Redonner envie de voter

Les élections fédérales sont passées mais le marathon électoral continue avec en ligne de mire les élections communales d’abord et les cantonales ensuite. A l’heure du décompte des résultats, c’est malheureusement souvent la victoire de ceux qui s’abstiennent de voter. Et la participation a vraiment marqué le pas le 20 octobre dernier.

En quatre ans, le Valais a gagné 10’000 électeurs mais on décompte 7’000 bulletins de moins

Objectivement, le bilan des fédérales est là, il est implacable et le moins qu’on puisse dire c’est qu’il doit nous interroger. La participation du Valais est passée de 60% à 54%. Pour bien prendre la mesure de cette plongée le 20 octobre dernier, prenons quelques chiffres plus parlants. Le Valais a gagné environ 10’000 électeurs. Ce sont 10’000 citoyens de plus à qui la chancellerie a fait parvenir le matériel de vote. Et pourtant on décompte 7’000 bulletins de moins à la sortie des urnes par rapport à la même élection quatre ans plus tôt. 104’000 Valaisans se sont abstenus pour le renouvellement de nos représentants au Conseil national. Ils n’étaient « que » 87’000 en 2015. 17’000 citoyens de plus ont choisi de ne pas voter. C’est énorme.

La participation des Valaisans aux élections fédérales et aux scrutins en général est meilleure que la moyenne nationale. Il n’empêche, elle commence à baisser fortement et il est possible que notre canton finisse par rejoindre cette valeur nationale moyenne. A l’échelle suisse, la participation fut de 45% le 20 octobre dernier. Depuis 1979, elle a toujours navigué dans une fourchette comprise entre 45% et 48%, avec un plus bas notable mais exceptionnel à 42% en 1995. Le taux de 2019, 45%, est tout-à-fait comparable à celui de 1991 (46%) ou 2003 (45%). En clair, la moyenne nationale demeure plus basse que le Valais mais elle est stable, alors que dans notre canton, la participation recule constamment et assez fortement désormais.

Dans 10 mois les communales, 4 mois plus tard les cantonales

Pourtant les occasions d’intéresser les citoyens à la vie publique ne manquent pas. Nous sommes appelés aux urnes quatre fois par année pour les scrutins fédéraux, et en général nous votons sur différents objets, si bien que nous donnons notre avis sur une dizaine de textes chaque année, un chiffre assez fort et surtout unique en comparaison internationale. Pour le renouvellement de notre personnel politique, des élections rythment notre vie dans un marathon électoral répété tous les quatre ans. Les résultats des fédérales, c’était il y a 2 mois. Pourtant, dans 10 mois, nous aurons également renouvelé nos autorités communales et enfin 4 mois plus tard nos députés et notre Conseil d’Etat. C’est un véritable marathon.

Je ne crois pourtant pas une seule seconde à un effet de lassitude. La démocratie n’est pas seulement le résultat de règles institutionnelles. La démocratie est vivante, avec des hauts et des bas, des moments plus forts, des moments plus émotionnels. Elle est ponctuée de respirations plus ou moins importantes et longues. La démocratie requiert surtout de maintenir le feu pour qu’elle garde tout son attrait. Elle ne saurait se résumer à des échéances d’élections et de votations. Elle concerne chacune et chacun de nous : dans quelle société voulons-nous vivre ? quelle place accordons-nous à la solidarité entre nous mais aussi entre les générations ? comment allons-nous répondre aux défis posés, par exemple, par l’allongement incroyable de l’espérance de vie et la robotisation en marche de nos processus et activités quotidiennes ?

Voter c’est signer le contrat qui nous unit

Comment peut-on, d’un simple revers de main, se désintéresser de ce que sera la société dans laquelle nos enfants grandissent ? Les générations passent, les institutions demeurent. Mais elles sont mouvantes, elles évoluent au fil de nos besoins et des grandes aspirations de notre société. Elles accompagnent notre monde dont la seule constante est le changement. Il en a d’ailleurs toujours été ainsi, déjà dans la Grèce antique d’ailleurs. Et bien cette immuable et nécessaire transformation de nos institutions, de notre système de solidarité sociale, de nos filières de formation, de tout ce qui rythme notre « vivre ensemble » est fondée sur l’acceptation populaire la plus large : voter c’est simplement signer le contrat qui nous unit. Parapher ce qui nous rattache à la communauté, à notre ville ou notre village, notre canton, notre pays. Voter c’est tellement davantage qu’élire nos représentants. Voter c’est faire des choix de société, des choix qui détermineront la vie que nos enfants auront. Voter c’est un trait d’union entre les générations, c’est un testament, un héritage, un leg de nos générations envers les suivantes.

La participation aux scrutins est donc fondamentale et il est trop facile de se cacher derrière la liberté de ne pas voter. A nous d’y réfléchir avant les prochaines échéances communales et cantonales. J’ai des idéaux et des valeurs auxquelles je suis fortement attachées, mais je demeure réaliste : il n’y a sans doute pas de recette miracle pour faire vivre notre démocratie. Cependant, il serait faux et même irresponsable d’accepter cela comme une fatalité. Les états-majors des partis politiques vont devoir poser ce sujet sur la table, car c’est leur responsabilité primaire que de donner envie de voter et de rendre notre démocratie belle et vivante. C’est leur devoir. Mais en attendant, il reste ce geste très simple mais efficace, à la portée de tout le monde : quand un ami affirme ne pas voter, lui rappeler tout ce que voter signifie.

Une réflexion sur « Redonner envie de voter »

  1. Excellent texte, Alexandre. Je pense que la diminution de la participation continue à tendre vers la moyenne fédérale parce que la population du Valais augmente grâce à l’immigration venue du reste de la suisse. Les valaisans étaient 150000 en 1940. Jusqu’en 1060, l’augmentation était autochtone, les familles nombreuses étaient courantes. Ensuite ce sont les travailleurs étrangers ( sans droit de vote) qui sont venus, mais depuis 20 ans, ce sont en majorité des suisses qui viennent habiter en Valais Et qui influencent et expliquent en partie ce recul de participation.

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