’autres organisations musulmanes de « condamner » chaque attentat djihadiste, comme si l’appartenance religieuse suffisait à engager la responsabilité politique.

Et pourtant, on applique aujourd’hui cette logique aux juifs. On exige des associations juives qu’elles condamnent Israël, et de chaque individu juif qu’il se positionne, faute de quoi il serait suspect. Ce sont ces injonctions qui placent les juifs suisses dans une position intenable. Pas la CICAD.

L’État d’Israël, faut-il le rappeler, est une démocratie pluraliste où siègent des députés arabes, où servent des officiers arabes dans l’armée, et où les critiques du gouvernement, y compris dans la presse israélienne, sont quotidiennes et vigoureuses. La presse n’y est pas aux ordres du gouvernement, elle est aussi diverse qu’en Europe, avec des titres critiques comme Haaretz à gauche, ou plus conservateurs comme Israel Hayom ou The Jerusalem Post à droite, illustrant une pluralité d’opinions digne de toute démocratie. La réalité est donc bien plus complexe que la caricature à laquelle certains s’accrochent.

La CICAD n’a pas à se transformer en ONG diplomatique ni à commenter chaque événement du conflit israélo-palestinien. Elle n’est ni le ministère des Affaires étrangères, ni une extension de la Knesset. Elle est là pour protéger les juifs de Suisse, dans un contexte où la haine antisémite s’exprime désormais à visage découvert, jusque dans les cortèges, les écoles et les parlements. Et c’est bien cela la vraie menace pour le vivre-ensemble à l’helvétique.

En refusant de céder à l’amalgame, la CICAD remplit son rôle. C’est au contraire ceux qui imposent aux juifs de Suisse un devoir de dénonciation collective qui alimentent les soupçons, les tensions et, in fine, l’antisémitisme. Et ce n’est pas la parole d’un cinéaste, même talentueux, qui suffit à rendre cela moralement acceptable.

La loi du plus libre

Une statue de dame justice tenant une balance de justice, (c) Gaétan Marceau Caron

On a tant crié liberté qu’on a fini par étouffer son sens sous les slogans. Ce mot qu’on invoque comme un absolu n’est-il pas le nom qu’un camp donne à sa victoire ? Rien n’est plus fréquent que d’entendre des peuples, des partis, des individus brandir la liberté comme un étendard. Libre, Populaire, République et le fourre-tout le plus dévoyé, Démocratie, sont incontestablement les notions les plus convoquées pour décrire les Etats légitimes. La Chine est une République populaire, le Congo, une République démocratique. Et même les plus anciennes démocraties libérales, comme les États-Unis ou la France, invoquent la liberté comme un socle indiscutable, un mot de passe identitaire, parfois jusqu’à l’incantation. Vains mots. Les libertés sont multiples, toujours concurrentes, et évidemment conditionnées. Chaque société ne consacre que les libertés qu’elle a su rendre compatibles avec son ordre établi. Elles épousent les normes culturelles, parfois religieuses, toujours idéologiques, forcément débattables. Jamais absolue, la liberté est l’étendard déployé de l’ordre établi.

Et pourtant, sitôt énoncée, elle devient une arme : elle s’oppose, elle divise. Il n’existe pas de liberté pure, suspendue à un ciel éthéré, mais des libertés conflictuelles. Ce sont des prétentions à vivre, à penser, à croire ou à agir requises par les uns, réprouvées par les autres. Ainsi, une liberté se définit toujours contre une autre. Elle s’impose, elle s’institue, elle s’installe, elle écrit le récit et elle triomphe lorsqu’un ordre l’a consacrée, ce que nous appelons la loi.

Rousseau écrivait, admirable : « L’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté. » Le peuple souverain s’érige en législateur de lui-même. La loi vient du plus fort, du plus nombreux et souvent du plus ancien, selon la capacité d’un ordre à se mouvoir dans les aspirations de la réforme. La démocratie moderne n’enfante pas d’une liberté qu’on partage comme un bien commun, elle propose un cadre dans lequel des libertés opposées s’affrontent, s’arbitrent, se contiennent. La liberté devient ainsi un processus et non un résultat.

Réclamer la liberté, c’est d’abord défendre la sienne. C’est exiger qu’on tranche en sa faveur. Loin de toute idée sacralisée, la liberté prend racine dans la confrontation rude, bruyante, celle qui trace de vraies lignes de fracture. Parfois, elle creuse des abîmes sociaux, engendre frustrations et ressentiments. La démocratie n’offre pas tant la liberté que la dispute. Elle prend corps dans le choc exigeant des revendications, toutes également légitimes à leur source. Elle organise avec méthode le désaccord, et partant la promesse de l’émergence du récit bientôt commun. Toujours négociée, sous-pesée, revendiquée, contestée, aménagée, la liberté n’est jamais qu’un reflet qui épouse les contours de celui qui la revendique. Comme l’écrivait Evelyn Beatrice Hall à propos de Voltaire, dans une formule célèbre que l’on attribue trop souvent à tort au philosophe : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire. » Ce droit-là, c’est d’exister pleinement dans le regard de l’autre, même en désaccord.

Cette conception de la liberté est un contrat fragile entre ennemis civilisés. Du tumulte ordonné des voix contraires, émerge alors le droit. Dense, taillé dans le débat, il tranche, impose, institue. Sa décision tombe comme un glaive sur les dernières résistances. La loi se déclame, drapée de solennité, nous l’appelons liberté.

La République sans révolution

La Suisse n’a pas eu sa Bastille ni son grand soir. Pourtant, elle a bâti ce que d’autres n’ont fait qu’annoncer : un peuple souverain, en quête perpétuelle d’un équilibre des lois, gravé non dans les élans passionnels, mais dans le compromis patient et assumé.

Le Palais fédéral suisse (c) Andreas Fischinger

Dans nos démocraties occidentales, le débat public se laisse trop souvent dicter par l’émotion du moment, engendrant immédiatement les revendications les plus diverses, sur fond d’indignation convenue et virale. À force de vouloir plier les normes à chaque sensibilité, ce sont les règles communes qu’on éventre. Ce qui devait constituer un socle incontesté se retrouve ébranlé par ceux qui crient plus fort, jusqu’à rendre la loi suspecte, et parfois même violente, du seul fait qu’elle s’applique à tous.

Bienvenue dans le délire du relativisme idéologique, cette tendance à juger la règle moins sur sa légitimité que sur son effet émotionnel. S’appuyer sur des causes justes (inclusion, reconnaissance, réparation, …) en désarmant l’Etat de droit. Quel paradoxe ! Ce sont précisément les cadres juridiques les plus solides qui permettent à ces causes d’exister sans violence. Encore faut-il les défendre. Encore faut-il oser dire que la loi est ce qui protège, y compris quand elle déplaît.

Et si la République française s’égarait en croyant défendre la laïcité, alors qu’elle combat un symptôme et non la cause ?

Soyons concrets et la France nous offre assez d’exemples frappants. Le débat sur la laïcité y occupe une place totalement démesurée. Un peu comme si la religion était la cause d’une société fracassée. Cette focalisation ne résout rien, elle répond aux discours émotionnels. Et bien sûr, elle ne traite pas le fond du problème. Ce ne sont pas les croyances religieuses qui fracturent la société française, mais une mauvaise intégration, une ghettoïsation urbaine ancienne, et parfois une immigration dont la République ne s’est pas donné les moyens d’organiser l’accueil dans un cadre stable.

Le fait religieux y est devenu un bouc émissaire commode, masquant en réalité une tension sociale plus profonde. La France a mal à ses cités misérables, comme une plaie béante que la République panse à coups de lois symboliques, pendant que la dignité meurt derrière les tristes murs des barres HLM. Et face à la désespérance patente, la réponse politique serait ainsi le combat contre le voile dans l’espace public. Sérieusement, qui peut croire que retirer le voile de la tête des filles de moins de 15 ans, ainsi que le propose Gabriel Attal, ex-premier ministre, va transformer ces quartiers en havres de paix ? Ce n’est sans doute pas son ambition mais cela ne va pas faire reculer le ressentiment des banlieues envers le pouvoir. Osons l’affirmer sans ambages, l’absurdité est manifeste, tant les réponses sont à mille lieues des espérances légitimes. Quand le discours émotionnel supplante le débat rationnel…

Cela interroge conséquemment deux notions : le rapport de l’Etat au fait religieux et la politique générale d’intégration. Quittons à présent la France pour appréhender la réalité helvétique et commençons par le rapport de l’Etat aux religions. La Suisse n’a heureusement pas connu ce basculement tragique, parce qu’elle a justement évité de faire du religieux une question centrale. Elle a refusé d’ériger la laïcité en citadelle idéologique, préférant les sentiers tranquilles de la coexistence. Elle n’a pour ainsi dire jamais théorisé la laïcité comme un dogme politique, ou pire encore échafaudé tout un programme politique fondé sur le rapport aux religions. Elle encadre simplement les pratiques par la loi. L’État n’humilie pas les convictions privées, mais il ne les surévalue pas non plus. La foi est avant tout individuelle et un élément du paysage social, mais elle ne détermine ni les règles communes, ni la hiérarchie des normes.

S’agissant de l’intégration des populations migrantes, notre modèle rend possible une approche différente des tensions sociales et cela en est la clé évidente. En matière d’intégration, la Suisse n’a pas choisi de créer des quartiers fermés ou des zones de relégation. Elle a, autant que possible, évité de concentrer la pauvreté dans des blocs ou des tours. Là où certaines villes européennes ont laissé se créer des zones entières où l’État recule, la Suisse a veillé à maintenir un tissu urbain mêlé, imparfait sans doute, mais qui permet encore la cohabitation. L’égalité commence aussi dans la mixité de l’habitat, dans le refus d’isoler ceux qui ont le plus besoin d’inclusion. Avec intelligence, notre pays a évité ce double piège des tensions religieuses et de l’immigration mal intégrée.

La Suisse n’a pas désamorcé les tensions sociales par l’autorité. Elle les a contenues par l’architecture humaine et intégrative des villes.

Cette retenue très helvétique ne tient pas à une forme de prudence passive, mais à un équilibre politique solide. C’est devenu une forme d’identité nationale, parfois moquée, mais Dieu sait si cela nous protège. Notre Etat est structuré de manière à résister aux emballements, non par instinct conservateur, mais parce que nos institutions imposent une élaboration lente et partagée de la norme. Les règles fondamentales ne sont jamais imposées sans débat. Le droit d’initiative permet à chaque citoyen de proposer une modification constitutionnelle. Le référendum permet de contester toute loi adoptée par le Parlement. La double majorité, populaire et cantonale, garantit que chaque révision se fasse dans le respect de la diversité du pays. A 180 degrés du modèle français de concentration du pouvoir et dont l’élaboration de chaque norme porte en elle les germes de la confrontation sociale, presque inévitable. A tel point que, curieusement, le modèle suisse décrit comme « conservateur » et peu enclin au changement réussit le mieux à réformer les normes sociales, alors que le pays par excellence de l’action volontaire gouvernementale, la France, se retrouve sclérosé, incapable du moindre ajout de virgule au cadre légal figé et souvent obsolète.

Cette architecture helvétique n’est pas technocratique. Elle ne vient pas d’un modèle théorisé dans les couloirs d’une haute école administrative. Elle s’est construite sur l’expérience, la confrontation, puis le compromis entre des volontés politiques opposées. Le génie suisse est issu d’un compromis historique clair, enfant de la confrontation entre les radicaux du XIXe siècle, porteurs d’un projet de réforme très volontariste, et les cantons conservateurs du Sonderbund, défenseurs d’une souveraineté locale. Reconnaissons d’emblée les faiblesses et les erreurs de chaque camp. Soucieux d’efficacité, les radicaux de la première moitié du XIXe siècle se sont sans doute montré trop centralisateurs, vertueusement inspirés des grandes idées postrévolutionnaires. Déterminés à défendre l’ordre social construit autour de la forte influence du clergé catholique, les conservateurs du Sonderbund se sont tout simplement recroquevillés sur eux-mêmes, en exigeant une modulation cantonale qui ambitionnait parfois l’indépendance totale des cantons.

Très heureusement, ce sont les forces de chaque camp, et non leurs faiblesses, qui se sont imposées. Je me suis forgé cette intime conviction selon laquelle le génie de l’Etat fédéral moderne – tel que nous le connaissons encore aujourd’hui – a certes pris source dans la première Constitution de 1848, mais les décennies qui ont suivi cet acte fondateur ont contribué à le façonner pour le mieux, et qui plus est de manière prépondérante.

En somme, la Suisse moderne est née de cette exceptionnelle synthèse entre la volonté d’agir, de construire, de moderniser des radicaux et le cadre institutionnel limitant l’action et la corsetant en faveur des cantons et du peuple (droit d’initiative et de référendum) qui n’est autre qu’un gage donné par ces mêmes radicaux aux conservateurs afin de construire une paix sociale solide. Le génie suisse combine l’énergie de la réforme avec la prudence du contrôle territorial. Il n’oppose pas la ville et la campagne, ni les régions alpines au plateau. Il les fait coexister dans des institutions ambitieuses. Il faut sans doute remercier les radicaux comme les conservateurs, pour avoir ensemble bâti un ordre politique plus robuste que leurs clivages.

Le génie helvétique est né d’un affrontement douloureux, et d’un compromis fondateur.

Dès lors, loin d’être un frein, le fédéralisme s’impose-t-il comme le moteur de cet équilibre subtil. Il évite que les normes soient dictées par une majorité démographique ponctuelle, et rappelle que la légitimité politique ne se mesure pas uniquement au nombre. Lorsqu’on entend aujourd’hui certaines propositions visant à attribuer une représentation renforcée aux grandes villes dans la composition du Conseil des États, on assiste à une tentative déguisée de recentralisation. Ce serait une grave erreur d’y céder. La Suisse fonctionne précisément parce qu’elle ne donne pas tout le pouvoir aux cantons les plus peuplés, et parce qu’elle sait que la cohésion nationale repose sur l’égalité politique entre eux, qu’il s’agisse du très urbain et densément peuplé canton de Zurich ou du paisible sanctuaire de paix préservé de la torpeur moderne d’Uri et ses 38’000 âmes.

Cette culture politique repose aussi sur un exercice pragmatique du droit. En Suisse, la loi n’est pas produite dans l’urgence. Elle n’est jamais pensée comme une réponse morale à un événement médiatisé. Les normes sont le fruit d’un processus qui oblige à convaincre, à équilibrer, à soumettre à la population un texte clair, forgé dans le creuset d’une démocratie directe aboutie. Ailleurs, l’effet de manche, amplifié par une caisse de résonance médiatique, où des politiques en quête de visibilité répondent aux sollicitations de journalistes à l’ego démesuré, engendre des lois ubuesques, qui arborent, avec une fierté déroutante, le nom des ministres qui les ont portées, trahissant l’esprit-même du républicanisme. La loi en Suisse ne répond pas à l’urgence politique ni à l’agitation de la rue, même quand celle-ci se proclame légitime au nom de l’indignation. Même quand l’agitation surgit sous forme de chantage médiatique ou de blocage physique de l’espace public. Légiférer y est un processus structuré, apaisé, soumis au débat puis validé par le peuple.

Enfin, ce qui protège la Suisse du relativisme idéologique n’est ni le hasard, ni l’inertie, bien plutôt la force d’un système où le droit est au-dessus des sensibilités. La sincérité de l’émotion y est supplantée par la validité du texte soumis au peuple. Au lyrique tragique français, les helvètes opposent l’efficacité méticuleuse avec toute la lenteur nécessaire et la tension idéale. Chaque revendication peut être entendue. Mais aucune ne devient règle sans être transformée au préalable en norme légale, validée par un Conseil national proportionnellement représentatif des forces politiques existantes et d’un Conseil des Etats qui fait office de rempart contre la possible tyrannie des cantons peuplés, peu ou prou les zones à grande densité urbaine. Si cela est nécessaire, la norme doit encore être validée en référendum populaire et selon l’importance par une majorité de cantons. C’est dire si la règle devient légitime ! Dans un pays où le contrat social est constamment renégocié dans un cadre défini aussi abouti et prudent, il n’y a aucune raison de court-circuiter le débat ou d’imposer une émotion à la place de la règle.

La Suisse n’a pas fait de révolution, mais elle a réussi la sienne.

Le « Contrat social » de Jean-Jacques Rousseau a tant inspiré fièrement les premiers socialistes et pourtant c’est au cœur d’une Suisse libérale et conservatrice qu’il se matérialise. L’idéal d’un peuple souverain, auteur de la loi, que le penseur appelait de ses vœux, a pris corps en Suisse. Mais à la différence de la France révolutionnaire ou de ses héritiers lyriques, la Suisse ne l’a jamais sacralisé. Elle a simplement construit des outils : l’initiative populaire, le référendum facultatif ou obligatoire, la double majorité. Ces mécanismes traduisent la volonté générale en actes législatifs concrets. « Du contrat social », œuvre magistrale et si moderne a dessiné la République idéale, un pacte entre citoyens libres, partageant le cœur vivant d’une cité aboutie, où mûrissent patiemment les germes du progrès. Panthéonisé, son illustre auteur habite pourtant davantage les tripes de l’Helvétie moderne que la machine institutionnelle parisienne. À Bâle, à Coire, à Lausanne, de l’essence des Constitutions aux règlements communaux les plus concrets, dans cette alchimie lente des lois suisses, l’engrenage résonne avec l’assurance sobre du génie. Rousseau absorbé. Mécanisé. Incarné dans la culture politique. Rousseau rendu possible, et sans doute même sans en avoir conscience.

Et très paradoxalement, il n’a jamais émergé au pays des coups d’éclat perpétuels dictés par la nécessité de produire de l’action politique, notamment sous la Ve République. Et cela, malgré les quatorze ans de mitterrandisme, les cinq ans du gouvernement Jospin (certes en cohabitation mais avec une majorité solide de gauche plurielle) et encore les cinq années de présidence de François Hollande ! Quand le rêve jacobin universaliste se brise, non faute d’élan, mais faute d’ancrage.

Et si, finalement, la Suisse était le seul pays à avoir réalisé le Contrat social, sans jamais l’avoir proclamé ?

La Suisse n’est pas parfaite, mais elle sait ce qu’elle doit à son histoire. Elle n’a jamais cédé à la facilité des raccourcis idéologiques en privilégiant les chemins tortueux mais féconds du compromis, de la lenteur, de la validation populaire, pas à pas. Tocqueville redoutait la tyrannie de la majorité. Ici, le génie helvétique a forgé des institutions pour en protéger même les minorités. La démocratie dans son corset si bien normé ne tremble pas. Le spectacle y est honni, le silence préféré. Sans clameur, telle une lente respiration, une sagesse silencieuse que n’ébranlent pas les tempêtes, on y dessine avec pudeur les contours de notre contrat social. Son manteau est dense, protecteur. Pourtant, il palpite. Il couve les germes de la réforme, prêts à en percer la surface avec l’éclosion stoïque d’une orchestration républicaine.

Ceux qu’on ne regarde pas

Gaza est devenue le centre d’un équilibre qui vacille. Son nom s’imprime sur les murs, dans les rues, dans les universités, porté par une émotion palpable, aussi sincère que douloureuse, devant une guerre sans merci, dont les pierres elles-mêmes semblent pleurer un passé sans fin. Soixante mille morts, dont une part écrasante de civils, un peuple enfermé, bombardé, enseveli sous les ruines. Devant tant de ruines, l’émotion est légitime, et la soif de justice, irrépressible.

Manifestation étudiante à Lausanne, mai 2024

Mais Israël n’en demeure pas moins une nation souveraine, légitime, membre des Nations Unies depuis 1949, née d’une tragédie historique, du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, et d’un ancrage ancestral, multimillénaire, en terre de Palestine. Contester ce droit ne relève pas d’une critique politique, mais bien d’une forme d’antisémitisme masqué, aussi abjecte qu’insidieuse. Qu’Israël soit cerné de régimes qui refusent son nom, son droit, son souffle, ne suscite plus d’effroi. C’est une peur ancienne, enterrée sous les sables du désintérêt. Le 7 octobre 2023, l’horreur a pénétré jusqu’au cœur même de ses frontières, portée par l’organisation politico-militaire qui gouverne Gaza, dont la charte nie jusqu’au droit d’Israël à exister. Cela légitime une réaction vigoureuse d’un État ainsi agressé. Depuis la quiétude de nos démocraties occidentales, bercées par 80 ans de paix, il est si commode de juger les choix d’une nation qui vit sous l’alerte des roquettes aveugles, des attentats sanglants, et cette angoisse muette qui serre le ventre malgré le Dôme de fer. En Israël, les enfants apprennent à courir aux abris, lorsque la sirène retentit. Et cela arrive si souvent qu’il est probable que chacun d’eux ait déjà connu cette peur viscérale de ne pas en ressortir.

En République Démocratique du Congo, six millions de morts, cent fois Gaza, mais pas un mot.

Nonobstant le conflit, une autre question émerge, plus vaste, plus troublante, et plus cruelle encore. Pourquoi cette tragédie, si réelle, mobilise-t-elle à ce point, quand d’autres, tout aussi sanglantes, passent inaperçues ? Au Soudan, on massacre à la machette, on affame, on viole. Cent cinquante mille morts, et pas une banderole. Au Yémen, les bombes pleuvent depuis des années, parfois françaises, souvent saoudiennes, et des enfants meurent de faim à cadence régulière. Un toutes les dix minutes, dit l’ONU. En République Démocratique du Congo, six millions d’ombres, cent fois Gaza, une hécatombe plus vaste que Sarajevo, Rwanda et Darfour confondus. Et pas l’ombre d’un drapeau. Ces drames-là ne suscitent ni tentes militantes, ni tribunes, ni cris de ralliement d’un monde fantasmé. Leurs victimes sont trop pauvres, trop oubliées, et surtout, elles ne tombent pas sous les tirs d’un ennemi assigné, d’un coupable idéal. Si l’oppresseur supposé est un État juif, occidental, allié à l’Amérique, alors le sang versé devient cause universelle.

Ce n’est donc pas la violence qui émeut, mais la possibilité de l’instrumentaliser. L’émotion ne suit pas les cadavres, elle suit le scénario — et Gaza réactive un vieux récit, usé mais familier, où chacun retrouve son rôle à jouer : colonisateur contre colonisé, puissance de feu contre peuple désarmé, Israël contre Islam. Il faut se souvenir que l’opposition initiale à l’existence d’Israël ne venait pas d’un projet palestinien autonome, mais d’un rêve plus vaste, celui d’une grande nation arabe unifiée. Le panarabisme, porté au siècle dernier par plusieurs régimes de la région, voyait dans l’État juif un corps étranger, un obstacle symbolique et géopolitique à l’unité du monde arabe. Ainsi, la Palestine glissait lentement du statut de terre à celui de mythe, puis d’alibi, et ses habitants, trop souvent, des otages. Cet héritage demeure, y compris dans les slogans d’aujourd’hui. « Du fleuve à la mer », une Palestine unifiée sans Israël, un mot d’ordre forgé dans la haine, repris aujourd’hui comme un refrain sans mémoire, inscrit à la hâte sur des cartons militants, à Columbia, à Paris ou à Genève. Certains en relativisent la portée, invoquant des usages anciens, voire inverses. Mais ce qui compte, ce n’est pas ce qu’elle fut, c’est ce qu’elle signifie ici, maintenant. Et ce qu’elle signifie, c’est une terre à effacer, un peuple à exclure.

Un enfant palestinien mort sous les bombes suscite l’indignation mondiale, dix enfants soudanais égorgés n’en suscitent aucune. Voilà l’échelle de notre morale.

Dans ce récit binaire, chacun retrouve ses repères militants : l’Occident toujours coupable, la résistance sanctifiée, la compassion encadrée. Les étudiants qui occupent leurs universités le font sans doute avec ardeur, mais cette ferveur se fige en imposture dès lors qu’elle se tait devant les génocides oubliés. La mort d’un enfant palestinien ébranle les consciences ; celle de dix enfants soudanais s’éteint sans écho, dans un silence qui ne se souvient de personne. Voilà l’échelle désaccordée de notre morale, la balance brisée de nos indignations. On plante des tentes, on interrompt les cours, on marche en cortège, on scande des slogans. Mais ces gestes, répétés comme un rituel, s’arrêtent net au seuil de frontières invisibles, que personne ne tente plus de franchir ni même de nommer. Contre la famine organisée qui anéantit les enfants du Yémen et du Soudan, contre la barbarie faite aux femmes, contre les millions de morts au Congo, rien qu’un vide muet, sans nom, laissé à ciel ouvert. La tragédie est immense, mais l’écho s’est perdu dans l’indifférence.

Il n’est pas de regard sincère sur Gaza qui ne tremble un instant. Que des voix s’élèvent, que des cortèges se forment, que des pancartes se dressent au cœur de nos villes — à Lausanne un premier mai, sur la place fédérale à Berne, dans les amphithéâtres d’UniMail ou sur les pavés de Genève. La détresse est réelle, la colère sincère. Et l’émotion, dès lors qu’elle s’enracine dans l’humanité, demeure légitime. Mais comment ne pas percevoir la dissonance entre ces cris pour Gaza, et les voix muettes face au silence assourdissant des autres tragédies ? Pendant que les clameurs choisissent la douleur la plus utile, des enfants sans nom ferment les yeux. Privés de témoin. Privés même d’un dernier mot.

Récompenser l’excellence suisse

J’ai lu avec attention le rapport annuel 2025 de l’industrie suisse du ciment et du béton. Non pas distraitement, mais avec le soin qu’on réserve aux textes qui disent quelque chose du pays. Ce n’était pas une plaquette. C’était un document précis, documenté, assumé. Il mérite qu’on le lise et qu’on le discute. Et il mérite qu’on s’en empare politiquement.

J’ai reçu et lu le rapport 2025 de cemsuisse

À deux reprises, j’ai participé, comme d’autres parlementaires, à des visites organisées par l’Association valaisanne de l’industrie des Graviers et du Béton (AVGB), en 2021 et en 2023. Les installations que nous avons découvertes, les responsables que nous avons rencontrés, les ingénieurs comme les opérateurs nous ont tenu un discours convergent. Ils ont parlé de transformation, non par posture mais par conviction, et ils nous ont montré comment cette industrie change, repense ses processus, engage sa transition. Ce mouvement est réel, et il appelle une réponse du politique.

On critique souvent, mais regarde-t-on vraiment ?

La Suisse a produit, en 2023, un peu plus de quatre millions de tonnes de ciment. Cela représente 480 kilos par habitant. Pris isolément, ce chiffre peut sembler élevé. Mais comparé à l’Allemagne (600 kg), à la France (570 kg), ou à la moyenne mondiale (plus d’une tonne), il apparaît modeste. Et ce n’est pas tout : nous ne faisons pas que consommer peu. Nous produisons bien.

Les données du rapport sont parlantes. Aujourd’hui, 73,2 % de l’énergie thermique utilisée par l’industrie cimentière suisse provient de combustibles de substitution, alors qu’elle atteignait à peine 50 % jusqu’en 2010. La part de clinker a été abaissée à 72 %, alors qu’elle dépasse encore les 80 % chez nombre de nos voisins. Depuis 1990, les émissions directes de CO₂ ont diminué de 27 %. Dans plusieurs cantons, le taux de valorisation des déchets minéraux dépasse les 90 %.

Ces chiffres ne sont ni anecdotiques ni théoriques. Pourtant, dans nos procédures d’adjudication, ils passent inaperçus. Quinze pour cent du ciment utilisé en Suisse est importé. Il vient d’Allemagne, d’Italie, parfois de bien plus loin. Il coûte moins cher mais il pèse plus lourd en carbone. Ce paradoxe interroge. L’industrie suisse investit, innove, réduit son empreinte, pendant que nos marchés publics continuent de commander ailleurs.

Les règles internationales ne nous interdisent pas d’exiger mieux

Certains pourraient penser que nous ne sommes pas libres d’agir, que les accords internationaux nous empêchent de favoriser notre production ou de fixer des critères trop ambitieux. C’est une idée compréhensible, mais elle ne résiste pas à l’analyse.

La Suisse est signataire de l’Accord sur les marchés publics (AMP) de l’Organisation mondiale du commerce. Elle est aussi liée à l’Union européenne par les Accords bilatéraux I, qui incluent un chapitre sur les marchés publics, et par les Accords bilatéraux II, qui les complètent. Aucun de ces textes ne nous empêche de poser des exigences environnementales ou de favoriser la proximité de production. Ce qu’ils interdisent, c’est la discrimination injustifiée. Ce qu’ils demandent, c’est la transparence, la clarté des critères et leur lien avec l’objet du marché.

Exiger une faible empreinte carbone, valoriser les matériaux recyclés, favoriser une production régionale contrôlée : tout cela est non seulement possible, mais prévu. La Loi fédérale sur les marchés publics, révisée en 2021, le confirme. Elle autorise expressément la pondération des offres selon des critères de durabilité écologique, de valeur sociale ou régionale, et selon le coût sur le cycle de vie. Elle ne ferme aucune porte, bien au contraire, elle en ouvre de nouvelles.

Nous avons donc les moyens juridiques d’agir, et une industrie prête à relever le défi. Il serait regrettable de laisser passer cette convergence.

Nous ne devons pas subventionner notre excellence, mais la reconnaître

La Suisse est un pays cher. Nous le savons. Mais c’est précisément pour cette raison que nous ne devons pas miser sur la compétitivité prix. Nous devons miser sur la compétitivité qualitative. Ce que nous avons à offrir, ce n’est pas un tarif. C’est une promesse : celle de la précision, de la rigueur, de la responsabilité. C’est une filière qui sait ce qu’elle produit, qui sait comment elle le produit, et qui accepte de le prouver.

Exiger plus, ce n’est pas exclure, c’est orienter. C’est dire à nos partenaires économiques : voilà le niveau d’exigence que nous nous fixons, et que nous attendons de vous. Si vous pouvez l’atteindre, alors vous êtes les bienvenus. Et si ce niveau favorise nos producteurs, ce n’est pas par privilège. C’est parce qu’ils le méritent.

Aux politiques d’agir, dès maintenant

Il est possible, dès aujourd’hui, d’intégrer des critères de durabilité dans les appels d’offres publics. Il est possible de les rendre lisibles, mesurables, vérifiables. Il est possible de comptabiliser non seulement le prix d’un matériau, mais son coût global, sur toute sa durée de vie. Il est également possible de revoir les normes techniques dans la construction publique, en particulier les normes routières, pour permettre ou imposer l’usage du béton recyclé, partout où les garanties de performance sont assurées. Enfin, il serait souhaitable que chaque entité publique rende compte, chaque année, de l’impact écologique de ses chantiers. Il est temps de passer de la déclaration d’intention à la responsabilité démontrée.

Le béton est un matériau utile. Il est parfois irremplaçable. Mais il n’est jamais neutre. Il façonne les paysages, marque les territoires, détermine une part de notre rapport au monde. Les choix que nous faisons aujourd’hui seront observés dans cinquante ans avec un regard critique, un regard sur la durabilité, sur la pertinence, sur l’impact des décisions d’aujourd’hui. Nous serons jugés à l’aune de ce que nous avons choisi de transmettre, ou de ce que nous avons préféré ignorer.

La commande publique peut répondre au besoin présent, ou bâtir un avenir conscient. Et tout cela ne dépend que de nous.

Notes :

Radicaux contre libéraux : et si le problème n’était pas chez nous ?

On dit souvent que le PLR serait déchiré entre radicaux et libéraux. Mais cette opposition résiste-t-elle à l’analyse ? Ce texte interroge les fondements de ce mythe, en s’appuyant sur l’histoire, la doctrine et les faits. Une invitation à dépasser les clichés pour mieux comprendre ce qui fait, depuis toujours, la cohérence de la pensée libérale-radicale.

Le PRD a été fondé à Olten le 25 février 1894 (photo du centenaire, 1994)

Le PLR souffre d’un mythe tenace : celui d’un grand écart idéologique entre deux sensibilités. Pourtant, à y regarder de plus près, cette opposition n’a jamais eu d’autre réalité que celle que certains s’acharnent à lui prêter.

Mais si ce clivage n’était qu’un mirage ? Une idée reçue, répétée jusqu’à faire écran à la vérité ? Car ce que l’on appelle fracture n’est, bien souvent, qu’un jeu d’ombres. Et ce que l’on appelle « divergence » n’est peut-être rien d’autre qu’une richesse de ton dans une ligne fondamentalement partagée.

Un parti sans nuances est un appareil. Un parti sans débats est une relique.

Il suffit de relire l’histoire, non pas celle que l’on brode à l’encre de l’air du temps, mais celle que l’on peut vérifier. Le radicalisme suisse, né dans les luttes de la Régénération au XIXe siècle, a toujours été un projet de liberté ordonnée. Ses combats : l’égalité civique, la liberté de conscience, le refus des privilèges, l’instruction publique, le commerce libre – mais aussi une vision forte de l’État, garant des conditions d’émancipation. Ce radicalisme n’était pas une aile gauche. Il était une force centrale. Constructrice. Moderne. Républicaine.

Le libéralisme helvétique, lui, n’en était pas le contrepoint, mais le cousin. Moins marqué par l’insurrection, plus enraciné dans la bourgeoisie urbaine, il partageait la même foi en la personne, la même défiance à l’égard des dérives autoritaires, la même exigence de responsabilité individuelle. Les deux courants, en vérité, sont issus du même socle intellectuel. Leur fusion, en 2009, n’a pas opéré un mariage de raison, mais un retour à l’évidence historique.

Ce n’est pas une figure de style. Depuis cinquante ans, le PRD suisse n’a jamais défendu une ligne qui s’éloignerait de celle du PLS. Il a porté des réformes budgétaires, soutenu le fédéralisme actif, combattu l’hypertrophie de l’État, et même initié des projets de baisse d’impôts, comme l’initiative Roth en 1977. Il n’a pas « glissé vers la gauche » comme on le murmure parfois : il est resté droit dans sa ligne – libéral, certes, mais humaniste. Exigeant, mais juste. Et profondément cohérent.

Être fidèle à une doctrine, ce n’est pas réciter un catéchisme. C’est rester lisible dans l’évolution.

Prenons Martigny. On la cite souvent comme le fief d’un radicalisme d’un autre âge, presque nostalgique. Mais cette lecture ne tient pas. Martigny n’a pas produit une ligne dissidente – elle a produit Pascal Couchepin. Un homme d’État, un libéral affirmé, mais aussi un radical ancré. Il n’a jamais transigé sur l’autonomie de la personne, jamais sombré dans le dirigisme. Il n’a pas été une exception tolérée : il a été un modèle entendu. Et si Martigny n’a jamais dévié, c’est peut-être qu’elle n’a jamais eu besoin de corriger sa trajectoire.

Cette impression de tiraillement que certains décrivent aujourd’hui a, en réalité, des racines plus politiques que doctrinales. Il faut se souvenir que, durant plusieurs décennies, le PRD valaisan faisait office de principal contre-pouvoir à un PDC alors jugé trop dominant, parfois peu enclin au partage du pouvoir. Premier parti d’opposition, plus large que tous les autres réunis, le PRD attirait sous son aile des femmes et des hommes plus motivés par la volonté de faire front contre la citadelle démocrate-chrétienne que par l’adhésion aux principes du libéralisme-radical.

Ce rôle de rempart, utile et assumé, a inévitablement élargi la base militante à des profils parfois éloignés de notre doctrine. Leur engagement était politique, voire stratégique, mais pas toujours idéologique. Or aujourd’hui, le rapport de forces s’est rééquilibré. Le PDC – devenu Le Centre – a retrouvé une taille plus conforme au pluralisme démocratique. Deux sièges au Conseil d’État, un poids politique reconnu, un rôle légitime : plus rien ne justifie de chercher refuge ailleurs par pur réflexe d’opposition.

Ce contexte modifié a opéré une clarification. Le PLR, désormais, n’a plus vocation à accueillir ceux qui ne partagent pas ses fondements. Et si certains continuent d’agiter le mythe de deux courants irréconciliables, c’est peut-être que leur présence fut toujours marginale, conjoncturelle, temporaire.

Ce n’est pas le PLR qui a changé. C’est la nature de ceux qui l’avaient rejoint pour des raisons extérieures à sa ligne. Alors oui, nous avons perdu des voix. Mais nous avons gagné en clarté. Aujourd’hui, notre parti rassemble celles et ceux qui partagent pleinement l’idéal libéral-radical. Et cette cohérence retrouvée est notre plus grande force pour la suite.

Quand les autres doutent, on parle de pluralisme. Quand le PLR débat, on parle de crise.

Regardons autour de nous. Le Centre valaisan, héritier du PDC, abrite une cohabitation parfois acrobatique entre aile chrétienne-sociale et aile conservatrice. L’UDC produit régulièrement des consignes divergentes selon les régions. Et le PS fait face à une Jeunesse socialiste qui s’oppose frontalement à ses réformes. Mais là, on parle de vitalité démocratique. Chez nous, on évoque des tensions.

C’est que le PLR dérange. Il est structuré. Lisible. Il ne promet pas tout à tout le monde. Il n’a pas besoin de renier hier pour exister demain. Il refuse les dérives populistes, les clientélismes opportunistes, les virages sans cap. Il avance. Il propose. Et dans une époque avide de flou, cela suffit parfois à le rendre suspect.

Le libéralisme-radical n’est pas une addition. C’est une synthèse.

Ce que nous portons ensemble est plus qu’un souvenir : c’est un projet politique contemporain. Nous croyons à la liberté de chacun, non à la toute-puissance de l’État. À la responsabilité individuelle, non à la dépendance institutionnalisée. À la prospérité partagée, non à la redistribution aveugle. C’est un socle solide – et un horizon, pour toutes celles et ceux qui refusent les renoncements faciles.

Ce projet ne s’adresse pas seulement aux membres d’un parti. Il parle à tous ceux qui cherchent de la cohérence, de la clarté, de la mesure. Il ne demande pas une adhésion militante. Il invite à une adhésion d’esprit.

Il n’est pas un héritage figé. Il est une promesse. Lucide. Exigeante. Humaine.

Eclairer le débat en 6 points

1. L’initiative Roth (1977) : un radicalisme fiscal assumé

En 1977, le conseiller national radical Franz Roth lance une initiative populaire fédérale visant à baisser les impôts directs. L’initiative échouera dans les urnes, mais elle marque un moment fort du positionnement fiscal du PRD : rigueur, justice contributive, incitation au travail. Cette ligne reste constante depuis.

2. Les votes concordants PRD–PLS dans les années 1980–1990

Une analyse des votes parlementaires fédéraux montre un alignement de plus de 85 % entre le PRD et le PLS sur les grands dossiers de politique économique, de fiscalité, de fédéralisme et de gouvernance publique entre 1980 et 2000. Les deux partis parlaient déjà d’une même voix bien avant leur fusion.

3. Deux radicaux valaisans, un même cap

Dans les années 1990, le PRD valaisan comptait deux figures majeures au Conseil national : Pascal Couchepin et Bernard Comby. Si Couchepin incarnait une ligne libérale-radicale ferme, axée sur la réduction de l’intervention étatique, Comby, économiste de formation, mettait l’accent sur le développement régional et la coopération internationale. Cette nuance posée, les deux Conseillers nationaux se sont toujours opposés à une extension incontrôlée de l’État. Que ce soit sur les questions fiscales, économiques ou institutionnelles, leurs prises de position n’ont que rarement divergé, elles sont restées alignées avec les fondements du libéralisme-radical : autonomie, responsabilité, liberté individuelle et service public performant.

4. Quand d’autres partis contiennent de vraies fractures

Au PS, la Jeunesse socialiste s’est opposée frontalement à la direction du parti sur AVS21, la réforme RFFA, ou encore la fiscalité des entreprises. À l’UDC, les divergences entre sections cantonales sont fréquentes : la section valaisanne romande a soutenu en 2024 des positions contraires à la ligne nationale sur plusieurs votations.

5. La fusion PRD–PLS : pas une recomposition, une clarification

Dans leur manifeste commun de 2007, les deux partis annoncent vouloir unir leurs forces pour renforcer une vision partagée : liberté individuelle, responsabilité, état limité et performant, excellence des services publics, justice dans la fiscalité. Aucune des valeurs fondatrices n’a été gommée dans la fusion de 2009. Elle a permis de clarifier ce qui existait déjà.

6. Fidélité doctrinale à l’épreuve des décennies au Grand conseil

Sur les cinquante dernières années, les élus radicaux valaisans ont régulièrement défendu une ligne libérale sur les questions économiques et fiscales. Que ce soit dans les débats sur la fiscalité foncière, les dépenses sociales, la péréquation intercommunale ou les incitations à l’investissement, le PRD – devenu PLR – s’est positionné en faveur de la modération de la dépense publique, de la responsabilisation des collectivités et de la baisse de la pression fiscale. Aucun vote emblématique ne témoigne d’un virage « à gauche » du groupe radical sur ces questions. Bien qu’ouvert au dialogue institutionnel, le PRD valaisan n’a jamais rejoint les positions du PS ou des Verts sur les grandes orientations budgétaires. La légende d’un radicalisme « social » au plan cantonal ne résiste donc pas à l’analyse des faits parlementaires.

Une seule ligne, depuis toujours

La cohérence du courant libéral-radical ne date pas d’hier. Depuis la Régénération (1830–1848), les radicaux suisses ont porté un projet de société clair : affranchir les individus des tutelles anciennes, garantir les libertés fondamentales, organiser un État au service du citoyen – ni omniprésent, ni absent. C’est ce courant qui a forgé la Constitution fédérale de 1848, puis soutenu la loi de 1874 sur la liberté du commerce et de l’industrie.

Tout au long du XXe siècle, le PRD n’a cessé de défendre une gouvernance sobre, une fiscalité juste, le respect des responsabilités individuelles et collectives. Dans les années 1970 déjà, le PRD s’oppose à l’inflation de l’État providence et propose des réformes structurelles. L’initiative Roth de 1977, qui prônait une baisse généralisée de l’impôt, en est une illustration. Dans les années 1990, alors que d’autres penchent vers l’étatisme ou le repli identitaire, les radicaux valaisans, à l’image de Pascal Couchepin ou Bernard Comby, incarnent une ligne claire : liberté, responsabilité, service public performant.

La fusion entre le PRD et le PLS en 2009 ne fut pas une rupture, mais une clarification. Le manifeste commun publié deux ans plus tôt défendait déjà les piliers de la pensée libérale-radicale : autonomie, confiance en l’individu, subsidiarité, concurrence loyale, excellence publique. Aucun de ces fondements n’a été abandonné.

Depuis plus de 150 ans, les mots ont évolué. Le monde aussi. Mais la ligne, elle, n’a jamais vacillé.

Lula ou la gauche sans scrupules

Au Brésil, le Parti des Travailleurs du président Luiz Inacio Lula da Silva s’inscrit dans la lignée historique du socialisme latino-américain : un parti social-démocrate aux racines marxistes, plus à gauche que notre Parti socialiste européen, sans toutefois verser dans l’orthodoxie révolutionnaire des partis communistes. L’on pourrait y voir un cousin tropical de Podemos ou de Syriza, arborant l’étendard d’une gauche de combat contre les inégalités et le capitalisme débridé, tout en restant dans les limites d’une économie de marché régulée, avec un État fort, redistributeur et protecteur des classes populaires.

Lula avec Marina Silva, ministre de l’Environnement et du Changement climatique

Quand l’internationalisme des camarades tourne à l’ultralibéralisme commercial

Cette posture doctrinale, à première vue cohérente, se fissure pourtant dès que l’on quitte le terrain des intentions pour celui des faits. Car le gouvernement Lula, réinstallé au pouvoir depuis janvier 2023, mène une politique commerciale et environnementale dont les accents libéraux ne dépareraient pas dans un programme de droite. Et c’est précisément sur la question écologique que le masque de gauche se fendille avec le plus de bruit.

Déforestation : l’Europe sanctionne, Lula s’indigne

Dernier épisode en date : la colère feinte de Brasilia contre les nouvelles normes européennes imposées aux produits agricoles issus de zones déforestées. Le gouvernement brésilien dénonce une entrave commerciale, un « protectionnisme vert » inacceptable. Mais il feint d’ignorer que ces normes ne visent pas un quelconque ostracisme économique, mais bien à endiguer un désastre planétaire : la destruction méthodique de l’Amazonie, moteur climatique de la planète, sacrifiée sur l’autel du soja, du bétail et des profits.

Promesses climatiques et réalités brésiliennes

Ce n’est pas la première fois que le verdissement des discours se heurte aux pratiques cyniques. Depuis son retour au pouvoir, Lula a multiplié les déclarations d’intention sur le climat, allant jusqu’à promettre « zéro déforestation » d’ici 2030. Mais sur le terrain, les chiffres racontent une tout autre histoire : les autorisations d’exploitation reprennent, les pressions sur les peuples autochtones se maintiennent, et l’agrobusiness – véritable pilier économique du pays – continue de dicter sa loi. En réalité, Lula poursuit une stratégie de puissance fondée sur les exportations agricoles, quitte à délaisser les impératifs écologiques et les populations les plus vulnérables de son propre pays.

Le dogme contre la lucidité

L’ancienne icône des syndicats devient ainsi le défenseur inattendu d’un commerce international dérégulé, pourvu qu’il profite aux intérêts brésiliens. Faut-il s’en étonner ? La gauche brésilienne, comme tant d’autres ailleurs, semble prompte à abandonner ses principes lorsque ceux-ci deviennent un obstacle à la croissance. Le multilatéralisme invoqué n’est souvent qu’un masque poli pour une quête de marchés, fût-ce au détriment de la planète.

Une complaisance de la gauche européenne coupable

Mais ce qui frappe davantage encore, c’est le silence assourdissant de la gauche européenne. Celle qui tonnait – souvent à raison – contre les ravages écologiques du président Bolsonaro, reste aujourd’hui bien discrète. Les forêts brûlent, les communautés indigènes s’effacent, mais Lula est des leurs, alors on détourne pudiquement le regard. Le dogme supplante la lucidité.

À ce rythme, ce n’est pas seulement le mythe du « poumon vert de la planète » qui s’effondre – car en vérité, les océans génèrent l’essentiel de l’oxygène que nous respirons. Ce que l’on perd avec l’Amazonie est plus vaste encore : un régulateur climatique global, un réservoir de biodiversité unique, un stabilisateur du cycle hydrologique sud-américain, un rempart contre les dérèglements planétaires. Le laisser saccager au nom de la compétitivité agricole revient à scier lentement la branche sur laquelle l’humanité est assise. Et l’ironie cruelle, dans ce tableau, est que la tronçonneuse est aujourd’hui tenue par une main « progressiste », tandis que la gauche européenne, si prompte à dénoncer Bolsonaro, observe en silence. Parce que cette fois, c’est leur camp qui brûle.

A quand le communiqué du Parti socialiste suisse pour s’en indigner ?

Le Parti socialiste suisse n’a jamais hésité à invectiver Donald Trump par voie de communiqué, dénonçant son populisme brutal et sa politique commerciale à coups de droits de douane, qualifiée sans détour de « néofasciste ». De même, les prises de position critiques sur Jair Bolsonaro n’ont pas manqué : articles, tribunes, déclarations individuelles – tout y est passé, et parfois à juste titre. Mais alors, pourquoi ce silence soudain face à Lula ? Pourquoi cette indulgence envers un président qui, derrière une façade progressiste, laisse l’agrobusiness saccager l’Amazonie au nom des exportations ?

Qu’on soit clair : ou bien le PS suisse se limite aux débats de politique intérieure, et alors qu’il s’épargne les leçons de morale à géométrie variable ; ou bien il choisit de s’ouvrir au monde, mais dans ce cas, qu’il le fasse sans œillères idéologiques. Car l’écologie, les droits humains et la justice sociale ne sont pas des causes à défendre uniquement quand elles servent son camp.

Pour une fiscalité plus juste sur la propriété : le Parlement accepte une motion du PLR

Article repris de l’édition du 16 mai 2025 du journal Le Confédéré

Le Grand Conseil a accepté, à une courte majorité, une motion déposée par Alexandre Luy au nom du groupe PLR-FDP. Elle vise à adapter les seuils des droits de mutation, inchangés depuis 2012, et à introduire un mécanisme d’indexation automatique en fonction de l’évolution des prix de l’immobilier. Si la réforme bénéficie d’abord aux jeunes familles qui peinent à accéder à la propriété, elle concerne en réalité tous les acquéreurs, y compris ceux qui changent de logement ou investissent dans l’immobilier pour y vivre. Le Parlement corrige ici une injustice fiscale qui frappait l’ensemble de la population.

L’accès à la propriété pénalisé par un impôt obsolète

En Suisse, l’acquisition d’un logement exige des fonds propres conséquents : au moins 20 % de la valeur du bien. Cela représente, pour une maison à 650 000 francs, un capital initial de 130 000 francs, souvent constitué par des économies de longue date, des retraits de caisse de pension, ou des aides familiales. Ces efforts financiers sont parfois au prix de sacrifices importants.

Mais à cet effort s’ajoute un impôt discret mais coûteux : les droits de mutation. Il s’agit d’un impôt cantonal, sans contrepartie directe, que doit acquitter l’acquéreur lors de l’inscription du bien au registre foncier. Certains cantons ne connaissent pas de tels impôts. En Valais, le taux applicable dépend de paliers fixés en 2012. Ces paliers n’ont jamais été adaptés à l’évolution du marché, alors même que les prix de l’immobilier ont fortement augmenté depuis.

Résultat : les acheteurs ne sont pas seulement pénalisés par la hausse des prix. Ils sont imposés à un taux plus élevé, simplement parce que les valeurs ont monté. Cette double peine frappe d’abord les jeunes familles, mais aussi les personnes âgées qui déménagent pour un logement plus petit, ou les locataires devenus propriétaires à la suite d’un héritage ou d’un investissement personnel.

Les droits de mutation sont un impôt perçu par le canton lors de toute transaction immobilière. En Valais, cet impôt est à la charge de l’acquéreur et s’ajoute au prix d’achat du bien. Le barème, défini par la Loi sur les droits de mutation (LDM), repose sur des paliers fixes, chacun associé à un taux unique appliqué à la totalité du montant, dès que le seuil correspondant est franchi.

Voici les taux en vigueur depuis 2012 :

  • 1 % pour les transactions entre 50’001 et 500’000 francs
  • 1,3 % pour les transactions entre 500’001 et 1’000’000 francs
  • 1,5 % au-delà de 1’000’000 francs

Contrairement à un impôt progressif sur le revenu, ce n’est pas seulement la tranche supérieure qui est imposée plus lourdement, mais l’ensemble de la transaction dès que le seuil est franchi, même de quelques francs.

Prenons un exemple : En 2012, une maison coûte 500’000 francs. Elle est taxée à 1 %, soit 5’000 francs. En 2024, le même bien, sans travaux ni amélioration, vaut 650’000 francs (hausse due à la seule évolution du marché). Il est taxé à 1,3 %, soit 8’450 francs.

Interview de l’auteur de la motion

Pourquoi avoir déposé cette motion ?

Parce que le système actuel est injuste. Il pénalise les gens qui essaient de se construire un avenir. Les jeunes familles qui peinent à réunir leurs fonds propres doivent en plus payer un impôt croissant, uniquement à cause d’un renchérissement qu’elles subissent déjà. Cette fiscalité ne tient pas compte de la réalité du marché. Il fallait agir.

Que propose votre texte ?

Deux choses simples. D’abord, une revalorisation immédiate des seuils d’imposition, à hauteur de 30 %, pour compenser la hausse des prix depuis 2012. Ensuite, un mécanisme d’indexation automatique : chaque fois que les prix de l’immobilier augmentent de 10 %, les seuils sont relevés de 10 %. C’est un principe analogue à celui déjà appliqué à l’impôt sur le revenu.

Le Conseil d’Etat vous a pourtant opposé une fin de non-recevoir.

Oui, il a recommandé le rejet de la motion. Outre des arguments fallacieux sur lesquels je ne m’attarderai pas, le gouvernement invoque essentiellement un risque de perte de recettes, environ 3 millions par an selon ses estimations. Mais faut-il vraiment financer l’État sur le dos de personnes qui achètent un logement ? L’équité fiscale doit primer. C’est aussi une manière de reconnaître l’effort des citoyens. Chaque année, ce sont 3 millions de francs en trop qui sont tondus injustement sur le dos notamment des jeunes familles qui acquièrent leur premier logement.

Et pourtant, votre motion a été acceptée.

Oui, malgré l’opposition du Conseil d’Etat, du Centre Valais romand et de la gauche. Nous avons pu compter sur le soutien de l’UDC, de l’ensemble du groupe PLR-FDP évidemment, ainsi que des élus du Haut-Valais [Die Mitte Oberwallis et Neo – Die sozialliberale Mitte, ndlr.] La majorité a été courte, 62 voix contre 59, mais elle suffit. Cette décision montre que le Parlement peut faire prévaloir la justice fiscale sur la logique comptable. Elle montre aussi qui se soucie concrètement des futurs propriétaires et enfin à ce sujet, elle clarifie le camp choisi par le Centre, le même que celui de la gauche.

La suite ?

Le Conseil d’Etat doit maintenant appliquer la décision parlementaire. Il lui appartient de proposer les adaptations législatives nécessaires. Le rôle du Parlement est de fixer les principes ; celui de l’exécutif est de les mettre en œuvre. Nous serons attentifs à ce que cela se fasse sans retard. Comme c’est le début d’une nouvelle législature, je dispose de passablement de temps pour m’assurer que la motion adoptée soit concrétisée et que cette injustice fiscale soit réparée.

Texte de la motion

Réponse du Conseil d’Etat

Vote final

La motion est acceptée par 62 oui, 59 non et 2 abstentions.

Détails du vote : https://parlement.vs.ch/app/fr/search/vote/263719

Non à l’initiative de la JS

La JS a lancé une nouvelle initiative

Les jeunes socialistes ont déposé une initiative populaire fédérale inique pour un impôt de 50% sur les successions au-delà de 50 millions. De prime abord possiblement alléchante, elle est sournoise et dangereuse. Il existe deux catégories de successions à plus de 50 millions : des entreprises aux mains de leur exploitant (grosses entreprises familiales par exemple) et des personnes privées fortunées.

Les premières, les entreprises, renonceront à des investissements, à des valorisations salariales, à des créations d’emploi et vendront les murs si nécessaire afin de donner la moitié de leur valeur à l’Etat en espèces sonnantes et trébuchantes.

Les deuxièmes, disposant de moyens presque illimités pour s’installer ailleurs sans aucun souci, s’envoleront vers des cieux fiscaux plus cléments au soir de leur vie.

Un double autogoal de première classe qui doit être évité par un NON très clair.

Candidates, entre bonnes intentions et faux-semblants

Dans les colonnes du Nouvelliste du 14 octobre, Madame Noémie Fournier thématise la question brûlante de la représentation féminine dans les plus hautes instances. La journaliste y fait l’inventaire des « quinze postes les plus en vue de la politique cantonale et fédérale », citant le Conseil national, le Conseil des États ainsi que le Conseil d’Etat. Il est stupéfiant d’oublier la plus haute et la plus prestigieuse instance politique suisse, le Conseil fédéral, dont un des sept fauteuils est justement occupé par une femme valaisanne, Madame Viola Amherd.

Bien que les Conseillers fédéraux soient justement choisis par les députés aux chambres dont nous renouvelons les mandats électifs dans quelques jours, le nom de la Conseillère fédérale n’a pas même été évoqué.

L’article du NF du 14 octobre 2023 interpelle

Être une femme ne saurait être un programme politique

Plus intriguant encore, la liste « Femmes PS » est prise en exemple, en assurant que le parti est le seul à « proposer une liste complémentaire 100% féminine ». Chacun sait pourtant qu’une telle liste ne tire des suffrages que dans le seul et unique but d’apporter de l’eau au moulin de la liste principale (la liste du PS en l’occurrence), sans offrir la moindre chance aux figurantes d’accéder à un fauteuil et cela tout le monde l’admet. Pour preuve, aucun mandat aux chambres fédérales n’a jamais été décroché par une personne candidate sur une liste complémentaire dans l’histoire de notre Canton. Ce n’est donc pas du tout un modèle d’intégration des femmes à la vie politique et aux élections.

Chaque parti politique dispose de listes annexes, principalement des listes de jeunes, mais cela a un but : former la relève qui, un jour, rejoindra les listes principales lors des différentes élections. Ces listes annexes peuvent également servir à thématiser spécifiquement, par exemple en mettant en valeur des propositions d’économie performante tout en ménageant les ressources naturelles comme le fait la liste « PLR. Avenir Écologie ». En revanche, procéder de la sorte avec les femmes c’est leur réserver le rôle peu envieux de relève en formation et cette démarche-là ne les met nullement en valeur, bien au contraire en faire-valoir. Les candidatures féminines doivent figurer sur les mêmes listes que les candidatures masculines, être une femme ne saurait être un programme politique. Figurer sur une liste secondaire se justifie par la mise en selle de la jeunesse ou la thématisation de solutions innovantes. Il est en revanche pour le moins périlleux de justifier d’y figurer par le simple fait d’être une femme.

En 2019 une quarantaine de femmes apparentées au PS n’ont servi qu’à élire un homme, Monsieur Mathias Reynard

Le recrutement constitue sans doute la pierre angulaire de la féminisation des mandats, mais il ne saurait suffire de proposer un nombre de candidates féminines important. Il est absolument nécessaire d’élaborer de véritables stratégies qui donnent de réelles chances d’élire autant de femmes que d’hommes. Les élections de 2019 ont vu 8 hommes accéder au Conseil national, y compris le siège du parti socialiste. Quand bien même ce parti avait présenté de mémoire une quarantaine de candidatures féminines, toutes listes apparentées confondues, elles ont toutes uniquement servi à élire un homme, Monsieur Mathias Reynard. Et personne n’imaginait alors sérieusement que l’une d’elle pût brûler la politesse à celui qui allait devenir Conseiller d’Etat deux ans plus tard.

Chaque parti doit bien sûr travailler davantage. S’agissant du notre, le PLR, ce travail est fait, ce thème nous préoccupe. Il n’y a pas un événement politique ou électoral sans que cela ne soit évoqué autour de la table. Nous ne prétendons aucunement détenir la vérité et les clés de la solution. Au-delà des discours convenus et des faux-semblants, une vraie politique de promotion équitable des candidates et candidats se fait avec des convictions, de la volonté et bien sûr passablement de patience. Les choses évoluent, les discours aussi, mais cela prend du temps car on ne transforme pas ainsi la société en un revers de main.

La journaliste constate qu’aucune femme n’occupe de fauteuil à la chambre du peuple sans relever la principale raison pour laquelle la délégation valaisanne a perdu une femme : l’heureuse accession de Madame Amherd aux plus hautes fonctions. Il est bien sûr regrettable que la dernière législature ait vu huit conseillers nationaux masculins choisis pour représenter notre Valais, mais il est également important de relever le parcours de notre ministre de la défense. Une Conseillère fédérale, tout de même, après Josef Escher, Roger Bonvin et Pascal Couchepin, ce n’est que la quatrième fois dans l’histoire de notre pays que le Valais est représenté au gouvernement fédéral ! Puisque l’article traite de la représentation des Valaisannes aux plus hautes fonctions politiques, il est regrettable que Madame la Conseillère fédérale Amherd ait été aussi vite oubliée.

Il faudra un jour assumer

Toutes les énergies seront nécessaires demain

La démocratie valaisanne a parlé sur le photovoltaïque alpin. Un peu comme quand elle décide d’élargir le catalogue des prestations de la LAMal, de permettre aux psychologues de prescrire ou d’améliorer les conditions de travail du personnel infirmier. A chaque fois, il y a de bonnes raisons de dire oui, mais quand vient l’automne et qu’on annonce une hausse des coûts, c’est plus difficile à assumer et rares sont ceux qui font le lien pourtant évident : on paie le prix de ce qu’on décide.

Au sujet de la production d’énergie, je redoute déjà les discussions cet hiver. Personnellement je défends l’énergie nucléaire d’une part et toute source de production électrique d’autre part. Que cela soit l’énergie éolienne, les parcs solaires, les barrages hydroélectriques et leur réhaussement ou que sais-je encore. J’ai toujours défendu l’idée de produire suffisamment et de garantir l’approvisionnement énergétique. C’est fondamental pour que les entreprises puissent prospérer, pour offrir des salaires dignes à tout le monde, pour que chacun puisse vivre dignement. A ce titre, ma ligne politique me laisse la conscience tranquille.

En revanche, je laisserai le soin d’assumer leurs choix à ceux qui s’opposent à tout depuis des années : le nucléaire laisse des déchets, l’éolien fait mal à la tête, les panneaux voltaïques alpins font mal aux yeux, un rehaussement de barrage noie trois sapins (Grimsel), une centrale hydroélectrique d’altitude gêne la présence d’une variété de mouche spécifique (Haut-Valais), les centrales au fil de l’eau terrorisent les poissons, … Je leur laisserai expliquer à nos concitoyens, comment aller vers plus de sobriété (manger froid ? se doucher un jour sur deux ? aller à pied au travail même quand on habite en montagne ?) Je leur laisserai aussi parler aux personnes de condition plus modeste, leur proposer d’abandonner les derniers loisirs qu’ils leur restent afin d’honorer les factures d’électricité que la pénurie aura fait encore exploser.

Mais je leur fais confiance sur un point. Les neinsagers opposés à tout trouveront de toutes façons le moyen de dire que ce n’est pas de leur faute s’il manque du courant ! Comme ceux qui défendent l’élargissement du catalogue des prestations LAMal au printemps avant d’aboyer l’automne quand les nouvelles primes sont communiquées. Ce ne sera jamais de leur faute. Assumer c’est pour les autres. En attendant, dommage pour les habitants qui, eux, subissent.

Electricité : Au pas de charge, maintenant

Répondre à la crise énergétique signifie produire davantage. Le faire évidemment de manière responsable, c’est-à-dire en privilégiant des sources d’énergie propres, mais produire davantage.

Le projet du site solaire de Grengiols

On nous sert à répétition des potentiels d’économies d’énergie, chiffrés volontiers jusqu’à 30%. Sans contester ce chiffre, réaliser de telles économies impliquerait des changements de comportement conséquents et disons-le, irréalistes. Dans les faits, cela signifie des restrictions. Qu’on se comprenne, les économies indolores se font, forcément et plus ou moins volontairement. Aucune entreprise ne dépenserait volontairement trop pour ses besoins énergétiques. Il en va de même de la très grande majorité des gens. Certes, il existe des comportements absurdes. Ils vont très majoritairement et naturellement évoluer, en particulier maintenant que le prix de l’énergie a pris l’ascenseur, que ce soit durable ou temporaire. Temporaire, espérons-le.

Consommer moins est un leurre, l’enjeu est de produire davantage mais de façon propre

Il n’empêche, si des économies sont réalisées, si l’efficience énergétique tend constamment à progresser, la consommation globale d’électricité, elle, reste durablement en augmentation. Et c’est bien normal, la population est en croissance et nous électrifions notre parc de véhicules, pour ne citer que deux très bonnes raisons. Ainsi donc, quels que soient les discours que les chantres de la décroissance tiennent sur les économies potentielles d’énergie, nous avons besoin d’augmenter nos capacités de production et corolairement les capacités de stockage de l’énergie, en réduisant au minimum l’empreinte carbone des solutions mises en œuvre. Les quatre principales sources d’énergie électrique décarbonées sont aujourd’hui le nucléaire, l’hydroélectricité, le photovoltaïque et l’éolien. Au surplus, le secteur hydroélectrique permet d’un côté de produire et de l’autre de répondre au besoin de stockage de l’énergie (pompage en période de production accrue et turbinage de l’eau lorsque la production est insuffisante).

Assurément, je pense que ce serait une erreur que de fermer totalement la porte au nucléaire. Les technologies évoluent et empêcher le progrès scientifique serait absurde. En revanche, force est de constater qu’il n’est pas imaginable de monter un nouveau dossier aujourd’hui, le réaliser et espérer qu’il produise le premier kWh avant 15 ou 20 ans, au minimum. Pour autant qu’on vienne avec un projet défendable autour d’EPR de génération 3+. Les problèmes auxquels fait face EDF dans la mise en œuvre du site de Flamanville doit nous inviter à la plus grande prudence en matière de maitrise des coûts et des délais. Qui plus est, il n’existe aujourd’hui très objectivement plus de majorité politique et enfin, aucune entreprise ne voudrait se lancer dans l’aventure. Je crois au potentiel de l’énergie nucléaire, mais un nouveau réacteur en Suisse ce n’est de toutes façons pas pour demain matin.

Le potentiel de l’énergie éolienne n’est pas négligeable, mais il restera de toutes façons marginal en Suisse, la topographie de notre pays ne s’y prêtant pas spécialement pour une production en masse. Il reste donc deux voies essentielles afin de produire davantage d’énergie à court terme : l’augmentation de la capacité de nos barrages d’une part, produire du solaire toute l’année d’autre part. C’est exactement le sens du projet que les Forces motrices valaisannes proposent, via la création d’un parc photovoltaïque de 5 millions de m2 dans le Saflischtal (sur le site de Grengiols). On peut espérer une production jusqu’à un milliard de kW/h, sous réserve des limites techniques et des impédiments relevés à ce jour et qu’il faudra adresser. Il n’est en effet pas possible aujourd’hui d’injecter autant de courant dans le réseau. Les parcs photovoltaïques alpins sont soutenus directement par la loi urgente votée par les chambres lors de la dernière session. Dite loi encadre tellement les solutions possibles qu’elle exige même des installations démontables à court terme. C’est donc un petit pas, mais il est essentiel pour changer de paradigme. Via un soutien indéfectible à la loi urgente, Le PLR a montré qu’il soutenait sans réserve la mise en place de ces parcs photovoltaïques alpins. Il s’agit maintenant d’avancer au pas de charge.

La gauche et les ONG jouent l’obstruction malgré l’urgence

En dépit de l’urgence d’augmenter nos capacités en hydroélectricité, la section haut-valaisanne du WWF a fait capoter devant le TF en avril dernier un projet hydroélectrique à Kippel et Ferden, afin de préserver l’habitat d’un plécoptère, ou plus simplement d’une variété de mouche. En dépit de l’urgence pour le photovoltaïque alpin, le groupe socialiste du grand conseil valaisan a déposé en session de novembre une interpellation urgente pour mettre en doute le projet de Grengiols et inviter le Conseil d’Etat à attendre. Ainsi donc, alors que nous cherchons tous des solutions afin de produire davantage, le camp rouge-vert rêve encore de production réduite, voir de décroissance, tout en s’émouvant de l’explosion des prix de l’énergie et par conséquent de l’érosion du pouvoir d’achat. C’est bien une curieuse posture qui consiste à déplorer les conséquences des causes auxquelles on contribue directement ! L’inquiétude des citoyens pour l’approvisionnement électrique est plus que légitime. Dans le dossier énergétique, il y a désormais deux camps, ceux qui veulent mettre les gaz et ceux qui cherchent des excuses pour attendre, encore.

Les socialistes incohérents sur le dossier européen

Le Parti socialiste veut relancer le débat sur une adhésion à l’Union européenne. Pour Cédric Wermuth, ce serait « un moyen pour améliorer les conditions sociales des deux côtés de la frontière ». Le co-président du parti socialiste suisse fait remarquer qu’avec « une démocratie affaiblie aux Etats-Unis, des dictatures en Russie et en Chine, il nous semble assez évident que l’avenir de notre pays, c’est un avenir européen. Il ne peut qu’être européen. »

Les relations entre notre pays et l’UE forment la première ligne de notre politique internationale depuis des décennies.

Le 25 février dernier, le Conseil fédéral décidait lui de ne pas ratifier l’accord-cadre avec l’UE. La pression contre l’accord-cadre est bien sûr venue de l’UDC, qui s’oppose systématiquement à toutes les questions en lien avec la politique extérieure et tout particulièrement celles qui concernent nos relations avec l’Union européenne. Si l’attaque de l’UDC était attendue, le très europhile parti socialiste n’est pas resté muet. Les ténors du parti ont battu en brèche l’accord, à l’instar du bouillant président de l’Union syndicale suisse, Pierre-Yves Maillard. Alors qu’il n’existe aucune majorité en Suisse pour adhérer à l’UE, il apparait plus que jamais important d’appuyer avec force notre politique pragmatique, fondée sur des accords bilatéraux avec notre premier partenaire économique. A force d’additionner les oppositions, notre Conseil fédéral n’avait plus d’autre choix que de jeter le projet d’accord-cadre aux vieux papiers et de mettre le dossier de la politique bilatérale Suisse-UE en veilleuse, pour ne pas dire au congélateur.

Non contents d’avoir contribué à la fin de la négociation de l’avenir de la voie bilatérale, dans une alliance contre-nature avec la droite souverainiste, les socialistes ont encore lancé un référendum contre l’accord Frontex, l’extension des accords de coopération de Schengen. Car combattre Frontex c’était bien combattre Schengen. Il est bon aussi de rappeler que sans Schengen, c’est un demi-milliard de francs de perdus pour notre tourisme. Quand un touriste chinois ou indien visite le vieux continent, il obtient un visa Schengen. Sans notre participation à Schengen, cette personne s’en ira visiter la Tour Eiffel, la Tour de Pise ou la Porte de Brandebourg mais ne visitera pas Zermatt ou Interlaken. Combattre Schengen, c’était aussi combattre la libre-circulation et par voie de conséquence combattre la voie bilatérale. Or, l’existence de cette voie bilatérale est primordiale. Elle est sans doute aujourd’hui la seule voie possible pour notre politique extérieure, comme un point d’équilibre, le seul réaliste, entre la fermeture totale du pays et l’adhésion à l’UE, deux options totalement écartées aujourd’hui par la majorité des citoyens et des partis politiques.

En agissant comme une caisse de résonnance au discours anti-ouverture, le PS se présente comme l’idiot utile de l’UDC

Battre en brèche l’accord-cadre avec l’UE ou s’engouffrer dans le référendum pour combattre Frontex c’était jouer avec le feu. Le parti socialiste suisse prend la politique européenne pragmatique de la Suisse en otage et c’est irresponsable. Ce faisant, elle agit comme une caisse de résonnance au discours anti-ouverture européenne de l’UDC. Heureusement, dans sa grande sagesse, les citoyens suisses ont apporté leur plein soutien à la voie bilatérale le 15 mai dernier en acceptant le deal Frontex défendu avec force et conviction par notre ministre de la justice Karin Keller-Sutter. Avec 72% de Oui en Suisse et à plus de 3 contre 1, les citoyens ont clairement désavoué les souverainistes et la gauche.

Ainsi, après avoir combattu l’accord-cadre, pris le risque de couler la participation de la Suisse aux accords de Schengen, voici que le parti socialiste se lance dans le combat pour l’adhésion de la Suisse à l’Union européenne. C’est désormais sa nouvelle grande priorité. Alors qu’il se refuse à la moindre concession pour accepter certaines pièces du puzzle européen, il réclame par contre et en totale contradiction l’ensemble des pièces en acceptant de fait toutes les concessions possibles et imaginables du puzzle européen. Je me pose la question : y a-t-il dans ces prises de positions antagonistes un début de logique, l’ombre d’une cohérence ? y a-t-il encore un pilote dans l’avion socialiste ?

Télétravail : le nouveau Graal, vraiment ?

Rester concentré et au calme sur ses tâches sans être interrompu, moins de contraintes horaires et donc mieux concilier vie privée et vie professionnelle, perdre moins de temps en déplacement, tout en se donnant bien sûr cette bonne conscience de ménager l’environnement : le télétravail a la cote, et c’est le moins que l’on puisse dire.

À en croire certains, le télétravail ne serait qu’un concentré de vertus.

La crise sanitaire a obligé les autorités à prendre des mesures et le télétravail, jusqu’ici un timide épiphénomène d’entreprises jeunes ou modernes serait devenu d’un coup, d’un seul, une de ces réponses tellement évidentes que l’encourager, voir l’exiger des entreprises serait inoffensif. Le travail depuis chez soi serait tout simplement devenu une évidence absolue, une sorte de quintessence du travail de bureau, le graal dont toute entreprise devrait se réclamer sine qua non pour suivre ce trend global, qui aime balayer tout ce qui s’est dit avant d’un revers de main. Et évidemment quiconque se permettrait d’émettre des doutes, des réserves serait au mieux mal informé, au pire un « boomer » mal organisé et sans doute inadapté.

Le télétravail massif constitue un dommage économique réel pour les entreprises

Qu’on ne s’y méprenne pas : les autorités doivent prendre des mesures dans le cadre de la lutte contre la pandémie et certaines de ces mesures font mal, mais elles sont nécessaires. Tout le monde conviendra qu’une réduction des horaires d’ouverture d’un établissement, des contraintes d’accès à un site telles que l’exigence d’un certificat COVID ou du port d’un masque sont des mesures qui ont nécessairement un impact significatif sur l’activité économique des entreprises et des lieux de loisirs (qui sont d’ailleurs aussi des entreprises). Plus surprenant, le télétravail n’est jamais perçu comme source de difficultés. Plébiscité par les jeunes familles qui essaient d’organiser leur vie, souhaité par ceux qui habitent loin de leur bureau, le travail depuis chez soi ne mériterait même plus d’en débattre.

Au cours des trois dernières décennies, les théories du management d’entreprise ont systématiquement évolué en faveur d’un encadrement plus responsabilisant, plus épanouissant. Elles ont démystifié la performance individuelle, la concurrence entre les employés, au profit du travail d’équipe. Collaborer et partager des compétences différentes, tirer ensemble à la même corde, s’entraider et se soutenir, additionner les forces pour soulever des montagnes. Par la dynamique du groupe, un plus un fait plus que deux. Le travail collectif a clairement rangé l’individualisme au placard. Parce que mon travail compte, mais celui de mon collègue aussi. Parce que le succès d’un employé ne vaut rien si l’entreprise est tenue en échec par les insuccès d’un autre employé. Nous avons appris à valoriser les compétences sociales et émotionnelles, tous ces soft skills fondamentaux de l’entreprise d’aujourd’hui : la communication, la valorisation de chacun, la collaboration, la capacité à travailler en équipe et pour les managers la capacité à développer les compétences des collègues dont il a la charge, la capacité à les mettre en valeur aussi, à les estimer, à leur apporter de la reconnaissance. Les open spaces ont remplacé des bureaux froids et fermés. Il n’est plus question de se barricader derrière un mur ou derrière des cloisons. Les échanges sont favorisés, encouragés, les idées de chacun sont valorisées. Des coins permettent d’échanger, éventuellement avec un tableau blanc ou des crayons pour capturer des idées, pour réfléchir ensemble à de meilleures solutions. Et puis on s’intéresse aux autres, sans curiosité malsaine, mais on se soucie du bien-être de l’autre, on échange ensemble aussi sur des sujets qui ne sont pas directement en lien avec les projets de l’entreprise. Cet échange est aussi enrichissant que nécessaire. L’entreprise est désormais bien davantage qu’un lieu de production.

Irons-nous jusqu’à méconnaitre nos collègues avec qui nous passions, hier encore, plus de 8 heures chaque jour ?

Quand les employés sont tous chez eux, dans le confort de leur appartement spacieux ou dans l’inconfort de leur petit appartement où plusieurs personnes cohabitent plus difficilement lorsque c’est permanent, ces échanges sont réduits à leur portion congrue. La culture du travail d’équipe est réduite aux protocoles formels, les statuts quotidiens et les réunions nécessaires à travers une caméra et un micro. Même lorsque les employés d’une entreprise font preuve de la meilleure volonté et du meilleur engagement possibles, toute la dynamique, toute l’émulsion créée par le groupe en est affectée. Le télétravail tel que décrété par les services des administrations fédérales et cantonales fonctionne à merveille… selon les administrations fédérales et cantonales. Au quotidien et dans le détail, la fin du travail ensemble signifie aussi que les choses avancent différemment, que les projets naissent moins spontanément, que l’idée géniale amenée par les collègues ne parvient plus spontanément aux oreilles de ces personnes qui auront la nécessaire ambition de transformer l’idée en projet. Pour une entreprise (qui n’est pas une administration et dont le revenu n’est pas assuré par le contribuable), cela signifie un changement de cadence mesurable, une réduction de production de nouveaux projets par un processus de décision lui-même ralenti et moins spontané, une baisse des commandes induite par le ralentissement observé ailleurs, des retards dans l’attribution de mandats. Les individus travaillent sans doute avec autant de bonne volonté et avec les bons outils. Mais collectivement, il s’agit d’un dommage économique concret pour les entreprises.

Soudainement, c’est toute la culture du collectif qu’on balaie d’un trait pour satisfaire des aspirations individuelles de confort de vie inavouablement plus égoïstes. La pandémie exige des réponses fortes, et le travail depuis chez soi est l’une de ces réponses. La possibilité de travailler à distance parfois, lorsqu’on a la chance d’avoir un travail qui le permet, est sans conteste une réponse possible à des aspirations individuelles mais à condition que cela se fasse à dose raisonnable. Au-delà des aspects organisationnels de l’entreprise, il n’est tout simplement pas juste d’esquiver le nécessaire débat social que nous devons mener collectivement. Voulons-nous d’une société où les individus ne se connaissent plus, ne se rencontrent plus, où chacun reste cloisonné confortablement chez lui ? Irons-nous ainsi jusqu’à renier la valeur de connaitre les gens avec qui nous passions, hier encore, plus de 8 heures quotidiennement ? Ces questions-là brûlent d’actualité et d’importance. Je refuse de les esquiver pour suivre un trend aux conclusions hâtives.

Avançons.

Les 120 millions de francs de contribution annuelle correspondent à une disposition prévue par le contrat bilatéral que nous avons signé. L’UE est un vaste marché, qui nous profite directement vu les volumes échangés.

Une balance commerciale serait vertueuse parce qu’excédentaire, dogme du trumpisme

Quoi qu’en pensent les eurosceptiques, l’UE demeure, et de loin, notre premier partenaire.

Cela nous profite parce que nous exportons et aussi parce que nous importons. Contrairement à certaines théories avancées, un pays comme le notre profite autant des importations que des exportations. La balance commerciale n’a pas à être considérée comme la marque d’un succès lorsqu’elle est excédentaire et un échec lorsqu’elle est déficitaire. Ça c’est le trumpisme de la théorie économique. Mais cela ne repose surtout sur rien de tangible, à part évidemment des partis pris. Nous sommes tous à la fois salariés ou indépendants et consommateurs. Évidemment, dans un pays avec un taux de chômage record et un PIB au plancher, exporter davantage qu’importer serait le reflet éventuel d’un développement nécessaire. La Suisse n’est pas dans cette situation. Elle importe davantage de l’UE qu’elle n’exporte parce que ce marché lui offre les produits qu’elle désire. Qu’elle importe beaucoup n’efface pas les milliards de revenus qu’elle réalise grâce aux exportations. Ce sont des salaires pour tous, de l’épargne pour la retraite, de l’argent pour nos écoles. 266,37 milliards de francs échangés en 2019. Point.

Pour développer la prospérité de ce marché, l’UE gère un fond de cohésion. Nous connaissons très bien cela en Suisse, c’est comparable par nature aux principes qui régissent la péréquation intercantonale. A l’échelle de l’UE, il ne s’agit pas d’un seul et vaste État fédéré, mais d’un marché unique dont les échanges se font notamment avec une monnaie commune, l’Euro, émise par la Banque centrale européenne. La cohésion ou la correction des équilibres est donc aussi importante pour le développement économique du marché qu’elle le serait si l’Europe était un État fédéré. L’UE est notre principal partenaire commercial. Sur chaque franc gagné en 2020 en exportant notre savoir-faire, 51 centimes viennent de nos clients européens. Si on englobe tous les échanges, un franc c’est 60 centimes avec l’UE (dont 22 centimes avec la seule Allemagne), 12 centimes avec les USA, 6 centimes avec la Chine, 3 centimes avec le Japon et 19 centimes pour l’ensemble des autres pays du monde. Non seulement l’UE restera longtemps encore notre principal partenaire commercial (et de très loin), mais c’est aussi la région du monde qui offre le meilleur potentiel pour la croissance de nos exportations, ce que confirment régulièrement plusieurs études sérieuses dont celle, connue, du BAK Basel Economics.

120 millions par an, en perspective, ce ne sont pas davantage que des cacahuètes.

La question est simplement de savoir si la Suisse se soucie du marché auquel elle prend part, ou si trop fièrement, elle faisait comme si l’Europe était insignifiante pour elle. Dans le rapport de force, nous avions bloqué notre participation à ce fond. Non que nous contestions qu’elle soit due (elle l’est contractuellement) mais parce que nous voulions utiliser cela comme une arme de négociation. Un peu comme un client rechignerait à régler une facture parce qu’il serait en froid avec son fournisseur. C’est de bonne guerre, c’est parfois utile quelques temps. Après plus de 10 ans de tergiversations par contre, cela en devient absurde et pathétique. Nous n’avons strictement rien obtenu avec cette position de principe. Dont acte.

Une nouvelle fois, l’UDC thématise sur ce sujet, en parlant comme à son habitude avec excès et slogans sensationnalistes. J’ai lu le terme de racket. Que c’est ridicule. Et arrêtons de parler du « milliard de cohésion ». Cette formule est issue tout droit de la réthorique calculée de ce parti. Parler d’un milliard en omettant systématiquement de rappeler que c’est le total à verser sur huit ans, c’est le degré zéro de l’enfumage. Un peu comme si on affirmait que la protection sociale en Suisse coûte 1464 milliards de francs. Oui en effet. Mais sur huit ans, comme pour le fond de cohésion de l’UE. Tant qu’à vouloir impressionner, on peut avancer également le chiffre de 3660 milliards. Ce chiffre est également vrai. Mais sur 20 ans. Ne nous trompons pas, l’UDC le fait systématiquement sur tous les sujets européens. Cette opposition ne repose sur rien d’autre qu’un dogme idéologique de fond qui veut que tout ce qui est européen serait forcément mauvais et devrait être combattu. Agiter pour exister. Et faire du sur-place.

Il est temps de retrouver un peu de sérénité dans nos relations avec l’Union européenne. On dit parfois que dans un conflit larvé, la personne la plus intelligente c’est celle qui sait faire le premier pas. La Suisse est un pays d’intelligence.

5G : Un moratoire pour rien

La justice genevoise a rendu une décision logique et attendue. Il est par contre inquiétant d’imaginer que des autorités cantonales décrètent un moratoire tout en sachant qu’il est parfaitement illégal et qu’il sera cassé par la justice. De la part des autorités genevoises, en tête le chef du Département du territoire Antonio Hodgers, il s’agit d’une indéfendable prise de liberté avec l’ordre institutionnel, une décision de moratoire qui s’apparente à de l’abus de pouvoir.

Bien sûr, on doit attendre des élus qu’ils fassent aussi de la politique, au sens noble de prendre part au débat démocratique. Mais on attend d’eux qu’ils le fassent dans le respect du droit supérieur. La législation fédérale ne peut être appliquée à la carte par les gouvernants de nos cantons en fonction des convictions politiques personnelles de ceux qui les composent. Ce serait saper les fondements de l’Etat de droit.

Qu’allons-nous en retirer ? Rien. Du retard. D’une part les antennes 5G seront installées, en application du droit fédéral. Nous aurons simplement perdu 2 ans, en attendant que les autorités cantonales soient désavouées par la justice. Ce sont le genre de tracasseries dont on se passerait volontiers face aux enjeux de notre économie dont le principal levier d’innovation, de croissance et donc d’emploi réside dans la modernisation des infrastructures en faveur de la numérisation. Les forces politiques qui s’y opposent peuvent agir auprès de la Confédération. Que cela serve ou non leur agenda, les règles sont les mêmes pour tous.

e-ID : Pour une Suisse innovante

Au quotidien, nous faisons tous des transactions en ligne : que ce soit pour des achats sur la toile ou pour solliciter une foule de services de l’administration ou auprès d’entreprises. Pour cela, nous devons nous identifier. En général, avec un nom d’utilisateur et un mot de passe, celui-ci étant plus ou moins sécurisé selon la plateforme. Assez souvent, sachons-le, cet identifiant est peu sûr, facilement falsifiable et à la merci des hackers. Car il n’existe aujourd’hui aucune base légale pour une identité électronique vérifiée.

La loi qui nous est proposée pose enfin le cadre nécessaire après 15 ans de débat.

Une Suisse en queue de peloton en matière de numérisation (eGov benchmark 2018)

La Suisse en queue de classement en Europe

Il ne faut pas confondre cette identification électronique avec une sorte de passeport. L’e-ID
ne va nous permettre de voyager, elle restera au surplus facultative. L’unique objectif de cette loi est d’accroitre la sécurité des transactions et corolairement développer les prestations en ligne. Car l’enjeu est bien là, la Suisse a un wagon de retard, si ce n’est un train complet dans le domaine de la numérisation. La Suisse 2.0 demeure aujourd’hui un vœu pieux, les comparaisons internationales ne sont pas flatteuses : notre pays se situe en queue de classement de l’Europe occidentale, au niveau des pays d’Europe de l’Est les plus à la peine en matière de numérisation. Ceci est confirmé par au moins deux rapports, le « eGovernment Benchmark » de la Commission européenne et le « World Digital Competitiveness Report » de l’Institut IMD.

Car l’enjeu est bien là : il s’agit aujourd’hui de créer les conditions afin de gagner la confiance des citoyens dans le numérique, et pour cela il faut une e-ID avec des règles et des normes claires, décidées souverainement par notre pays. La crise actuelle du coronavirus nous montre par ailleurs combien il est important pour l’Etat de pouvoir fonctionner en ligne pour le maintien de tâches économiques ou administratives indispensables : extraits de registre, impôts, changements d’adresses, demandes de permis de construire et bien d’autres. Il s’agit aujourd’hui de créer de la sécurité numérique afin de favoriser une économie innovante. Cela constitue un enjeu majeur pour le succès de nos entreprises et donc pour l’emploi en Suisse.

Seul un service de la police fédérale pourra valider une identification personnelle.

Le projet offre toutes les garanties de sécurité puisque l’Etat définit les règles et surveille l’ensemble du processus. Il met en place pour ce faire deux organismes nouveaux. Un premier service d’identité sera rattaché à l’Office fédéral de la police (Fedpol). Seul ce service sera habilité à valider l’exactitude des données d’identification personnelle. La loi institue également une Commission fédérale indépendante des e-ID, l’Eidcom. Cette entité sera charger de reconnaître les fournisseurs d’identité numérique et de veiller à la bonne application de la loi.

Quelles seraient les alternatives ?

Avec nos propres règles d’e-ID, nous favoriserons des solutions d’identification qui répondent à nos exigences. Disons-le très clairement, il n’existe pas vraiment d’alternative crédible. Voici pourquoi. La première alternative est la situation actuelle. C’est celle qui prévaudra pendant des années encore si la loi devait être refusée. C’est une situation sans normes édictées et où les services d’identification sont principalement contrôlés par les grandes plateformes que nous
connaissons tous, comme Google ou Facebook.

La deuxième alternative, selon les principaux opposants, ce serait une solution 100% étatique. Dans ce cas, la Confédération devrait soit développer et exploiter elle-même la technologie, soit acquérir une solution du marché. Développer sa propre solution est irréaliste, tant les enjeux sont complexes et extrêmement pointus. Tout le monde semble s’accorder sur ce point. La solution réaliste dans ce cas serait une sorte de concession qui ressemblerait peu ou prou au mandat de Serafe pour l’encaissement de la redevance radio-TV. Elle constituerait une sorte de monopole qui serait attribué au terme d’un appel d’offres. Il n’est pas exclu d’ailleurs que les règles OMC contraignent un tel appel d’offres à accepter un fournisseur étranger. Dans ce cas, ce serait un parfait autogoal. Ce n’est évidemment pas ce que souhaitent les opposants, mais il n’est pas possible d’exclure ce risque.

Enfin, si l’Etat développe sa propre solution, il n’existe aucune garantie a priori que celle-ci soit aussi satisfaisante pour les usagers en termes de qualité de service que les alternatives offertes par des fournisseurs privés. Et c’est là que réside le plus grand danger, ce qu’a très bien résumé Martin Dumermuth, le directeur de l’Office fédéral de la justice. Ce serait selon ses dires « le pire des scénarios : qu’on développe une identification électronique d’Etat, que des technologies privées se développent en parallèle et que la solution étatique reste sur la touche. » En clair, un investissement massif d’argent public, un flop total et en prime un retour à la case départ. Ce serait surtout l’assurance de stagner alors que nous devons combler aujourd’hui le retard.

Scénario irréaliste ? Malheureusement pas, c’est très exactement ce qui est arrivé en Allemagne qui a conçu un service étatique qui n’a pas tenu toutes ses promesses. Au final, la majorité des citoyens allemands ont conservé les services de Apple et de Facebook. Or ce qui est arrivé en Allemagne a toutes les chances de se produire en Suisse, les mêmes causes produisant généralement les mêmes effets.

Pour les référendaires, seul l’Etat saurait faire les choses et il les ferait mieux que tout le monde.

En réalité, les référendaires, emmenés principalement par
les partis de gauche, mènent avant tout un combat de principe, très peu
pragmatique, fondé sur l’adage erroné que seul l’Etat saurait faire les choses
et que de toutes façons il les ferait mieux que tout le monde. C’est bien sûr
une vaste illusion.

Je glisserai un oui de conviction dans l’urne le 7 mars. Oui
à l’e-ID, à des règles claires, à plus de simplicité et de sécurité en ligne, à
une Suisse qui définit souverainement ses propres règles, à une Suisse
compétitive et innovante.

Soyons dignes des enjeux

Ce que le projet représenterait

Le 5 novembre dernier, le tribunal cantonal a accepté le recours d’ONG contre le parc éolien du Grand-St-Bernard. En substance, le TC évoque une décision du Conseil d’Etat fondée sur une étude d’impact incomplète, soit. L’argument est évidemment valide puisque le tribunal cantonal a donné raison aux ONG recourantes (WWF, Birdlife et la Fondation pour le paysage notamment). Il n’y a pas lieu a priori de remettre en cause la décision de justice, forcément fondée.

Il n’en demeure pas moins que face à la nécessité d’agir aussi rapidement que possible pour
favoriser des sources d’énergies renouvelables, nous pouvons nous interroger sur la validité d’un système de procédure lourd et complexe, parsemé de voies de recours. On voudrait décourager les promoteurs de projets qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

Je ne milite pas pour construire tout et n’importe quoi. Je crois aussi fermement qu’en 2020 les
combats de tranchée entre initiateurs de projets et ONG doivent être oubliés car ils sont stériles. Bien sûr personne n’a fait tout juste au siècle passé et encore récemment. Nous avons parfois construit de véritables aberrations sur l’Alpe. Et parfois aussi les recourants ont manqué de vision face aux enjeux, comme lorsqu’ils s’opposaient à la surélévation de nos barrages, pourtant vecteurs de production d’énergie 100% propre.

Il faut se mettre autour d’une table et discuter en bonne intelligence. En finir une fois pour
toutes avec les bras de fer interminables. C’est la seule attitude, responsable, qui soit digne des enjeux.

Pour avoir raison, il faut gagner la bataille des urnes

Les verts n’ont pas gagné les élections fédérales de 2019. Au classement final, ils ont obtenu une honorable quatrième place. Certes, ils ont fait une belle progression, c’est évident, mais sur la ligne d’arrivée, ils ont tout de même été battus par trois autres partis.

La grande vague verte, le tsunami qui allait mener la révolution tambour battant ne fut en réalité qu’une médaille en chocolat.

La 4ème place n’est pas une victoire.

La « vague verte » minoritaire au parlement n’a pas empêché la loi sur le CO2 d’être votée. Le parlement n’a pas attendu la pression des campeurs de la place fédérale. Il a pris ses responsabilités. La manifestation d’Extinction Rébellion et de leurs semblables n’a eu aucun impact sur le vote final. Aucun. Les avis étaient faits. C’est d’ailleurs la preuve par l’exemple que les verts et les manifestants n’ont pas le monopole des préoccupations environnementales. Et c’est évidemment la preuve que les solutions se négocient sous la coupole, pas dans la rue.

En réclamant davantage, les irresponsables manifestants du climat et leurs relais politiques prennent le risque de tout perdre.

Pour les manifestants de la place fédérale, le parlement n’en faisait pas assez. Pourtant, l’ajout de toute une série de nouvelles taxes dans cette loi sur le CO2, taxes réclamées principalement par la gauche, a provoqué une fronde qui se transformera en référendum populaire. Votation il y aura et si d’aventure, la loi devait être refusée par le peuple, les partis politiques qui ont chargé la barque devront prendre leurs responsabilités et se remettre en question. A trop vouloir charger le navire, on prend le risque de le couler. En réclamant davantage encore, les campeurs de la Bundesplatz semblaient ignorer qu’en Suisse, on ne gagne pas en frappant sur un tam-tam, en prétendant détenir la vérité ou en expliquant avec une vile arrogance que le parlement n’a rien compris. Il faut bel et bien remporter l’adhésion de la majorité des citoyens. Et cela se passe dans les urnes.

Notre démocratie n’a rien à envier aux pays où la seule façon de se faire entendre est la confrontation dans la rue.

La démocratie suisse est infiniment plus complexe que celle de la plupart des États occidentaux. Elle permet aux minorités d’être équitablement représentées, à tous les partis de l’échiquier de siéger dans le même gouvernement et au peuple de voter 4x par an sur de multiples sujets, y compris pour défier à peu près n’importe quelle loi votée par les chambres, sur une simple liste de 50’000 signatures. La démocratie à l’helvétique est unique en son genre. Elle n’a rien à envier aux pays où la seule façon de défier le pouvoir est de s’y confronter, dans la rue. La loi de celui qui gueule le plus fort, de celui qui intimide davantage, de celui qui appelle aux grèves et à la désobéissance civile. C’est peut-être pour cela que la Suisse n’a pas forcément besoin d’une place des mécontents, qui serve à défier les parlementaires.

Là où dans les autres pays, les citoyens en sont réduits à devoir hurler sur la place de la nation ou face à la maison du peuple, face au palais gouvernemental, face au parlement, et occuper les rues pour se faire entendre, les Suisses sont simplement invités à donner leur avis de manière civilisée: en votant.

Le "mariage pour tous": une évidence

L’évolution de notre société s’est construite, brique après brique, au rythme des grands mouvements d’émancipation. Au Moyen-Âge, le servage permettait aux seigneurs de voir leurs terres exploitées par des paysans interdits de quitter leur terre. Interdits de pouvoir changer leur condition, il a fallu attendre le siècle des lumières pour les voir vivre dignement et librement. Il y a un siècle et demi, le treizième amendement de la Constitution des Etats-Unis abolissait l’esclavage. Même si les questions raciales marquent encore nos sociétés, et pas uniquement les USA, depuis 1865 a commencé le mouvement sans doute le plus important du long chemin de l’émancipation de l’être humain. Enfin, c’est au siècle passé qu’a commencé la reconnaissance pleine et entière de la femme comme individu aux droits égaux. Le XXe siècle a vu naître le suffrage féminin, mais pas seulement : le droit des femmes à disposer de leur vie, de ne pas dépendre de leur mari, d’accéder aux études et de choisir la profession qu’elles souhaitent, de vivre leur sexualité comme bon leur semble et enfin de disposer de leur corps et de choisir d’enfanter ou d’interrompre une grossesse.
Chacun de ces mouvements d’émancipation a d’abord été le fait de revendications minoritaires avant qu’il ne fédère nombre d’individus autour de ces nécessaires évolutions sociales. De tous temps, les luttes pour l’émancipation ont été portées par des mouvements d’inspiration libérale. De tous temps, les émancipations ont été combattues par des groupements conservateurs, hostiles au changement, souvent par crainte de perdre le pouvoir que leurs privilèges inégalitaires leur conférait. « La majorité elle-même n’est pas toute-puissante. Au-dessus d’elle, dans le monde moral, se trouvent l’humanité, la justice et la raison ; dans le monde politique, les droits acquis. » écrivait Alexis de Tocqueville qui a fortement influencé la philosophie libérale naissance au début du XIXe siècle. La société a constamment évolué et ce sont bien les idéaux libéraux qui ont triomphé à chaque fois, pour combattre la tyrannie de la majorité. Tant mieux, les individus sont d’abord des êtres maîtres de leur vie, de leur destin. Leurs choix leur appartient. 
Derrière le débat d’aujourd’hui sur les droits des couples de même sexe se cache en réalité la résurgence de ce vieil antagonisme entre libéralisme et conservatisme. Ce qui pouvait choquer hier s’imposera comme une évidence demain. Nos enfants jugeront sans doute un jour les conservateurs d’aujourd’hui comme nous, enfants, au travers des livres d’histoire, avons jugé les conservateurs d’antan. Les puissants seigneurs qui se sont opposés à l’émancipation des paysans. Puis les riches propriétaires terriens qui ont lutté contre l’abolition de la traite des noirs. Enfin les hommes jaloux de leurs prérogatives sociales qui ont rechigné à accorder aux femmes des droits égaux, à reconnaitre leur dignité dans le fond. Aujourd’hui, avec le « mariage pour tous », nous sommes invités à reconnaitre la dignité de chaque individu, indépendamment de son orientation sexuelle. Une évidence.

Méfions-nous comme de la peste de la jalousie contre ces « salauds de patrons » !

La crise aura mis en lumière une réalité que beaucoup méconnaissaient : les indépendants, ces petits patrons d’entreprise sont avant tout des personnes qui triment, ne comptent pas leurs heures, cumulent soucis et tracasseries, vivent dans la crainte permanente du carnet de commandes trop vide ou de ne pouvoir verser les salaires dus au personnel éventuellement embauché.

C’est une réalité et reconnaissons-le : cela correspond à l’immense majorité des patrons d’entreprise. Il y a 529’000 micro-entreprises qui comptent jusqu’à 9 employés et 50’000 petites entreprises de moins de 50 employés en Suisse. Ces micro et petites structures forment le 98% de l’ensemble des entreprises du pays. Seule une entreprise sur 360 emploie plus de 250 personnes. Autrement dit, le quotidien de l’immense majorité des chefs d’entreprise colle bien à ce que j’écrivais plus haut.

Gérer le personnel, investir dans les équipements, parfois emprunter pour y arriver et avec le souci permanent du tableau de bord : aurais-je assez de mandats et de travail pour rembourser cet emprunt, pour amortir ces équipements coûteux et complexes, pour ne pas avoir à annoncer la terrible nouvelle d’un licenciement à l’un de mes collaborateurs, qui est peut-être même devenu un ami ? Ne pas en dormir la nuit, parfois. Ne pas compter ses heures, très souvent. Accepter les échecs, en tirer des leçons et remettre l’ouvrage sur le métier, animé par l’envie de faire bien, de faire au mieux ou de faire avec. Motiver et encourager ses collaborateurs dans les périodes les plus difficiles, croire en eux, les considérer, les enthousiasmer même, quand c’est nécessaire pour mener le navire à bon port. Et toujours, quand chacun est rentré chez lui, rester seul avec les soucis, les ennuis, les défis qui paraissent insurmontables et auxquels il faudra quand même répondre demain.

Et finalement, après bien des années, riches de tant d’échecs acceptés contre vents et marées comme des expériences, réussir, enfin. Réussir, peut-être. Mettre finalement un peu d’argent de côté. Profiter peut-être un peu plus de la vie, avoir de nouveau un peu plus de temps libre. Et peut-être même réussir vraiment ! A ceux-là je leur dis simplement : bravo, vous l’avez plus que mérité. Vous n’avez pas à vous justifier de quoi que ce soit. Vous avez tant donné, vous avez le droit de recevoir une fraction de ce que vous avez donné. Nous autres, employés, vous devons d’avoir un job, un salaire qui nourrit nos familles, un pécule qui assurera nos vieux jours. Merci à vous.

Gardons cela toujours à l’esprit lorsque nous parlons des conditions de travail, du cadre légal qui régit l’activité économique, de la fiscalité des entreprises. Montrons-nous critiques ; certes le monde n’est pas blanc ou noir. Et certes, il y a des moutons noirs partout. Mais méfions-nous comme de la peste de la jalousie qui embrume la pensée de certains mouvements politiques, si prompts à monter au créneau contre ces « salauds de patrons ».

Dans un Etat de droit, les règles s’appliquent même aux militants de gauche

Pour faire face à la crise sanitaire, la Confédération a décidé des mesures pragmatiques qui mêlent subtilement interdictions et encouragements. Les résultats semblent le montrer d’ailleurs, les décisions prises étaient bonnes. Ce lundi 18 mai pourtant, bravant l’interdiction de réunion de plus de 5 personnes et à l’appel de réseaux sociaux, 2000 cyclistes ont envahi la plaine de Plainpalais à Genève. Ils réclament davantage de considération et de place pour le vélo dans nos rues. Un grand rassemblement public de 2000 personnes toléré alors que 6 personnes autour d’un barbecue peuvent être poursuivies et condamnées ?

Si prompts à réclamer un Etat fort pour protéger les plus faibles, des élus de gauche se refusent à condamner les actes répréhensibles de leurs sympathisants.

En charge à la fois de la sécurité et de la santé, le ministre Mauro Poggia a promis avec raison une large enquête et une dénonciation des coupables. C’est évidemment la moindre des choses. Et pourtant, c’est le président du gouvernement genevois en personne, Antonio Hodgers, qui s’y est opposé, menaçant de briser la collégialité si l’enquête est menée correctement et des condamnations prononcées. Le ministre vert a même poussé l’audace jusqu’à mettre en doute le risque sanitaire pris par les organisateurs, se substituant ainsi aux experts et épidémiologistes de la Confédération. Rappelons que l’interdiction de réunion de plus de cinq personnes évite la propagation inutile du COVID-19. Elle nous évite surtout une deuxième vague qui pourrait se révéler dévastatrice pour nos entreprises, pour nos emplois, pour nos revenus, pour notre bien-être à tous.

Dans le contexte de cette crise sanitaire, il est plus que jamais nécessaire de respecter les règles prescrites. Il en va aussi d’une certaine solidarité sociale, celle des bien-portants envers les plus fragiles, envers les groupes à risque. D’habitude si prompts à réclamer un Etat fort, des règles contraignantes et à les faire appliquer, certains élus de gauche font du rétropédalage lorsqu’il s’agit de condamner les actions répréhensibles de leurs sympathisants. Des actions irresponsables et irréfléchies deviennent soudainement anodines ou même souhaitables. Dans un Etat de droit, les règles se décident ensemble, se votent selon les processus démocratiques établis et sont appliquées uniformément.

Voitures électriques et autonomes, nos routes et nos villes repensées ?

Le 13 décembre dernier, le Conseil fédéral prenait
connaissance des résultats de l’analyse d’efficacité de la tarification de la
mobilité, autrement dit du concept de road
pricing
. Les enjeux et objectifs liés à la mobilité sont multiples : réduire
les pics d’affluence, assurer le financement des infrastructures routières, ou
encore promouvoir l’usage des transports en commun. Le futur projet du
gouvernement a l’ambition d’y répondre et c’est l’occasion de disséquer
les enjeux de la mobilité de demain.

Revoir le financement de nos routes


Devenus interdépendants, route et rail ne s’opposent plus

En 2020, il ne s’agit plus d’opposer automobilistes et
usagers des transports publics : l’heure est à la multimodalité. Si des
transports publics efficaces convainquent davantage de pendulaires de les
utiliser, c’est autant de véhicules en moins sur nos axes autoroutiers
bouchonnés matin et soir, en provenance du Valais et en direction de Berne, de
Lausanne ou de Genève. En fait, l’introduction de mesures incitatives ciblées
en faveur des transports en commun a sans doute un résultat nettement plus
efficace sur le désengorgement de nos axes routiers surchargés que la
construction d’une troisième ou d’une quatrième voie autoroutière. Encourager
l’usage des transports en commun sert donc tout à la fois les intérêts du rail
et de la route, transports en communs ou individuels.

Le financement de nos axes routiers est dual : tant
l’usager que le contribuable participent. Pour ce qui est de l’usager, sa contribution
se fait principalement par l’impôt sur les huiles minérales, autrement dit par
la fiscalisation du litre d’essence et de diesel. Mais l’usager contribue
également au financement de l’infrastructure routière via la redevance pour
l’utilisation des routes nationales (la vignette autoroutière), l’impôt
cantonal sur les automobiles et enfin la redevance sur les véhicules
électriques. Le reste étant financé par le pot commun, c’est-à-dire le
contribuable des communes, des cantons et de la Confédération. Cependant, la
principale contribution de l’automobiliste demeure avant tout celle prélevée
sur sa note lorsqu’il fait le plein : sur un litre payé 1,60 fr., seuls 75
centimes tout compris rémunèrent la chaîne de production et de distribution
complète, du foreur de pétrole brut au salaire du vendeur de la station-service.
Le reste de la note se compose principalement de l’impôt et de la surtaxe sur
les huiles minérales.
Composition du prix d’un litre
d’essence à 1,60 fr. (source : Avenergy Suisse, Zurich, 2018)



Avec ses 1894 km de tronçons, la Suisse connait une densité autoroutière
parmi les plus élevées au monde

La croissance fulgurante du nombre de véhicules électriques
ou à propulsion alternative (hydrogène par exemple) va très vite assécher les
recettes de l’impôt sur les huiles minérales, si bien que le financement à
terme de notre exceptionnelle infrastructure autoroutière n’est plus assuré.
Car, oui, notre infrastructure autoroutière est exceptionnelle : avec un
réseau prévu de 1’894 km d’autoroutes (Haut-Valais compris) pour une superficie
de 41’290 km2, c’est l’une des densités autoroutières les plus élevées au
monde.
Réseau des routes nationales suisses
(source : OFROU, 2019)
Un enjeu évident de la mobilité multimodale passe par la
promotion des transports en commun. Trop souvent, le débat a malheureusement
crispé les fronts entre partisans et opposants de la voiture. Un automobiliste
n’a parfois pas le choix. L’amélioration qualitative de l’offre en transports
en commun a un double effet bénéfique : d’une part, l’automobiliste qui le
souhaite accède à une alternative ; d’autre part, le réseau routier est
allégé d’autant et le trafic est fluidifié pour les autres usagers de la route.

Bien sûr, il n’est pas possible aujourd’hui d’offrir une
desserte en transports publics attractive pour un trajet pendulaire entre
Evolène et Corsier-sur-Vevey, aussi facilement qu’entre Montreux et Sion. Il
n’empêche, en moyenne nationale les kilomètres parcourus avec le rail ont bondi
de 50% entre 1995 et 2015, contre un peu plus de 30% pour les déplacements en
voiture. La part de transports en commun pour nos déplacements est donc croissante,
ce qui est en soit réjouissant : cela signifie que l’offre est attractive,
l’essor du rail et le succès des abonnements des CFF en témoigne. Soit dit en
passant, c’est en revanche dans le domaine du transport des marchandises que le
rail recule face à la route : le transport sur rail a stagné depuis 1995
alors qu’il a bondi de 30% sur route. C’est là aussi que réside l’un des enjeux
de la politique des transports.
Distances parcourues pour le
transport par la route et le rail (source : OFS, 2017)



Moins d’un kilomètre sur quatre est parcouru pour se rendre au travail

L’attractivité des transports publics passe aussi par une
approche plus originale, ciblée sur des besoins identifiés. Par exemple, depuis
cet hiver, les skieurs peuvent embarquer dans le train à la gare de Cornavin,
au centre de Genève, pour rejoindre au Châble le départ de la télécabine en
direction du domaine skiable de Verbier et cela, sans aucun changement de train
et en évitant certains arrêts régionaux moins importants. Pour preuve que cela
répond à une attente, ces trains destinés au tourisme hivernal ne désemplissent
pas les weekends de ce début de saison 2019-2020. Il est un fait méconnu :
nous nous déplaçons d’abord pour nos loisirs, et très nettement. Bien davantage
que pour nous rendre à notre travail. Les loisirs et les activités de tourisme
comptent donc de manière prépondérante dans les enjeux de la mobilité de demain.
Distance journalière moyenne parcourue
par personne en Suisse (source : OFS, 2017)
En réalité, il existe de nombreuses façons d’améliorer
qualitativement l’offre en transports publics, simplement en nous efforçant de
comprendre les scénarios d’utilisation, comme celui qui achemine les skieurs
des villes, de Genève à Vevey sur les pistes valaisannes. Et cette approche de
l’amélioration de l’attractivité de l’offre est incontestablement plus réfléchie
et aboutie que celle qui consiste à taxer la route pour obliger les gens à se
rabattre sur le rail.


Dans un système libéral, il est juste de payer ce que nous utilisons

Dans ce contexte, le financement de nos infrastructures
routières doit être repensé. Dans un système véritablement libéral, il est finalement
très juste que chacun paie ce qu’il utilise vraiment. Sachant que le réseau
autoroutier est financé d’abord par l’impôt sur les huiles minérales, un
véhicule à propulsion électrique utilise le même réseau autoroutier mais ne le
finance pas, ce qui est un non-sens. S’il est compréhensible d’avoir favorisé
fiscalement le créneau de véhicules au bilan carbone plus favorable, la
solution n’est cependant pas tenable et nécessite d’être revue. Un financement
viable à terme de nos infrastructures doit se baser sur l’utilisation effective
de celles-ci.

En ce sens, la vision du Conseil fédéral est juste :
les impôts et redevances actuelles, dont l’impôt sur les huiles minérales
pourraient disparaître au profit d’un road
pricing
plus simple où chacun paie pour les infrastructures qu’il a
sollicitées et la distance qu’il a réellement parcourue. Evidemment la
facturation devra être automatisée et couplée à la détection automatique des
véhicules qui s’engagent sur le réseau autoroutier en répondant également aux
impératifs liés à la protection des données personnelles. In fine, le système
mis en place devra être neutre au niveau de la charge fiscale, transparent
envers l’usager et le plus simple possible, avec en ligne de mire le triple
objectif de réduire les pics d’affluence, d’assurer le financement des
infrastructures routières et aussi de promouvoir l’usage des transports en
commun.

Repenser la voiture individuelle

Un véhicule est avant tout un moyen de se déplacer du point
A au point B. Le rapport quasiment affectif que nous entretenons parfois avec
notre voiture se fonde sur ce qu’il a su apporter à notre société et
principalement aux deux générations qui nous ont précédés : une certaine
idée de la liberté et de l’indépendance. C’est évidemment vrai et ça demeurera
vrai dans un système où les alternatives sont inexistantes ou pour le moins non
efficientes. Il n’empêche, les cas d’utilisation d’un véhicule sont aujourd’hui
variés et la mobilité doit être repensée en fonction. Si par hypothèse, une
alternative efficace en transports publics devait exister pour nos trajets
quotidiens, nous serions nombreux à la choisir. Tout l’enjeu réside
essentiellement dans la couverture des premiers et des derniers kilomètres d’un
long trajet, c’est-à-dire le trajet qui sépare notre domicile de la première
gare et celui sépare la dernière gare de notre destination, que cela soit un
lieu de travail ou une destination de loisirs. L’essentiel d’un long parcours
devrait idéalement pouvoir être couvert par une liaison ville à ville en train.


Les autoroutes en Suisse, c’est 65 heures quotidiennes d’embouteillage, 24’000
heures par an

L’équation est extrêmement simple pour un scénario de centre-ville
à centre-ville. Elle l’est nettement moins lorsqu’on habite en montagne, dans
un village de plaine ou même à la périphérie de nos villes valaisannes et qu’on
doit se rendre à un endroit excentré par rapport aux gares principales du
réseau CFF. Partir de chez soi avec sa voiture, parquer en ville (et payer un
abonnement de stationnement), marcher encore jusqu’à la gare, prendre le train
pour rejoindre son travail est déjà contraignant. Si le lieu de travail est
difficilement accessible depuis la gare de destination alors le trajet
multimodal devient une équation impossible. Ce n’est pas le facteur unique mais
c’est certainement le premier facteur qui maintient notre lien de dépendance à
la voiture individuelle et qui cause des pics de circulation sur nos routes et
autoroutes, des embouteillages matin et soir.

24’000 heures par an ou 65 heures quotidiennes de bouchon
sur les autoroutes helvétiques, c’est autant de temps perdu, du temps que nous
ne pouvons consacrer plus utilement à notre travail, à nos loisirs ou à nos
proches, notre famille, notamment le matin et le soir pour les pendulaires.
Trouver des solutions devient dès lors une priorité politique de premier plan pour
assurer simplement notre qualité de vie.


Et si la voiture devenait un moyen de transport public ?

Je ne crois pas qu’il y ait opposition entre moyen
individuel et moyen public de déplacement. La voiture est avant tout une
solution pratique de transport avant d’être un moyen de déplacement individuel.
Depuis plus de cinq ans, la société de taxis Uber a lancé son service UberPOOL dans
les grandes villes du monde, aux Etats-Unis, en France à Paris ou encore dans
des villes de pays émergents et populeux, comme l’Inde. Le concept d’UberPOOL
est simple : vous commandez une course de taxi mais vous partagez votre
véhicule avec d’autres passagers. Lorsque vous embarquez d’autres passagers
occupent déjà les autres sièges. Le taxi s’arrête quelques kilomètres plus loin
pour déposer un passager ou accepter un nouvel occupant et ainsi de suite
jusqu’à votre destination. Gain pour l’utilisateur : un prix de course
réduit puisque le taxi devient collectif et peu de contraintes car le calcul du
trajet se fait intelligemment par des algorithmes sophistiqués pour ne pas
multiplier arrêts et détours. C’est sans doute un très bon exemple qui démontre
que la voiture n’est pas forcément synonyme de transport individuel. En
réalité, la frontière entre déplacements en commun ou individuels sera à
l’avenir de plus en plus perméable.

Une voiture devenue moyen de transport public ? Voilà
incontestablement un véritable changement de paradigme. C’est là que la
multimodalité prend tout son sens : pouvoir enfin résoudre l’équation difficile
des premiers et des derniers kilomètres d’un long trajet, ces kilomètres à
parcourir pour rejoindre une gare principale et les kilomètres depuis la
dernière gare jusqu’à la destination finale… Si un service de voiture nous
amène directement de chez nous à la gare la plus proche et qu’une autre voiture
le fait de la gare à notre lieu de destination, le trajet ville-ville en train
ne devient-il pas enfin des plus attractifs, même pour les nombreux Valaisans
qui habitent loin des centres urbains ?


La voiture autonome va démocratiser le taxi et rendre les trajets en
transports publics possibles

Contrairement à ce que beaucoup de personnes imaginent, le
modèle d’affaires d’Uber n’est pas d’employer des chauffeurs de taxi. Qu’ils
soient considérés comme salariés ou indépendants étant encore une autre
question d’ailleurs, totalement périphérique par rapport à leur modèle
d’affaires. Le modèle en question se fonde sur la voiture autonome et donc des taxis
sans chauffeur. C’est dans cette configuration que le système Uber deviendra
rentable et pourra s’imposer. C’est même le seul scénario qui valide une
capitalisation boursière de 60 milliards de dollars, pour une entreprise qui a
repensé le business du taxi, sans posséder un seul véhicule ! Le modèle
dans lequel une voiture vous amène à la gare la plus proche ou vous achemine
depuis la dernière gare vers votre lieu de travail est beaucoup trop onéreux
s’il impose de considérer un chauffeur salarié. Dès lors que le véhicule est
autonome, la plus grosse partie du coût du trajet disparait.

Ainsi, le taxi se
démocratise. Il devient possible de l’utiliser chaque jour pour un budget
accessible au plus grand nombre. Mieux : il rend l’utilisation des
transports publics, notamment les grandes lignes CFF, nettement plus attractive
pour de nombreux usagers pour qui ce n’était pas une solution viable. Le taxi,
fondé d’une part sur la voiture et d’autre part sur le transport individualiste
se mue donc en outil complémentaire de l’offre en transports publics : la
convergence entre la voiture, le bus et le train se matérialise et plus rien ne
les oppose, hors considérations idéologiques.

Habitacle de la voiture autonome Symbioz
imaginée par le constructeur français Renault en 2017



Les chauffeurs de taxi se retrouveront sur la paille car l’Etat a voulu
imposer un système immuable

Dans ce contexte, le combat que se livrent Uber et les
chauffeurs de taxi traditionnels, appuyés par des forces syndicales qui ancrent
leur réflexion dans des schémas de pensée obsolètes et qui réclament un statut
d’employé pour les chauffeurs sonnent totalement comme un anachronisme. Soyons
réalistes : le métier est condamné à se repenser intégralement pour offrir
une réelle nouvelle valeur ajoutée. Car si la seule valeur en termes de service
produite par un chauffeur de taxi est d’acheminer ses passagers d’un point A à
un point B, le métier disparaîtra. Et cela quelle que soient l’opinion des
syndicats de chauffeurs indépendants ou de corporations de compagnies de taxis.

Enfin, je trouve incroyable pour ne pas dire totalement
absurde que nous ayons pu imaginer un système de concessions pour les taxis. Il
s’agit clairement du fruit de décisions politiques irresponsables et à courte
vue. Malheureusement, c’est souvent le cas quand le monde politique, sans
saisir les vrais enjeux, se met à penser et organiser un secteur économique. C’est
cette logique antilibérale qui fera le plus de victimes : des chauffeurs
de taxi qui ont misé sur la valeur de leur concession, théoriquement
revendable, pour fonder leur rente de retraite y ont cru, parce que l’Etat leur
a fait croire que le système était immuable. Or rien n’est immuable dans une
société dont la seule constante est le changement.

Remodeler nos routes et nos villes

Dans une Suisse 2.0 où un service de voitures autonomes accessible
partout et bon marché est parfaitement couplé à une offre de transports publics
efficaces, à quoi bon posséder sa propre voiture ? Ce changement est déjà
en marche : la majorité des jeunes nés après l’an 2000 renoncent
aujourd’hui déjà à passer leur permis de conduire. Et en ce qui concerne la
génération précédente, en 20 ans, le pourcentage de jeunes détenteurs du permis
est passé de 70% à 60% en Suisse, à l’inverse des seniors pour qui détenir un
véhicule est encore associé à l’idée d’autonomie et de liberté, comme le montre
le graphe ci-après.
Possession d’un permis de conduire
selon le sexe et l’âge (source : OFS, ARE, Microrecensement mobilité et
transport MRMT)
En imaginant un service de voitures disponibles devant notre
pas-de-porte et aussi bon marché que la voiture que nous conduisons nous-même
grâce à des véhicules autonomes et donc sans chauffeur, l’intérêt de posséder
un véhicule s’effondre. Il y a donc fort à parier que le nombre total de
véhicules en circulation va fortement décroître les années à venir. Car là
aussi notre société a produit quelque chose d’absurde : un véhicule
destiné à nos déplacements individuels n’est un moyen de déplacement que 2% de
son temps. Le 98% du temps il n’est qu’une source d’encombrement, occupant de
l’espace sur une place de stationnement en attendant sa prochaine course.
Arguments émotionnels mis à part, liés à ce que notre voiture nous renvoie
comme images positives de liberté et d’autonomie, voir de statut social, la
voiture est, la plupart du temps un objet encombrant.


600’000 véhicules autonomes pour remplacer 6 millions de voitures
individuelles ?

Des services de voitures autonomes optimisera les trajets et
le nombre de véhicules. Immobilisé, une voiture ne fait que se déprécier sans
créer de valeur. De tels services feront circuler chaque véhicule pour
plusieurs centaines de milliers de kilomètres par année, en recherchant
l’efficience. Couplé à une offre efficace de transports publics, notamment de trains
rapides pour relier les centres-villes, les distances parcourues sur la route
vont nécessairement reculer. Enfin, des systèmes de covoiturage rendus
possibles par la puissance des algorithmes (comme le service UberPOOL que je
décrivais plus haut) accompagneront nécessairement de tels services et vont permettre
de proposer des offres plus attractives encore, réduisant d’autant l’occupation
de l’espace routier. Il est facilement imaginable dans ce contexte de diviser
le trafic par deux. Plus encore, en optimisant l’utilisation des véhicules et
en évitant les temps de stationnement, c’est-à-dire les moments non rentables,
on peut imaginer un réseau de 600’000 véhicules autonomes remplaçant aisément 6
millions de véhicules individuels pour nos déplacements privés.

La première des conséquences positives est la réduction de
l’encombrement urbain. Car il faut bien l’admettre : après les problèmes
de circulation, le deuxième casse-tête urbanistique de la présence des voitures
est bien l’occupation de l’espace pour en permettre le stationnement. Et si
très justement, au lieu de rester stationné des heures, un véhicule autonome se
déplaçait pour sa prochaine course avec un nouveau client, ce serait autant de
places de stationnement qui ne seront plus nécessaires. Il y a là une
opportunité certaine de remodeler nos paysages urbains.


De nouvelles voies autoroutières inutiles demain ?

Enfin, si la voiture autonome pourrait par hypothèse
permettre de diviser par dix la taille du parc automobile suisse, on peut aussi
douter de l’intérêt de débloquer des milliards de francs d’argent public pour
entreprendre de vastes chantiers onéreux afin d’augmenter le nombre de voies de
nos axes autoroutiers. Devant tant d’incertitude, je suis intimement persuadé
qu’il serait irresponsable de se précipiter dans des chantiers titanesques.
Mais là encore, l’Office fédéral des routes (OFROU) voit juste en proposant des
solutions pragmatiques, très helvétiques à dire vrai : la réaffectation de
la bande d’arrêt d’urgence (BAU) aux heures de pic de circulation en est une.
Elle permet d’absorber cette surcharge de trafic sans engager de vastes
chantiers. Voyons au cours des prochaines années si nos habitudes changent avec
l’arrivée de véhicules autonomes avant de prendre des décisions qui nous
engagent et engagent le contribuable pour plusieurs décennies.
Réaffectation de la bande d’arrêt
d’urgence en 3e voie provisoire lors des pics de circulation :
un pragmatisme helvétique intelligent (source : L’Illustré, 30 septembre
2018)



La voiture autonome amène de véritables opportunités pour nos vallées souvent
mal desservies

Dans nos vallées excentrées et souvent mal desservies,
l’arrivée demain de réseaux de véhicules autonomes constitue une solide
opportunité de repenser notre rapport à la mobilité. Je l’ai exposé plus haut, le
champ des possibles s’élargit en couplant le transport motorisé autonome au
réseau de transports en communs. C’est une chance unique d’apporter un deuxième
souffle, une nouvelle attractivité à nos vallées.

Dépasser les clivages classique entre la gauche et la
droite, entre les partisans et les opposants à la voiture, entre les centre
urbains et les vallées excentrées est plus important que jamais. Le système
politique suisse, fait d’intelligence et de pragmatisme sait y répondre. Soyons
pragmatiques et visionnaires en matière de mobilité. Repensons nos routes, remodelons
nos villes et donnons un souffle nouveau à nos vallées : simplement y
vivre mieux et y vivre bien. Si possible encore longtemps, j’en fais le pari.
Alexandre Luy

Redonner envie de voter

Les élections fédérales sont passées mais le marathon électoral continue avec en ligne de mire les élections communales d’abord et les cantonales ensuite. A l’heure du décompte des résultats, c’est malheureusement souvent la victoire de ceux qui s’abstiennent de voter. Et la participation a vraiment marqué le pas le 20 octobre dernier.

En quatre ans, le Valais a gagné 10’000 électeurs mais on décompte 7’000 bulletins de moins

Objectivement, le bilan des fédérales est là, il est implacable et le moins qu’on puisse dire c’est qu’il doit nous interroger. La participation du Valais est passée de 60% à 54%. Pour bien prendre la mesure de cette plongée le 20 octobre dernier, prenons quelques chiffres plus parlants. Le Valais a gagné environ 10’000 électeurs. Ce sont 10’000 citoyens de plus à qui la chancellerie a fait parvenir le matériel de vote. Et pourtant on décompte 7’000 bulletins de moins à la sortie des urnes par rapport à la même élection quatre ans plus tôt. 104’000 Valaisans se sont abstenus pour le renouvellement de nos représentants au Conseil national. Ils n’étaient « que » 87’000 en 2015. 17’000 citoyens de plus ont choisi de ne pas voter. C’est énorme.

La participation des Valaisans aux élections fédérales et aux scrutins en général est meilleure que la moyenne nationale. Il n’empêche, elle commence à baisser fortement et il est possible que notre canton finisse par rejoindre cette valeur nationale moyenne. A l’échelle suisse, la participation fut de 45% le 20 octobre dernier. Depuis 1979, elle a toujours navigué dans une fourchette comprise entre 45% et 48%, avec un plus bas notable mais exceptionnel à 42% en 1995. Le taux de 2019, 45%, est tout-à-fait comparable à celui de 1991 (46%) ou 2003 (45%). En clair, la moyenne nationale demeure plus basse que le Valais mais elle est stable, alors que dans notre canton, la participation recule constamment et assez fortement désormais.

Dans 10 mois les communales, 4 mois plus tard les cantonales

Pourtant les occasions d’intéresser les citoyens à la vie publique ne manquent pas. Nous sommes appelés aux urnes quatre fois par année pour les scrutins fédéraux, et en général nous votons sur différents objets, si bien que nous donnons notre avis sur une dizaine de textes chaque année, un chiffre assez fort et surtout unique en comparaison internationale. Pour le renouvellement de notre personnel politique, des élections rythment notre vie dans un marathon électoral répété tous les quatre ans. Les résultats des fédérales, c’était il y a 2 mois. Pourtant, dans 10 mois, nous aurons également renouvelé nos autorités communales et enfin 4 mois plus tard nos députés et notre Conseil d’Etat. C’est un véritable marathon.

Je ne crois pourtant pas une seule seconde à un effet de lassitude. La démocratie n’est pas seulement le résultat de règles institutionnelles. La démocratie est vivante, avec des hauts et des bas, des moments plus forts, des moments plus émotionnels. Elle est ponctuée de respirations plus ou moins importantes et longues. La démocratie requiert surtout de maintenir le feu pour qu’elle garde tout son attrait. Elle ne saurait se résumer à des échéances d’élections et de votations. Elle concerne chacune et chacun de nous : dans quelle société voulons-nous vivre ? quelle place accordons-nous à la solidarité entre nous mais aussi entre les générations ? comment allons-nous répondre aux défis posés, par exemple, par l’allongement incroyable de l’espérance de vie et la robotisation en marche de nos processus et activités quotidiennes ?

Voter c’est signer le contrat qui nous unit

Comment peut-on, d’un simple revers de main, se désintéresser de ce que sera la société dans laquelle nos enfants grandissent ? Les générations passent, les institutions demeurent. Mais elles sont mouvantes, elles évoluent au fil de nos besoins et des grandes aspirations de notre société. Elles accompagnent notre monde dont la seule constante est le changement. Il en a d’ailleurs toujours été ainsi, déjà dans la Grèce antique d’ailleurs. Et bien cette immuable et nécessaire transformation de nos institutions, de notre système de solidarité sociale, de nos filières de formation, de tout ce qui rythme notre « vivre ensemble » est fondée sur l’acceptation populaire la plus large : voter c’est simplement signer le contrat qui nous unit. Parapher ce qui nous rattache à la communauté, à notre ville ou notre village, notre canton, notre pays. Voter c’est tellement davantage qu’élire nos représentants. Voter c’est faire des choix de société, des choix qui détermineront la vie que nos enfants auront. Voter c’est un trait d’union entre les générations, c’est un testament, un héritage, un leg de nos générations envers les suivantes.

La participation aux scrutins est donc fondamentale et il est trop facile de se cacher derrière la liberté de ne pas voter. A nous d’y réfléchir avant les prochaines échéances communales et cantonales. J’ai des idéaux et des valeurs auxquelles je suis fortement attachées, mais je demeure réaliste : il n’y a sans doute pas de recette miracle pour faire vivre notre démocratie. Cependant, il serait faux et même irresponsable d’accepter cela comme une fatalité. Les états-majors des partis politiques vont devoir poser ce sujet sur la table, car c’est leur responsabilité primaire que de donner envie de voter et de rendre notre démocratie belle et vivante. C’est leur devoir. Mais en attendant, il reste ce geste très simple mais efficace, à la portée de tout le monde : quand un ami affirme ne pas voter, lui rappeler tout ce que voter signifie.

Que les socialistes donnent un siège à Régula Rytz !

Régula Rytz, candidate des Verts

Les
enjeux climatiques sont importants, mais les Verts n’ont pas le monopole
là-dessus. Heureusement d’ailleurs, c’est pour cette raison qu’on peut avoir
aujourd’hui déjà une politique respectueuse du climat même si les verts sont
minoritaires (on oublie quand même un peu vite que 87% des votants ont choisi
un autre parti le 20 octobre). La Suisse est un pays modèle, exemplaire en ce
qui concerne la politique environnementale.


Avec
43%, l’alliance rouge-verte serait clairement surpayée

Les
lois étant adoptées par les deux chambres, c’est-à-dire le Conseil national et
le Conseil des Etats, l’enjeu principal pour favoriser une autre politique
climatique n’est donc pas forcément au Conseil fédéral. D’autres parts, rouges
et verts forment un seul bloc ; ils ont apparenté leurs listes dans tous les
cantons ou presque lors des dernières élections. Il y a donc lieu aussi de
considérer l’alliance de gauche globalement. Avec 3 sièges au Conseil fédéral,
cela ferait 43% et ce serait clairement surpayé. Les reproches d’une soi-disant
surreprésentation du PLR adressés par les verts c’est un peu la théorie de la
paille et de la poutre.

Socialistes
et verts pèsent ensemble 30%, soit exactement 2 sièges

Une
alternative intelligente dans l’immédiat, serait que le PS propose l’un de ses
deux sièges à Regula Rytz, pour avoir un ou une socialiste et une élue des
verts. Le poids de l’alliance rouge-verte serait ainsi, comme aujourd’hui, de
29% au Conseil fédéral, ce qui correspond parfaitement à leur poids cumulé :
30% très exactement pour l’élection au Conseil national ! Ils assumeraient
ainsi jusqu’au bout leur apparentement, un apparentement qui signifie qu’ils
sont des partis frères, cousins et partenaires. Et ce serait pleinement
respectueux de la volonté des électeurs qui ont donné 3 voix sur 10 à la gauche
le 20 octobre, ni plus ni moins.

Post-scriptum:
Soit dit en passant, les verts ne se montrent pas très respectueux des régions
qui composent l’équilibre du pays, puisqu’ils suggèrent sans vergogne de faire
sauter un siège latin (celui d’Ignazio Cassis) au profit de Regula Rytz, une
élue alémanique !

LAMal : une franchise à réinventer

Il est un corolaire qui accompagne régulièrement la discussion sur les primes d’assurance-maladie : la franchise. Les médias relaient régulièrement le débat sur l’adaptation du seuil ou du plafond, s’échelonnant aujourd’hui entre 300 et 2500 francs. Le sujet crée l’émoi de tout le landernau politique. Il semblerait qu’en matière de politique de la santé et d’assurance-maladie, on préfère discuter des symboles plutôt que s’en tenir aux faits. Et que tout ce qui ne va pas dans le sens d’une « caisse unique », comme l’adaptation des franchises, soit bon à jeter à la poubelle par une certaine frange du monde politique !
Il est évident que le double effet du manque de maîtrise des coûts de la santé à charge de la LAMal d’une part et l’augmentation du transfert de charges des collectivités vers l’AOS (assurance obligatoire de soins) d’autre part, induit une augmentation régulière et assez conséquente des primes d’assurance-maladie. Ce qui agace évidemment et c’est compréhensible.
Parler de la LAMal ou de la politique de la santé est devenu assez téméraire !
A chaque fois que des propositions nouvelles sont émises, à moins qu’elles n’aillent dans le sens d’une caisse unique, les réactions sont essentiellement émotionnelles voir populistes. Je le constate. D’ailleurs parler de la santé ou de la LAMal est devenu assez téméraire, tant le sujet touche chacune et chacun de nous. Personne ne se réjouit d’une hausse des primes, c’est évident !
Ceci étant, garder la tête froide est important. Ce n’est pas à grands coups de slogans qu’on réformera le système de la LAMal. Personnellement, je refuse de tomber dans cette facilité qui n’honore personne et qui voudrait, pour chaque problème, trouver le bouc émissaire idéal. Je me refuse à considérer le sujet comme tabou. Au contraire, je pense que les gens sont en droit d’entendre des réponses franches et sans ambages. Les politiques portent cette responsabilité-là.
Fait no 1 : On ne peut décemment pas affirmer que la LAMal ne serait pas un système solidaire.
Le problème des coûts mis à part, la question de la solidarité se pose. il y a lieu de rappeler d’abord que différents principes de solidarité sous-tendent la LAMal. J’en vois principalement trois :
  • la solidarité des bien-portants envers les personnes malades (c’est l’aspect de solidarité le plus visible et le plus important et c’est le cœur-même de l’assurance-maladie) ;
  • la solidarité entre les générations, les jeunes gens finançant principalement les frais des personnes plus âgées (sans pour autant obtenir de garantie de financement de leurs propres frais lorsqu’ils seront âgés, tant l’avenir à un horizon de 30 ou 50 ans est difficile à prévoir) ;
  • la solidarité des personnes plus à l’aise financièrement envers les revenus plus faibles (ce qui se matérialise par un système de subventions des primes dont bénéficient tout de même 40% des Valaisannes et des Valaisans, par la prise en charge par les cantons et donc par l’impôt de l’hospitalier stationnaire à hauteur de 55%, sans oublier encore le financement des soins en EMS et CMS…)

Enfin, lorsque j’opte pour une franchise à 2500 francs, je reste solidaire des personnes qui nécessitent des soins, puisque le rabais qui m’est octroyé sur la prime n’est pas intégral. En clair, le rabais dont je bénéficie avec ma franchise élevée est plus faible qu’il ne devrait être selon un simple calcul actuariel et cela permet à celui qui opte pour une franchise à 300 francs de payer moins que ce qu’il devrait vraiment. Ce principe est assez méconnu mais il forme en quelque sorte un quatrième levier de solidarité.

Affirmer que la LAMal ne serait pas un système solidaire est faux.
Fait no 2 : Les caisses ne représentent qu’une partie marginale des puissants lobbies qui gravitent autour du marché de la santé.
Le marché de la santé est gigantesque. Si les coûts à charge de l’AOS atteignent 30 milliards, l’enveloppe globale des coûts de la santé avoisine, elle, les 80 milliards annuels, près de 10 millions de francs par heure, 24 heures sur 24, 365 jours par an… ! Ce marché aiguise donc les appétits, et partant, les lobbies. Or, une idée reçue voudrait désigner les caisses-maladie comme le grand lobby derrière nos parlementaires fédéraux ! C’est à la fois vrai et faux. C’est vrai qu’un certain nombre d’élus siègent auprès de groupes actifs dans l’assurance-maladie. C’est faux aussi, parce que ce serait nier la réalité du panorama des lobbies de la santé à Berne : représentants des médecins, du personnel soignant, des big pharmas qui produisent les médicaments, des pharmaciens qui les écoulent, des hôpitaux et même… des cantons dont le lobbyisme est parfois très fort lorsqu’il s’agit d’éviter qu’une dépense de santé soit mise à charge du contribuable (et donc des cantons) pour se retrouver finalement dans l’assiette de l’assurance obligatoire des soins.
En réalité, les caisses-maladie « consomment » moins de 5% des primes LAMal couvrant l’assurance obligatoire des soins. Comme l’AOS représente elle-même un petit 40% du total des coûts de la santé, la part de l’immense gâteau de la santé qui finit sur la table des assurances au sens de l’AOS est donc de… moins de 2%. La plus grosse part du gâteau, c’est-à-dire 98%, se partage donc entre les différents prestataires de soins et de prestations médicales ou paramédicales. Ces 98% sont évidemment représentés par des lobbies à Berne. Quand on vote une loi sur la concurrence dans le domaine de la distribution de médicaments, il est évident que les élus pharmaciens et leurs proches forment un lobby. Comme celui des conseillers nationaux ou aux Etats qui sont médecins, infirmiers ou distributeurs de services para-hôteliers aux hôpitaux, fussent-ils cantonaux ! Quand les psychologues réclament l’autorisation de prescrire directement traitements et médicaments (comme le feraient des psychiatres, sans toutefois être au bénéfice d’un diplôme de médecin), c’est difficile de ne pas considérer ce groupe de pression comme un lobby. Et des conseillers nationaux exerçant de telles professions, il y en a un certain nombre ! Chaque fois qu’ils obtiennent gain de cause, c’est davantage de prestations à charge de la LAMal et donc des augmentations de primes dès l’année suivante…
Alors oui, le lobby des caisses existe mais il s’agit d’en relativiser sa portée et les chiffres parlent d’eux-mêmes. Sans compter que c’est peut-être bien le seul lobby qui met la pression sur les coûts de la santé. En effet, tailler dans les coûts revient souvent, pour les prestataires du monde médical et paramédical, à tailler dans leurs revenus et leurs marges : ce n’est pas exactement ce qui les motive au premier chef.
Quid des grandes franchises ?
Le système actuel de franchises pose un sérieux problème puisque le rabais octroyé n’est pas épargné mais en général dépensé. Ce qui provoque au moins deux effets pervers :
·         Les personnes à revenu modeste finissent par renoncer aux soins quand ce n’est pas absolument nécessaire. Pire encore, renoncer aux soins fait exploser la facture à terme, lorsque la situation s’est aggravée et qu’il n’est plus possible de renoncer. Ce problème est aussi l’un des facteurs qui explique la progression des coûts de la santé. C’est un vrai problème auquel il s’agit de répondre.
·         Les mêmes personnes finissent par accumuler des dettes et cela contribue à la spirale du surendettement qui touche une part importante de la population. Et cette situation finit par atteindre toutes les personnes, car un jour ou l’autre, chacun finit malheureusement par connaitre un coup dur en matière de santé.
De l’autre côté, une franchise élevée permet d’atténuer notamment le transfert de charges entre générations. Il existe des personnes âgées pauvres et riches, comme il existe des jeunes pauvres et des jeunes riches. Il ne s’agit pas de casser ce lien de solidarité, mais il faut mesure garder. Et surtout trouver l’équilibre entre les quatre axes de solidarité que j’énumérais plus haut ! Il faut à présent trouver un moyen de corriger les effets pervers des franchises élevées, sans les faire disparaitre, car elles permettent aux jeunes (statistiquement moins aisées soit dit en passant) et particulièrement aux jeunes familles de réaliser des économies bienvenues et même nécessaires.
En réalité, il n’est pas choquant qu’une jeune famille avec enfants en bas âge bénéficie de rabais importants grâce à des franchises élevées et que lorsque la maladie survient, plus tard dans la vie, les personnes soient davantage mises à contribution en optant pour une franchise plus basse.
Il faut simplement encourager l’épargne. Pas demander un effort d’épargne supplémentaire à ceux qui n’y arrivent déjà pas, mais permettre d’épargner ce que nous pouvons économiser grâce à des franchises plus élevées. Lorsque la franchise permet d’économiser 150 francs par mois ou 1800 francs par année, cet argent devrait pouvoir être économisé, jusqu’à concurrence de la franchise. Ainsi un jeune qui démarre dans la vie et n’a pas encore de charge de famille commence par épargner. Lorsqu’il aura épargné 5’000 francs après 3 ans, ou 10’000 après 6 ans, que son budget sera plus serré lorsqu’il aura des enfants, il pourrait bénéficier de rabais importants sur la prime familiale mensuelle, grâce à une adaptation des franchises à la hauteur du montant épargné. En plus, ceci contribue à apprendre la vertu de l’épargne aux jeunes gens qui entrent dans la vie d’adulte…
Fait no 3 : Une franchise à 5’000 ou 10’000 francs n’a en soit strictement rien d’antisocial, mais cela dépend des conditions qui l’encadrent.
Ouvrir la voie aux franchises plus élevées mais encadrer ce système est sans doute une voie intéressante. Ces franchises élevées apporteraient de nouveaux rabais de prime pour rendre le système beaucoup plus supportable pour toutes les familles notamment, sans réduire la solidarité et la capacité de financement de celles-ci.
Il ne s’agit pas de forcer qui que ce soit à épargner, mais de modifier les conditions d’accès aux franchises élevées. Ce que nous épargnons sur nos primes grâce à de nouveaux rabais, nous l’utiliserions pour constituer un compte d’épargne-santé spécifique : économiser l’argent plutôt que le verser à sa caisse-maladie. Ce système ne coûterait pas un centime de plus qu’aujourd’hui à ceux qui opteraient pour ce modèle. Le prélèvement mensuel, lui, reste inchangé. La seule différence… c’est qu’en cas de coup dur, l’épargne est là, disponible. C’est en réalité profondément responsable, accessible à tous et donc social.