On entend à peu près de tout sur les primes
d’assurance-maladie. On entend de tout mais surtout n’importe quoi, à dire vrai !
Qu’on se le dise une fois pour toutes : les primes ne sont que le reflet
des coûts de la santé à charge de l’AOS (assurance obligatoire des soins) dans
le strict cadre défini de la LAMal (loi sur l’assurance-maladie). Contenir
l’augmentation des primes nécessite donc forcément d’agir sur les coûts de la
santé.
d’assurance-maladie. On entend de tout mais surtout n’importe quoi, à dire vrai !
Qu’on se le dise une fois pour toutes : les primes ne sont que le reflet
des coûts de la santé à charge de l’AOS (assurance obligatoire des soins) dans
le strict cadre défini de la LAMal (loi sur l’assurance-maladie). Contenir
l’augmentation des primes nécessite donc forcément d’agir sur les coûts de la
santé.
Les graphes qui
corrèlent coûts et primes sont assez souvent faux
corrèlent coûts et primes sont assez souvent faux
C’est un classique du genre : on nous sert un
graphe avec deux courbes. La première représente l’évolution des primes, la
seconde l’évolution des coûts. Et évidemment, l’intention de l’auteur du graphe
serait de nous montrer qu’il n’y a pas de corrélation directe entre primes et
coûts, sous-entendu que les primes se feraient au bon vouloir des
caisses-maladie. En réalité, ces graphes sont souvent trompeurs. On nous sert à
peu près tout le temps les coûts globaux de la santé. C’est évidemment
faux : les coûts à charge de l’AOS ne représentent en réalité qu’un gros
tiers des coûts globaux de la santé (37% pour être précis) et suivent ainsi une
courbe un peu différente de celle des coûts pris globalement.
graphe avec deux courbes. La première représente l’évolution des primes, la
seconde l’évolution des coûts. Et évidemment, l’intention de l’auteur du graphe
serait de nous montrer qu’il n’y a pas de corrélation directe entre primes et
coûts, sous-entendu que les primes se feraient au bon vouloir des
caisses-maladie. En réalité, ces graphes sont souvent trompeurs. On nous sert à
peu près tout le temps les coûts globaux de la santé. C’est évidemment
faux : les coûts à charge de l’AOS ne représentent en réalité qu’un gros
tiers des coûts globaux de la santé (37% pour être précis) et suivent ainsi une
courbe un peu différente de celle des coûts pris globalement.
A ce titre, un ami me rappelait récemment qu’il y a
quelques années cette part était de 25% seulement. Et c’est bien une partie du
problème : on transfert de plus en plus les coûts de l’Etat (financé via
l’impôt) en direction de l’AOS (financé par les primes d’assurance-maladie). On
le fait lorsque, par exemple, un traitement standard passe de stationnaire
(vous êtes hospitalisé avec un lit) à ambulatoire. Le stationnaire rentre dans
le financement hospitalier pour lequel l’Etat participe fortement alors que
l’ambulatoire est 100% à charge de l’AOS et du patient, et ne coûte donc plus
rien directement à l’Etat, c’est-à-dire aux cantons. Ce simple transfert de
charges explique une partie importante des écarts constatés entre coûts globaux
de la santé et coûts à charge de l’AOS et donc niveau des primes.
quelques années cette part était de 25% seulement. Et c’est bien une partie du
problème : on transfert de plus en plus les coûts de l’Etat (financé via
l’impôt) en direction de l’AOS (financé par les primes d’assurance-maladie). On
le fait lorsque, par exemple, un traitement standard passe de stationnaire
(vous êtes hospitalisé avec un lit) à ambulatoire. Le stationnaire rentre dans
le financement hospitalier pour lequel l’Etat participe fortement alors que
l’ambulatoire est 100% à charge de l’AOS et du patient, et ne coûte donc plus
rien directement à l’Etat, c’est-à-dire aux cantons. Ce simple transfert de
charges explique une partie importante des écarts constatés entre coûts globaux
de la santé et coûts à charge de l’AOS et donc niveau des primes.
Les salaires des
dirigeants des caisses correspondent à 80 centimes par année et par assuré
dirigeants des caisses correspondent à 80 centimes par année et par assuré
Quand on parle des coûts de la santé, il faut
comprendre dans le détail où l’argent est dépensé. Elections fédérales
obligent, certains candidats y vont de leur couplet s’agissant
des « salaires démesurés » des dirigeants des caisses-maladie.
La presse n’est d’ailleurs pas en reste, nos différents journaux, dont Le
Nouvelliste, ont récemment relayé à grand renfort d’infographies explicites
le palmarès des huit dirigeants les mieux payés. Je ne me prononce pas sur la rémunération
de ces dirigeants ; ces montants m’interpellent moi aussi, comme chacune
et chacun de nous. Mais c’est un autre débat. Prétendre ou laisser croire que
le salaire des patrons des caisses serait déterminant dans le calcul de nos
primes d’assurance est en réalité mensonger. Pour illustrer, prenons une prime d’assurance
mensuelle de 300 francs (assurance de base obligatoire uniquement). Elle
financera :
comprendre dans le détail où l’argent est dépensé. Elections fédérales
obligent, certains candidats y vont de leur couplet s’agissant
des « salaires démesurés » des dirigeants des caisses-maladie.
La presse n’est d’ailleurs pas en reste, nos différents journaux, dont Le
Nouvelliste, ont récemment relayé à grand renfort d’infographies explicites
le palmarès des huit dirigeants les mieux payés. Je ne me prononce pas sur la rémunération
de ces dirigeants ; ces montants m’interpellent moi aussi, comme chacune
et chacun de nous. Mais c’est un autre débat. Prétendre ou laisser croire que
le salaire des patrons des caisses serait déterminant dans le calcul de nos
primes d’assurance est en réalité mensonger. Pour illustrer, prenons une prime d’assurance
mensuelle de 300 francs (assurance de base obligatoire uniquement). Elle
financera :
– les salaires du personnel médical et paramédical, à
hauteur de 240 francs par mois (80% de la prime) ;
hauteur de 240 francs par mois (80% de la prime) ;
– les salaires du personnel des caisses-maladies pour 12
francs par mois ;
francs par mois ;
– l’ensemble des autres frais des caisses-maladie pour
moins de 3 francs par mois ;
moins de 3 francs par mois ;
– et les salaires des directeurs des caisses pour… 6
centimes par mois.
centimes par mois.
En soit, il est tout-à-fait rassurant de savoir que
nos primes servent d’abord à payer les salaires du personnel médical, soignant
ou administratif, en résumé des personnes qui travaillent pour nous soigner
efficacement quand nous en avons besoin. Il n’y a donc pas lieu de remettre en
cause ces salaires. Il y a évidemment quelques cas individuels discutables, la
presse en a également fait écho sporadiquement en publiant des chiffres parfois
spectaculaires. En réalité, il existe dans le monde médical des moutons noirs,
comme dans absolument toutes les professions. L’exception n’étant pas la règle,
il faut d’abord reconnaître que la plus grande partie du personnel affecté aux
soins fait souvent un boulot ingrat, difficile, sous pression, à horaires
irréguliers et pour un salaire juste mais modeste par rapport aux
responsabilités qu’il leur est demandées. C’est typiquement le cas des
infirmiers et infirmières : si la profession était si attirante, on ne devrait sans
doute pas faire face à une telle pénurie qui nous conduit à embaucher massivement
du personnel en provenance de l’UE ou d’ailleurs.
nos primes servent d’abord à payer les salaires du personnel médical, soignant
ou administratif, en résumé des personnes qui travaillent pour nous soigner
efficacement quand nous en avons besoin. Il n’y a donc pas lieu de remettre en
cause ces salaires. Il y a évidemment quelques cas individuels discutables, la
presse en a également fait écho sporadiquement en publiant des chiffres parfois
spectaculaires. En réalité, il existe dans le monde médical des moutons noirs,
comme dans absolument toutes les professions. L’exception n’étant pas la règle,
il faut d’abord reconnaître que la plus grande partie du personnel affecté aux
soins fait souvent un boulot ingrat, difficile, sous pression, à horaires
irréguliers et pour un salaire juste mais modeste par rapport aux
responsabilités qu’il leur est demandées. C’est typiquement le cas des
infirmiers et infirmières : si la profession était si attirante, on ne devrait sans
doute pas faire face à une telle pénurie qui nous conduit à embaucher massivement
du personnel en provenance de l’UE ou d’ailleurs.
La formule magique n’existe
pas, c’est l’addition d’une multitude de mesures qui fera la différence
pas, c’est l’addition d’une multitude de mesures qui fera la différence
Il faut bien l’admettre, il n’existe pas de formule
magique qui permettrait de contenir les coûts de la santé. C’est en réalité un
problème que tous les pays développés, particulièrement les pays de l’OCDE,
connaissent. La raison en est simple : le développement économique nous a
permis d’accéder à un niveau de vie au XXIe siècle inégalé dans l’histoire. Les
techniques médicales modernes permettent à chacun de vivre mieux et de connaitre
les siens plus longtemps. Il est désormais devenu tout-à-fait normal que les
grands-parents connaissent leurs petits-enfants et relativement fréquent que
les arrière-grands-parents prennent leurs arrière-petits-enfants dans les bras
un jour. Ce n’était pas le cas il y a seulement une génération.
magique qui permettrait de contenir les coûts de la santé. C’est en réalité un
problème que tous les pays développés, particulièrement les pays de l’OCDE,
connaissent. La raison en est simple : le développement économique nous a
permis d’accéder à un niveau de vie au XXIe siècle inégalé dans l’histoire. Les
techniques médicales modernes permettent à chacun de vivre mieux et de connaitre
les siens plus longtemps. Il est désormais devenu tout-à-fait normal que les
grands-parents connaissent leurs petits-enfants et relativement fréquent que
les arrière-grands-parents prennent leurs arrière-petits-enfants dans les bras
un jour. Ce n’était pas le cas il y a seulement une génération.
C’est une perspective dont il faut d’abord se réjouir.
Comme les techniques médicales et les attentes en matière de santé évoluent
constamment, une des clés est certainement d’apporter un peu de dynamique dans la
politique de la santé. Les réponses de 2020 ne pourront fatalement pas être les
mêmes que celles de 2000 ou de 1980.
Comme les techniques médicales et les attentes en matière de santé évoluent
constamment, une des clés est certainement d’apporter un peu de dynamique dans la
politique de la santé. Les réponses de 2020 ne pourront fatalement pas être les
mêmes que celles de 2000 ou de 1980.
Alors que faire ? La clé réside sans doute dans
l’addition des bonnes volontés de tous et d’une multitude de mesures qui,
ensemble, peuvent faire la différence. Il y en a trois qui me viennent
immédiatement à l’esprit :
l’addition des bonnes volontés de tous et d’une multitude de mesures qui,
ensemble, peuvent faire la différence. Il y en a trois qui me viennent
immédiatement à l’esprit :
–
libéraliser
les importations de médicaments depuis l’UE, ce qui constituerait un moyen de
réduire le prix pratiqué en Suisse en le ramenant à un niveau approchant celui
pratiqué chez nos voisins (à ce sujet, une motion du conseiller national
Philippe Nantermod est en cours de traitement) ;
libéraliser
les importations de médicaments depuis l’UE, ce qui constituerait un moyen de
réduire le prix pratiqué en Suisse en le ramenant à un niveau approchant celui
pratiqué chez nos voisins (à ce sujet, une motion du conseiller national
Philippe Nantermod est en cours de traitement) ;
–
supprimer le
biais de financement entre ambulatoire et stationnaire, c’est aujourd’hui un système
pervers qui encourage les cantons à se débarrasser des coûts en direction des
caisses maladie et donc des primes (ce système empêche lui aussi d’obtenir les
prestations au meilleur coût) ;
supprimer le
biais de financement entre ambulatoire et stationnaire, c’est aujourd’hui un système
pervers qui encourage les cantons à se débarrasser des coûts en direction des
caisses maladie et donc des primes (ce système empêche lui aussi d’obtenir les
prestations au meilleur coût) ;
–
obliger les
prestataires de soins médicaux à fournir un devis avant de souscrire à un
traitement complexe (il est assez dramatique de constater que des praticiens
maîtrisant les actes médicaux n’aient pas conscience à priori du coût de ce
qu’ils prescrivent).
obliger les
prestataires de soins médicaux à fournir un devis avant de souscrire à un
traitement complexe (il est assez dramatique de constater que des praticiens
maîtrisant les actes médicaux n’aient pas conscience à priori du coût de ce
qu’ils prescrivent).
J’invite chacun à tirer les bonnes conclusions et à
choisir entre ceux qui tiennent un discours populiste et ceux qui veulent
vraiment trouver des solutions. Méfions-nous des assertions qui se limitent à
mettre à l’index le travail des caisses-maladie, leurs intentions ou encore les
salaires de leurs dirigeants. Les caisses sont trop souvent le bouc émissaire
tout trouvé d’un système bien plus complexe. Quand l’article en rayon est trop
cher, ce n’est pas la faute de la caissière du supermarché.
choisir entre ceux qui tiennent un discours populiste et ceux qui veulent
vraiment trouver des solutions. Méfions-nous des assertions qui se limitent à
mettre à l’index le travail des caisses-maladie, leurs intentions ou encore les
salaires de leurs dirigeants. Les caisses sont trop souvent le bouc émissaire
tout trouvé d’un système bien plus complexe. Quand l’article en rayon est trop
cher, ce n’est pas la faute de la caissière du supermarché.
Ceux qui prétendent apporter des solutions pour
réduire la charge des primes qui grèvent le budget des ménages modestes ne
peuvent décemment pas se contenter de pointer du doigt les compagnies
d’assurance. Face à l’urgence d’agir, ce populisme à dessein électoral est
irresponsable.
réduire la charge des primes qui grèvent le budget des ménages modestes ne
peuvent décemment pas se contenter de pointer du doigt les compagnies
d’assurance. Face à l’urgence d’agir, ce populisme à dessein électoral est
irresponsable.