Méfions-nous comme de la peste de la jalousie contre ces « salauds de patrons » !

La crise aura mis en lumière une réalité que beaucoup méconnaissaient : les indépendants, ces petits patrons d’entreprise sont avant tout des personnes qui triment, ne comptent pas leurs heures, cumulent soucis et tracasseries, vivent dans la crainte permanente du carnet de commandes trop vide ou de ne pouvoir verser les salaires dus au personnel éventuellement embauché.

C’est une réalité et reconnaissons-le : cela correspond à l’immense majorité des patrons d’entreprise. Il y a 529’000 micro-entreprises qui comptent jusqu’à 9 employés et 50’000 petites entreprises de moins de 50 employés en Suisse. Ces micro et petites structures forment le 98% de l’ensemble des entreprises du pays. Seule une entreprise sur 360 emploie plus de 250 personnes. Autrement dit, le quotidien de l’immense majorité des chefs d’entreprise colle bien à ce que j’écrivais plus haut.

Gérer le personnel, investir dans les équipements, parfois emprunter pour y arriver et avec le souci permanent du tableau de bord : aurais-je assez de mandats et de travail pour rembourser cet emprunt, pour amortir ces équipements coûteux et complexes, pour ne pas avoir à annoncer la terrible nouvelle d’un licenciement à l’un de mes collaborateurs, qui est peut-être même devenu un ami ? Ne pas en dormir la nuit, parfois. Ne pas compter ses heures, très souvent. Accepter les échecs, en tirer des leçons et remettre l’ouvrage sur le métier, animé par l’envie de faire bien, de faire au mieux ou de faire avec. Motiver et encourager ses collaborateurs dans les périodes les plus difficiles, croire en eux, les considérer, les enthousiasmer même, quand c’est nécessaire pour mener le navire à bon port. Et toujours, quand chacun est rentré chez lui, rester seul avec les soucis, les ennuis, les défis qui paraissent insurmontables et auxquels il faudra quand même répondre demain.

Et finalement, après bien des années, riches de tant d’échecs acceptés contre vents et marées comme des expériences, réussir, enfin. Réussir, peut-être. Mettre finalement un peu d’argent de côté. Profiter peut-être un peu plus de la vie, avoir de nouveau un peu plus de temps libre. Et peut-être même réussir vraiment ! A ceux-là je leur dis simplement : bravo, vous l’avez plus que mérité. Vous n’avez pas à vous justifier de quoi que ce soit. Vous avez tant donné, vous avez le droit de recevoir une fraction de ce que vous avez donné. Nous autres, employés, vous devons d’avoir un job, un salaire qui nourrit nos familles, un pécule qui assurera nos vieux jours. Merci à vous.

Gardons cela toujours à l’esprit lorsque nous parlons des conditions de travail, du cadre légal qui régit l’activité économique, de la fiscalité des entreprises. Montrons-nous critiques ; certes le monde n’est pas blanc ou noir. Et certes, il y a des moutons noirs partout. Mais méfions-nous comme de la peste de la jalousie qui embrume la pensée de certains mouvements politiques, si prompts à monter au créneau contre ces « salauds de patrons ».

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