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Récompenser l’excellence suisse

J’ai lu avec attention le rapport annuel 2025 de l’industrie suisse du ciment et du béton. Non pas distraitement, mais avec le soin qu’on réserve aux textes qui disent quelque chose du pays. Ce n’était pas une plaquette. C’était un document précis, documenté, assumé. Il mérite qu’on le lise et qu’on le discute. Et il mérite qu’on s’en empare politiquement.

J’ai reçu et lu le rapport 2025 de cemsuisse

À deux reprises, j’ai participé, comme d’autres parlementaires, à des visites organisées par l’Association valaisanne de l’industrie des Graviers et du Béton (AVGB), en 2021 et en 2023. Les installations que nous avons découvertes, les responsables que nous avons rencontrés, les ingénieurs comme les opérateurs nous ont tenu un discours convergent. Ils ont parlé de transformation, non par posture mais par conviction, et ils nous ont montré comment cette industrie change, repense ses processus, engage sa transition. Ce mouvement est réel, et il appelle une réponse du politique.

On critique souvent, mais regarde-t-on vraiment ?

La Suisse a produit, en 2023, un peu plus de quatre millions de tonnes de ciment. Cela représente 480 kilos par habitant. Pris isolément, ce chiffre peut sembler élevé. Mais comparé à l’Allemagne (600 kg), à la France (570 kg), ou à la moyenne mondiale (plus d’une tonne), il apparaît modeste. Et ce n’est pas tout : nous ne faisons pas que consommer peu. Nous produisons bien.

Les données du rapport sont parlantes. Aujourd’hui, 73,2 % de l’énergie thermique utilisée par l’industrie cimentière suisse provient de combustibles de substitution, alors qu’elle atteignait à peine 50 % jusqu’en 2010. La part de clinker a été abaissée à 72 %, alors qu’elle dépasse encore les 80 % chez nombre de nos voisins. Depuis 1990, les émissions directes de CO₂ ont diminué de 27 %. Dans plusieurs cantons, le taux de valorisation des déchets minéraux dépasse les 90 %.

Ces chiffres ne sont ni anecdotiques ni théoriques. Pourtant, dans nos procédures d’adjudication, ils passent inaperçus. Quinze pour cent du ciment utilisé en Suisse est importé. Il vient d’Allemagne, d’Italie, parfois de bien plus loin. Il coûte moins cher mais il pèse plus lourd en carbone. Ce paradoxe interroge. L’industrie suisse investit, innove, réduit son empreinte, pendant que nos marchés publics continuent de commander ailleurs.

Les règles internationales ne nous interdisent pas d’exiger mieux

Certains pourraient penser que nous ne sommes pas libres d’agir, que les accords internationaux nous empêchent de favoriser notre production ou de fixer des critères trop ambitieux. C’est une idée compréhensible, mais elle ne résiste pas à l’analyse.

La Suisse est signataire de l’Accord sur les marchés publics (AMP) de l’Organisation mondiale du commerce. Elle est aussi liée à l’Union européenne par les Accords bilatéraux I, qui incluent un chapitre sur les marchés publics, et par les Accords bilatéraux II, qui les complètent. Aucun de ces textes ne nous empêche de poser des exigences environnementales ou de favoriser la proximité de production. Ce qu’ils interdisent, c’est la discrimination injustifiée. Ce qu’ils demandent, c’est la transparence, la clarté des critères et leur lien avec l’objet du marché.

Exiger une faible empreinte carbone, valoriser les matériaux recyclés, favoriser une production régionale contrôlée : tout cela est non seulement possible, mais prévu. La Loi fédérale sur les marchés publics, révisée en 2021, le confirme. Elle autorise expressément la pondération des offres selon des critères de durabilité écologique, de valeur sociale ou régionale, et selon le coût sur le cycle de vie. Elle ne ferme aucune porte, bien au contraire, elle en ouvre de nouvelles.

Nous avons donc les moyens juridiques d’agir, et une industrie prête à relever le défi. Il serait regrettable de laisser passer cette convergence.

Nous ne devons pas subventionner notre excellence, mais la reconnaître

La Suisse est un pays cher. Nous le savons. Mais c’est précisément pour cette raison que nous ne devons pas miser sur la compétitivité prix. Nous devons miser sur la compétitivité qualitative. Ce que nous avons à offrir, ce n’est pas un tarif. C’est une promesse : celle de la précision, de la rigueur, de la responsabilité. C’est une filière qui sait ce qu’elle produit, qui sait comment elle le produit, et qui accepte de le prouver.

Exiger plus, ce n’est pas exclure, c’est orienter. C’est dire à nos partenaires économiques : voilà le niveau d’exigence que nous nous fixons, et que nous attendons de vous. Si vous pouvez l’atteindre, alors vous êtes les bienvenus. Et si ce niveau favorise nos producteurs, ce n’est pas par privilège. C’est parce qu’ils le méritent.

Aux politiques d’agir, dès maintenant

Il est possible, dès aujourd’hui, d’intégrer des critères de durabilité dans les appels d’offres publics. Il est possible de les rendre lisibles, mesurables, vérifiables. Il est possible de comptabiliser non seulement le prix d’un matériau, mais son coût global, sur toute sa durée de vie. Il est également possible de revoir les normes techniques dans la construction publique, en particulier les normes routières, pour permettre ou imposer l’usage du béton recyclé, partout où les garanties de performance sont assurées. Enfin, il serait souhaitable que chaque entité publique rende compte, chaque année, de l’impact écologique de ses chantiers. Il est temps de passer de la déclaration d’intention à la responsabilité démontrée.

Le béton est un matériau utile. Il est parfois irremplaçable. Mais il n’est jamais neutre. Il façonne les paysages, marque les territoires, détermine une part de notre rapport au monde. Les choix que nous faisons aujourd’hui seront observés dans cinquante ans avec un regard critique, un regard sur la durabilité, sur la pertinence, sur l’impact des décisions d’aujourd’hui. Nous serons jugés à l’aune de ce que nous avons choisi de transmettre, ou de ce que nous avons préféré ignorer.

La commande publique peut répondre au besoin présent, ou bâtir un avenir conscient. Et tout cela ne dépend que de nous.

Notes :

Radicaux contre libéraux : et si le problème n’était pas chez nous ?

On dit souvent que le PLR serait déchiré entre radicaux et libéraux. Mais cette opposition résiste-t-elle à l’analyse ? Ce texte interroge les fondements de ce mythe, en s’appuyant sur l’histoire, la doctrine et les faits. Une invitation à dépasser les clichés pour mieux comprendre ce qui fait, depuis toujours, la cohérence de la pensée libérale-radicale.

Le PRD a été fondé à Olten le 25 février 1894 (photo du centenaire, 1994)

Le PLR souffre d’un mythe tenace : celui d’un grand écart idéologique entre deux sensibilités. Pourtant, à y regarder de plus près, cette opposition n’a jamais eu d’autre réalité que celle que certains s’acharnent à lui prêter.

Mais si ce clivage n’était qu’un mirage ? Une idée reçue, répétée jusqu’à faire écran à la vérité ? Car ce que l’on appelle fracture n’est, bien souvent, qu’un jeu d’ombres. Et ce que l’on appelle « divergence » n’est peut-être rien d’autre qu’une richesse de ton dans une ligne fondamentalement partagée.

Un parti sans nuances est un appareil. Un parti sans débats est une relique.

Il suffit de relire l’histoire, non pas celle que l’on brode à l’encre de l’air du temps, mais celle que l’on peut vérifier. Le radicalisme suisse, né dans les luttes de la Régénération au XIXe siècle, a toujours été un projet de liberté ordonnée. Ses combats : l’égalité civique, la liberté de conscience, le refus des privilèges, l’instruction publique, le commerce libre – mais aussi une vision forte de l’État, garant des conditions d’émancipation. Ce radicalisme n’était pas une aile gauche. Il était une force centrale. Constructrice. Moderne. Républicaine.

Le libéralisme helvétique, lui, n’en était pas le contrepoint, mais le cousin. Moins marqué par l’insurrection, plus enraciné dans la bourgeoisie urbaine, il partageait la même foi en la personne, la même défiance à l’égard des dérives autoritaires, la même exigence de responsabilité individuelle. Les deux courants, en vérité, sont issus du même socle intellectuel. Leur fusion, en 2009, n’a pas opéré un mariage de raison, mais un retour à l’évidence historique.

Ce n’est pas une figure de style. Depuis cinquante ans, le PRD suisse n’a jamais défendu une ligne qui s’éloignerait de celle du PLS. Il a porté des réformes budgétaires, soutenu le fédéralisme actif, combattu l’hypertrophie de l’État, et même initié des projets de baisse d’impôts, comme l’initiative Roth en 1977. Il n’a pas « glissé vers la gauche » comme on le murmure parfois : il est resté droit dans sa ligne – libéral, certes, mais humaniste. Exigeant, mais juste. Et profondément cohérent.

Être fidèle à une doctrine, ce n’est pas réciter un catéchisme. C’est rester lisible dans l’évolution.

Prenons Martigny. On la cite souvent comme le fief d’un radicalisme d’un autre âge, presque nostalgique. Mais cette lecture ne tient pas. Martigny n’a pas produit une ligne dissidente – elle a produit Pascal Couchepin. Un homme d’État, un libéral affirmé, mais aussi un radical ancré. Il n’a jamais transigé sur l’autonomie de la personne, jamais sombré dans le dirigisme. Il n’a pas été une exception tolérée : il a été un modèle entendu. Et si Martigny n’a jamais dévié, c’est peut-être qu’elle n’a jamais eu besoin de corriger sa trajectoire.

Cette impression de tiraillement que certains décrivent aujourd’hui a, en réalité, des racines plus politiques que doctrinales. Il faut se souvenir que, durant plusieurs décennies, le PRD valaisan faisait office de principal contre-pouvoir à un PDC alors jugé trop dominant, parfois peu enclin au partage du pouvoir. Premier parti d’opposition, plus large que tous les autres réunis, le PRD attirait sous son aile des femmes et des hommes plus motivés par la volonté de faire front contre la citadelle démocrate-chrétienne que par l’adhésion aux principes du libéralisme-radical.

Ce rôle de rempart, utile et assumé, a inévitablement élargi la base militante à des profils parfois éloignés de notre doctrine. Leur engagement était politique, voire stratégique, mais pas toujours idéologique. Or aujourd’hui, le rapport de forces s’est rééquilibré. Le PDC – devenu Le Centre – a retrouvé une taille plus conforme au pluralisme démocratique. Deux sièges au Conseil d’État, un poids politique reconnu, un rôle légitime : plus rien ne justifie de chercher refuge ailleurs par pur réflexe d’opposition.

Ce contexte modifié a opéré une clarification. Le PLR, désormais, n’a plus vocation à accueillir ceux qui ne partagent pas ses fondements. Et si certains continuent d’agiter le mythe de deux courants irréconciliables, c’est peut-être que leur présence fut toujours marginale, conjoncturelle, temporaire.

Ce n’est pas le PLR qui a changé. C’est la nature de ceux qui l’avaient rejoint pour des raisons extérieures à sa ligne. Alors oui, nous avons perdu des voix. Mais nous avons gagné en clarté. Aujourd’hui, notre parti rassemble celles et ceux qui partagent pleinement l’idéal libéral-radical. Et cette cohérence retrouvée est notre plus grande force pour la suite.

Quand les autres doutent, on parle de pluralisme. Quand le PLR débat, on parle de crise.

Regardons autour de nous. Le Centre valaisan, héritier du PDC, abrite une cohabitation parfois acrobatique entre aile chrétienne-sociale et aile conservatrice. L’UDC produit régulièrement des consignes divergentes selon les régions. Et le PS fait face à une Jeunesse socialiste qui s’oppose frontalement à ses réformes. Mais là, on parle de vitalité démocratique. Chez nous, on évoque des tensions.

C’est que le PLR dérange. Il est structuré. Lisible. Il ne promet pas tout à tout le monde. Il n’a pas besoin de renier hier pour exister demain. Il refuse les dérives populistes, les clientélismes opportunistes, les virages sans cap. Il avance. Il propose. Et dans une époque avide de flou, cela suffit parfois à le rendre suspect.

Le libéralisme-radical n’est pas une addition. C’est une synthèse.

Ce que nous portons ensemble est plus qu’un souvenir : c’est un projet politique contemporain. Nous croyons à la liberté de chacun, non à la toute-puissance de l’État. À la responsabilité individuelle, non à la dépendance institutionnalisée. À la prospérité partagée, non à la redistribution aveugle. C’est un socle solide – et un horizon, pour toutes celles et ceux qui refusent les renoncements faciles.

Ce projet ne s’adresse pas seulement aux membres d’un parti. Il parle à tous ceux qui cherchent de la cohérence, de la clarté, de la mesure. Il ne demande pas une adhésion militante. Il invite à une adhésion d’esprit.

Il n’est pas un héritage figé. Il est une promesse. Lucide. Exigeante. Humaine.

Eclairer le débat en 6 points

1. L’initiative Roth (1977) : un radicalisme fiscal assumé

En 1977, le conseiller national radical Franz Roth lance une initiative populaire fédérale visant à baisser les impôts directs. L’initiative échouera dans les urnes, mais elle marque un moment fort du positionnement fiscal du PRD : rigueur, justice contributive, incitation au travail. Cette ligne reste constante depuis.

2. Les votes concordants PRD–PLS dans les années 1980–1990

Une analyse des votes parlementaires fédéraux montre un alignement de plus de 85 % entre le PRD et le PLS sur les grands dossiers de politique économique, de fiscalité, de fédéralisme et de gouvernance publique entre 1980 et 2000. Les deux partis parlaient déjà d’une même voix bien avant leur fusion.

3. Deux radicaux valaisans, un même cap

Dans les années 1990, le PRD valaisan comptait deux figures majeures au Conseil national : Pascal Couchepin et Bernard Comby. Si Couchepin incarnait une ligne libérale-radicale ferme, axée sur la réduction de l’intervention étatique, Comby, économiste de formation, mettait l’accent sur le développement régional et la coopération internationale. Cette nuance posée, les deux Conseillers nationaux se sont toujours opposés à une extension incontrôlée de l’État. Que ce soit sur les questions fiscales, économiques ou institutionnelles, leurs prises de position n’ont que rarement divergé, elles sont restées alignées avec les fondements du libéralisme-radical : autonomie, responsabilité, liberté individuelle et service public performant.

4. Quand d’autres partis contiennent de vraies fractures

Au PS, la Jeunesse socialiste s’est opposée frontalement à la direction du parti sur AVS21, la réforme RFFA, ou encore la fiscalité des entreprises. À l’UDC, les divergences entre sections cantonales sont fréquentes : la section valaisanne romande a soutenu en 2024 des positions contraires à la ligne nationale sur plusieurs votations.

5. La fusion PRD–PLS : pas une recomposition, une clarification

Dans leur manifeste commun de 2007, les deux partis annoncent vouloir unir leurs forces pour renforcer une vision partagée : liberté individuelle, responsabilité, état limité et performant, excellence des services publics, justice dans la fiscalité. Aucune des valeurs fondatrices n’a été gommée dans la fusion de 2009. Elle a permis de clarifier ce qui existait déjà.

6. Fidélité doctrinale à l’épreuve des décennies au Grand conseil

Sur les cinquante dernières années, les élus radicaux valaisans ont régulièrement défendu une ligne libérale sur les questions économiques et fiscales. Que ce soit dans les débats sur la fiscalité foncière, les dépenses sociales, la péréquation intercommunale ou les incitations à l’investissement, le PRD – devenu PLR – s’est positionné en faveur de la modération de la dépense publique, de la responsabilisation des collectivités et de la baisse de la pression fiscale. Aucun vote emblématique ne témoigne d’un virage « à gauche » du groupe radical sur ces questions. Bien qu’ouvert au dialogue institutionnel, le PRD valaisan n’a jamais rejoint les positions du PS ou des Verts sur les grandes orientations budgétaires. La légende d’un radicalisme « social » au plan cantonal ne résiste donc pas à l’analyse des faits parlementaires.

Une seule ligne, depuis toujours

La cohérence du courant libéral-radical ne date pas d’hier. Depuis la Régénération (1830–1848), les radicaux suisses ont porté un projet de société clair : affranchir les individus des tutelles anciennes, garantir les libertés fondamentales, organiser un État au service du citoyen – ni omniprésent, ni absent. C’est ce courant qui a forgé la Constitution fédérale de 1848, puis soutenu la loi de 1874 sur la liberté du commerce et de l’industrie.

Tout au long du XXe siècle, le PRD n’a cessé de défendre une gouvernance sobre, une fiscalité juste, le respect des responsabilités individuelles et collectives. Dans les années 1970 déjà, le PRD s’oppose à l’inflation de l’État providence et propose des réformes structurelles. L’initiative Roth de 1977, qui prônait une baisse généralisée de l’impôt, en est une illustration. Dans les années 1990, alors que d’autres penchent vers l’étatisme ou le repli identitaire, les radicaux valaisans, à l’image de Pascal Couchepin ou Bernard Comby, incarnent une ligne claire : liberté, responsabilité, service public performant.

La fusion entre le PRD et le PLS en 2009 ne fut pas une rupture, mais une clarification. Le manifeste commun publié deux ans plus tôt défendait déjà les piliers de la pensée libérale-radicale : autonomie, confiance en l’individu, subsidiarité, concurrence loyale, excellence publique. Aucun de ces fondements n’a été abandonné.

Depuis plus de 150 ans, les mots ont évolué. Le monde aussi. Mais la ligne, elle, n’a jamais vacillé.

Pour une fiscalité plus juste sur la propriété : le Parlement accepte une motion du PLR

Article repris de l’édition du 16 mai 2025 du journal Le Confédéré

Le Grand Conseil a accepté, à une courte majorité, une motion déposée par Alexandre Luy au nom du groupe PLR-FDP. Elle vise à adapter les seuils des droits de mutation, inchangés depuis 2012, et à introduire un mécanisme d’indexation automatique en fonction de l’évolution des prix de l’immobilier. Si la réforme bénéficie d’abord aux jeunes familles qui peinent à accéder à la propriété, elle concerne en réalité tous les acquéreurs, y compris ceux qui changent de logement ou investissent dans l’immobilier pour y vivre. Le Parlement corrige ici une injustice fiscale qui frappait l’ensemble de la population.

L’accès à la propriété pénalisé par un impôt obsolète

En Suisse, l’acquisition d’un logement exige des fonds propres conséquents : au moins 20 % de la valeur du bien. Cela représente, pour une maison à 650 000 francs, un capital initial de 130 000 francs, souvent constitué par des économies de longue date, des retraits de caisse de pension, ou des aides familiales. Ces efforts financiers sont parfois au prix de sacrifices importants.

Mais à cet effort s’ajoute un impôt discret mais coûteux : les droits de mutation. Il s’agit d’un impôt cantonal, sans contrepartie directe, que doit acquitter l’acquéreur lors de l’inscription du bien au registre foncier. Certains cantons ne connaissent pas de tels impôts. En Valais, le taux applicable dépend de paliers fixés en 2012. Ces paliers n’ont jamais été adaptés à l’évolution du marché, alors même que les prix de l’immobilier ont fortement augmenté depuis.

Résultat : les acheteurs ne sont pas seulement pénalisés par la hausse des prix. Ils sont imposés à un taux plus élevé, simplement parce que les valeurs ont monté. Cette double peine frappe d’abord les jeunes familles, mais aussi les personnes âgées qui déménagent pour un logement plus petit, ou les locataires devenus propriétaires à la suite d’un héritage ou d’un investissement personnel.

Les droits de mutation sont un impôt perçu par le canton lors de toute transaction immobilière. En Valais, cet impôt est à la charge de l’acquéreur et s’ajoute au prix d’achat du bien. Le barème, défini par la Loi sur les droits de mutation (LDM), repose sur des paliers fixes, chacun associé à un taux unique appliqué à la totalité du montant, dès que le seuil correspondant est franchi.

Voici les taux en vigueur depuis 2012 :

  • 1 % pour les transactions entre 50’001 et 500’000 francs
  • 1,3 % pour les transactions entre 500’001 et 1’000’000 francs
  • 1,5 % au-delà de 1’000’000 francs

Contrairement à un impôt progressif sur le revenu, ce n’est pas seulement la tranche supérieure qui est imposée plus lourdement, mais l’ensemble de la transaction dès que le seuil est franchi, même de quelques francs.

Prenons un exemple : En 2012, une maison coûte 500’000 francs. Elle est taxée à 1 %, soit 5’000 francs. En 2024, le même bien, sans travaux ni amélioration, vaut 650’000 francs (hausse due à la seule évolution du marché). Il est taxé à 1,3 %, soit 8’450 francs.

Interview de l’auteur de la motion

Pourquoi avoir déposé cette motion ?

Parce que le système actuel est injuste. Il pénalise les gens qui essaient de se construire un avenir. Les jeunes familles qui peinent à réunir leurs fonds propres doivent en plus payer un impôt croissant, uniquement à cause d’un renchérissement qu’elles subissent déjà. Cette fiscalité ne tient pas compte de la réalité du marché. Il fallait agir.

Que propose votre texte ?

Deux choses simples. D’abord, une revalorisation immédiate des seuils d’imposition, à hauteur de 30 %, pour compenser la hausse des prix depuis 2012. Ensuite, un mécanisme d’indexation automatique : chaque fois que les prix de l’immobilier augmentent de 10 %, les seuils sont relevés de 10 %. C’est un principe analogue à celui déjà appliqué à l’impôt sur le revenu.

Le Conseil d’Etat vous a pourtant opposé une fin de non-recevoir.

Oui, il a recommandé le rejet de la motion. Outre des arguments fallacieux sur lesquels je ne m’attarderai pas, le gouvernement invoque essentiellement un risque de perte de recettes, environ 3 millions par an selon ses estimations. Mais faut-il vraiment financer l’État sur le dos de personnes qui achètent un logement ? L’équité fiscale doit primer. C’est aussi une manière de reconnaître l’effort des citoyens. Chaque année, ce sont 3 millions de francs en trop qui sont tondus injustement sur le dos notamment des jeunes familles qui acquièrent leur premier logement.

Et pourtant, votre motion a été acceptée.

Oui, malgré l’opposition du Conseil d’Etat, du Centre Valais romand et de la gauche. Nous avons pu compter sur le soutien de l’UDC, de l’ensemble du groupe PLR-FDP évidemment, ainsi que des élus du Haut-Valais [Die Mitte Oberwallis et Neo – Die sozialliberale Mitte, ndlr.] La majorité a été courte, 62 voix contre 59, mais elle suffit. Cette décision montre que le Parlement peut faire prévaloir la justice fiscale sur la logique comptable. Elle montre aussi qui se soucie concrètement des futurs propriétaires et enfin à ce sujet, elle clarifie le camp choisi par le Centre, le même que celui de la gauche.

La suite ?

Le Conseil d’Etat doit maintenant appliquer la décision parlementaire. Il lui appartient de proposer les adaptations législatives nécessaires. Le rôle du Parlement est de fixer les principes ; celui de l’exécutif est de les mettre en œuvre. Nous serons attentifs à ce que cela se fasse sans retard. Comme c’est le début d’une nouvelle législature, je dispose de passablement de temps pour m’assurer que la motion adoptée soit concrétisée et que cette injustice fiscale soit réparée.

Texte de la motion

Réponse du Conseil d’Etat

Vote final

La motion est acceptée par 62 oui, 59 non et 2 abstentions.

Détails du vote : https://parlement.vs.ch/app/fr/search/vote/263719

Candidates, entre bonnes intentions et faux-semblants

Dans les colonnes du Nouvelliste du 14 octobre, Madame Noémie Fournier thématise la question brûlante de la représentation féminine dans les plus hautes instances. La journaliste y fait l’inventaire des « quinze postes les plus en vue de la politique cantonale et fédérale », citant le Conseil national, le Conseil des États ainsi que le Conseil d’Etat. Il est stupéfiant d’oublier la plus haute et la plus prestigieuse instance politique suisse, le Conseil fédéral, dont un des sept fauteuils est justement occupé par une femme valaisanne, Madame Viola Amherd.

Bien que les Conseillers fédéraux soient justement choisis par les députés aux chambres dont nous renouvelons les mandats électifs dans quelques jours, le nom de la Conseillère fédérale n’a pas même été évoqué.

L’article du NF du 14 octobre 2023 interpelle

Être une femme ne saurait être un programme politique

Plus intriguant encore, la liste « Femmes PS » est prise en exemple, en assurant que le parti est le seul à « proposer une liste complémentaire 100% féminine ». Chacun sait pourtant qu’une telle liste ne tire des suffrages que dans le seul et unique but d’apporter de l’eau au moulin de la liste principale (la liste du PS en l’occurrence), sans offrir la moindre chance aux figurantes d’accéder à un fauteuil et cela tout le monde l’admet. Pour preuve, aucun mandat aux chambres fédérales n’a jamais été décroché par une personne candidate sur une liste complémentaire dans l’histoire de notre Canton. Ce n’est donc pas du tout un modèle d’intégration des femmes à la vie politique et aux élections.

Chaque parti politique dispose de listes annexes, principalement des listes de jeunes, mais cela a un but : former la relève qui, un jour, rejoindra les listes principales lors des différentes élections. Ces listes annexes peuvent également servir à thématiser spécifiquement, par exemple en mettant en valeur des propositions d’économie performante tout en ménageant les ressources naturelles comme le fait la liste « PLR. Avenir Écologie ». En revanche, procéder de la sorte avec les femmes c’est leur réserver le rôle peu envieux de relève en formation et cette démarche-là ne les met nullement en valeur, bien au contraire en faire-valoir. Les candidatures féminines doivent figurer sur les mêmes listes que les candidatures masculines, être une femme ne saurait être un programme politique. Figurer sur une liste secondaire se justifie par la mise en selle de la jeunesse ou la thématisation de solutions innovantes. Il est en revanche pour le moins périlleux de justifier d’y figurer par le simple fait d’être une femme.

En 2019 une quarantaine de femmes apparentées au PS n’ont servi qu’à élire un homme, Monsieur Mathias Reynard

Le recrutement constitue sans doute la pierre angulaire de la féminisation des mandats, mais il ne saurait suffire de proposer un nombre de candidates féminines important. Il est absolument nécessaire d’élaborer de véritables stratégies qui donnent de réelles chances d’élire autant de femmes que d’hommes. Les élections de 2019 ont vu 8 hommes accéder au Conseil national, y compris le siège du parti socialiste. Quand bien même ce parti avait présenté de mémoire une quarantaine de candidatures féminines, toutes listes apparentées confondues, elles ont toutes uniquement servi à élire un homme, Monsieur Mathias Reynard. Et personne n’imaginait alors sérieusement que l’une d’elle pût brûler la politesse à celui qui allait devenir Conseiller d’Etat deux ans plus tard.

Chaque parti doit bien sûr travailler davantage. S’agissant du notre, le PLR, ce travail est fait, ce thème nous préoccupe. Il n’y a pas un événement politique ou électoral sans que cela ne soit évoqué autour de la table. Nous ne prétendons aucunement détenir la vérité et les clés de la solution. Au-delà des discours convenus et des faux-semblants, une vraie politique de promotion équitable des candidates et candidats se fait avec des convictions, de la volonté et bien sûr passablement de patience. Les choses évoluent, les discours aussi, mais cela prend du temps car on ne transforme pas ainsi la société en un revers de main.

La journaliste constate qu’aucune femme n’occupe de fauteuil à la chambre du peuple sans relever la principale raison pour laquelle la délégation valaisanne a perdu une femme : l’heureuse accession de Madame Amherd aux plus hautes fonctions. Il est bien sûr regrettable que la dernière législature ait vu huit conseillers nationaux masculins choisis pour représenter notre Valais, mais il est également important de relever le parcours de notre ministre de la défense. Une Conseillère fédérale, tout de même, après Josef Escher, Roger Bonvin et Pascal Couchepin, ce n’est que la quatrième fois dans l’histoire de notre pays que le Valais est représenté au gouvernement fédéral ! Puisque l’article traite de la représentation des Valaisannes aux plus hautes fonctions politiques, il est regrettable que Madame la Conseillère fédérale Amherd ait été aussi vite oubliée.

Il faudra un jour assumer

Toutes les énergies seront nécessaires demain

La démocratie valaisanne a parlé sur le photovoltaïque alpin. Un peu comme quand elle décide d’élargir le catalogue des prestations de la LAMal, de permettre aux psychologues de prescrire ou d’améliorer les conditions de travail du personnel infirmier. A chaque fois, il y a de bonnes raisons de dire oui, mais quand vient l’automne et qu’on annonce une hausse des coûts, c’est plus difficile à assumer et rares sont ceux qui font le lien pourtant évident : on paie le prix de ce qu’on décide.

Au sujet de la production d’énergie, je redoute déjà les discussions cet hiver. Personnellement je défends l’énergie nucléaire d’une part et toute source de production électrique d’autre part. Que cela soit l’énergie éolienne, les parcs solaires, les barrages hydroélectriques et leur réhaussement ou que sais-je encore. J’ai toujours défendu l’idée de produire suffisamment et de garantir l’approvisionnement énergétique. C’est fondamental pour que les entreprises puissent prospérer, pour offrir des salaires dignes à tout le monde, pour que chacun puisse vivre dignement. A ce titre, ma ligne politique me laisse la conscience tranquille.

En revanche, je laisserai le soin d’assumer leurs choix à ceux qui s’opposent à tout depuis des années : le nucléaire laisse des déchets, l’éolien fait mal à la tête, les panneaux voltaïques alpins font mal aux yeux, un rehaussement de barrage noie trois sapins (Grimsel), une centrale hydroélectrique d’altitude gêne la présence d’une variété de mouche spécifique (Haut-Valais), les centrales au fil de l’eau terrorisent les poissons, … Je leur laisserai expliquer à nos concitoyens, comment aller vers plus de sobriété (manger froid ? se doucher un jour sur deux ? aller à pied au travail même quand on habite en montagne ?) Je leur laisserai aussi parler aux personnes de condition plus modeste, leur proposer d’abandonner les derniers loisirs qu’ils leur restent afin d’honorer les factures d’électricité que la pénurie aura fait encore exploser.

Mais je leur fais confiance sur un point. Les neinsagers opposés à tout trouveront de toutes façons le moyen de dire que ce n’est pas de leur faute s’il manque du courant ! Comme ceux qui défendent l’élargissement du catalogue des prestations LAMal au printemps avant d’aboyer l’automne quand les nouvelles primes sont communiquées. Ce ne sera jamais de leur faute. Assumer c’est pour les autres. En attendant, dommage pour les habitants qui, eux, subissent.

Electricité : Au pas de charge, maintenant

Répondre à la crise énergétique signifie produire davantage. Le faire évidemment de manière responsable, c’est-à-dire en privilégiant des sources d’énergie propres, mais produire davantage.

Le projet du site solaire de Grengiols

On nous sert à répétition des potentiels d’économies d’énergie, chiffrés volontiers jusqu’à 30%. Sans contester ce chiffre, réaliser de telles économies impliquerait des changements de comportement conséquents et disons-le, irréalistes. Dans les faits, cela signifie des restrictions. Qu’on se comprenne, les économies indolores se font, forcément et plus ou moins volontairement. Aucune entreprise ne dépenserait volontairement trop pour ses besoins énergétiques. Il en va de même de la très grande majorité des gens. Certes, il existe des comportements absurdes. Ils vont très majoritairement et naturellement évoluer, en particulier maintenant que le prix de l’énergie a pris l’ascenseur, que ce soit durable ou temporaire. Temporaire, espérons-le.

Consommer moins est un leurre, l’enjeu est de produire davantage mais de façon propre

Il n’empêche, si des économies sont réalisées, si l’efficience énergétique tend constamment à progresser, la consommation globale d’électricité, elle, reste durablement en augmentation. Et c’est bien normal, la population est en croissance et nous électrifions notre parc de véhicules, pour ne citer que deux très bonnes raisons. Ainsi donc, quels que soient les discours que les chantres de la décroissance tiennent sur les économies potentielles d’énergie, nous avons besoin d’augmenter nos capacités de production et corolairement les capacités de stockage de l’énergie, en réduisant au minimum l’empreinte carbone des solutions mises en œuvre. Les quatre principales sources d’énergie électrique décarbonées sont aujourd’hui le nucléaire, l’hydroélectricité, le photovoltaïque et l’éolien. Au surplus, le secteur hydroélectrique permet d’un côté de produire et de l’autre de répondre au besoin de stockage de l’énergie (pompage en période de production accrue et turbinage de l’eau lorsque la production est insuffisante).

Assurément, je pense que ce serait une erreur que de fermer totalement la porte au nucléaire. Les technologies évoluent et empêcher le progrès scientifique serait absurde. En revanche, force est de constater qu’il n’est pas imaginable de monter un nouveau dossier aujourd’hui, le réaliser et espérer qu’il produise le premier kWh avant 15 ou 20 ans, au minimum. Pour autant qu’on vienne avec un projet défendable autour d’EPR de génération 3+. Les problèmes auxquels fait face EDF dans la mise en œuvre du site de Flamanville doit nous inviter à la plus grande prudence en matière de maitrise des coûts et des délais. Qui plus est, il n’existe aujourd’hui très objectivement plus de majorité politique et enfin, aucune entreprise ne voudrait se lancer dans l’aventure. Je crois au potentiel de l’énergie nucléaire, mais un nouveau réacteur en Suisse ce n’est de toutes façons pas pour demain matin.

Le potentiel de l’énergie éolienne n’est pas négligeable, mais il restera de toutes façons marginal en Suisse, la topographie de notre pays ne s’y prêtant pas spécialement pour une production en masse. Il reste donc deux voies essentielles afin de produire davantage d’énergie à court terme : l’augmentation de la capacité de nos barrages d’une part, produire du solaire toute l’année d’autre part. C’est exactement le sens du projet que les Forces motrices valaisannes proposent, via la création d’un parc photovoltaïque de 5 millions de m2 dans le Saflischtal (sur le site de Grengiols). On peut espérer une production jusqu’à un milliard de kW/h, sous réserve des limites techniques et des impédiments relevés à ce jour et qu’il faudra adresser. Il n’est en effet pas possible aujourd’hui d’injecter autant de courant dans le réseau. Les parcs photovoltaïques alpins sont soutenus directement par la loi urgente votée par les chambres lors de la dernière session. Dite loi encadre tellement les solutions possibles qu’elle exige même des installations démontables à court terme. C’est donc un petit pas, mais il est essentiel pour changer de paradigme. Via un soutien indéfectible à la loi urgente, Le PLR a montré qu’il soutenait sans réserve la mise en place de ces parcs photovoltaïques alpins. Il s’agit maintenant d’avancer au pas de charge.

La gauche et les ONG jouent l’obstruction malgré l’urgence

En dépit de l’urgence d’augmenter nos capacités en hydroélectricité, la section haut-valaisanne du WWF a fait capoter devant le TF en avril dernier un projet hydroélectrique à Kippel et Ferden, afin de préserver l’habitat d’un plécoptère, ou plus simplement d’une variété de mouche. En dépit de l’urgence pour le photovoltaïque alpin, le groupe socialiste du grand conseil valaisan a déposé en session de novembre une interpellation urgente pour mettre en doute le projet de Grengiols et inviter le Conseil d’Etat à attendre. Ainsi donc, alors que nous cherchons tous des solutions afin de produire davantage, le camp rouge-vert rêve encore de production réduite, voir de décroissance, tout en s’émouvant de l’explosion des prix de l’énergie et par conséquent de l’érosion du pouvoir d’achat. C’est bien une curieuse posture qui consiste à déplorer les conséquences des causes auxquelles on contribue directement ! L’inquiétude des citoyens pour l’approvisionnement électrique est plus que légitime. Dans le dossier énergétique, il y a désormais deux camps, ceux qui veulent mettre les gaz et ceux qui cherchent des excuses pour attendre, encore.

Redonner envie de voter

Les élections fédérales sont passées mais le marathon électoral continue avec en ligne de mire les élections communales d’abord et les cantonales ensuite. A l’heure du décompte des résultats, c’est malheureusement souvent la victoire de ceux qui s’abstiennent de voter. Et la participation a vraiment marqué le pas le 20 octobre dernier.

En quatre ans, le Valais a gagné 10’000 électeurs mais on décompte 7’000 bulletins de moins

Objectivement, le bilan des fédérales est là, il est implacable et le moins qu’on puisse dire c’est qu’il doit nous interroger. La participation du Valais est passée de 60% à 54%. Pour bien prendre la mesure de cette plongée le 20 octobre dernier, prenons quelques chiffres plus parlants. Le Valais a gagné environ 10’000 électeurs. Ce sont 10’000 citoyens de plus à qui la chancellerie a fait parvenir le matériel de vote. Et pourtant on décompte 7’000 bulletins de moins à la sortie des urnes par rapport à la même élection quatre ans plus tôt. 104’000 Valaisans se sont abstenus pour le renouvellement de nos représentants au Conseil national. Ils n’étaient « que » 87’000 en 2015. 17’000 citoyens de plus ont choisi de ne pas voter. C’est énorme.

La participation des Valaisans aux élections fédérales et aux scrutins en général est meilleure que la moyenne nationale. Il n’empêche, elle commence à baisser fortement et il est possible que notre canton finisse par rejoindre cette valeur nationale moyenne. A l’échelle suisse, la participation fut de 45% le 20 octobre dernier. Depuis 1979, elle a toujours navigué dans une fourchette comprise entre 45% et 48%, avec un plus bas notable mais exceptionnel à 42% en 1995. Le taux de 2019, 45%, est tout-à-fait comparable à celui de 1991 (46%) ou 2003 (45%). En clair, la moyenne nationale demeure plus basse que le Valais mais elle est stable, alors que dans notre canton, la participation recule constamment et assez fortement désormais.

Dans 10 mois les communales, 4 mois plus tard les cantonales

Pourtant les occasions d’intéresser les citoyens à la vie publique ne manquent pas. Nous sommes appelés aux urnes quatre fois par année pour les scrutins fédéraux, et en général nous votons sur différents objets, si bien que nous donnons notre avis sur une dizaine de textes chaque année, un chiffre assez fort et surtout unique en comparaison internationale. Pour le renouvellement de notre personnel politique, des élections rythment notre vie dans un marathon électoral répété tous les quatre ans. Les résultats des fédérales, c’était il y a 2 mois. Pourtant, dans 10 mois, nous aurons également renouvelé nos autorités communales et enfin 4 mois plus tard nos députés et notre Conseil d’Etat. C’est un véritable marathon.

Je ne crois pourtant pas une seule seconde à un effet de lassitude. La démocratie n’est pas seulement le résultat de règles institutionnelles. La démocratie est vivante, avec des hauts et des bas, des moments plus forts, des moments plus émotionnels. Elle est ponctuée de respirations plus ou moins importantes et longues. La démocratie requiert surtout de maintenir le feu pour qu’elle garde tout son attrait. Elle ne saurait se résumer à des échéances d’élections et de votations. Elle concerne chacune et chacun de nous : dans quelle société voulons-nous vivre ? quelle place accordons-nous à la solidarité entre nous mais aussi entre les générations ? comment allons-nous répondre aux défis posés, par exemple, par l’allongement incroyable de l’espérance de vie et la robotisation en marche de nos processus et activités quotidiennes ?

Voter c’est signer le contrat qui nous unit

Comment peut-on, d’un simple revers de main, se désintéresser de ce que sera la société dans laquelle nos enfants grandissent ? Les générations passent, les institutions demeurent. Mais elles sont mouvantes, elles évoluent au fil de nos besoins et des grandes aspirations de notre société. Elles accompagnent notre monde dont la seule constante est le changement. Il en a d’ailleurs toujours été ainsi, déjà dans la Grèce antique d’ailleurs. Et bien cette immuable et nécessaire transformation de nos institutions, de notre système de solidarité sociale, de nos filières de formation, de tout ce qui rythme notre « vivre ensemble » est fondée sur l’acceptation populaire la plus large : voter c’est simplement signer le contrat qui nous unit. Parapher ce qui nous rattache à la communauté, à notre ville ou notre village, notre canton, notre pays. Voter c’est tellement davantage qu’élire nos représentants. Voter c’est faire des choix de société, des choix qui détermineront la vie que nos enfants auront. Voter c’est un trait d’union entre les générations, c’est un testament, un héritage, un leg de nos générations envers les suivantes.

La participation aux scrutins est donc fondamentale et il est trop facile de se cacher derrière la liberté de ne pas voter. A nous d’y réfléchir avant les prochaines échéances communales et cantonales. J’ai des idéaux et des valeurs auxquelles je suis fortement attachées, mais je demeure réaliste : il n’y a sans doute pas de recette miracle pour faire vivre notre démocratie. Cependant, il serait faux et même irresponsable d’accepter cela comme une fatalité. Les états-majors des partis politiques vont devoir poser ce sujet sur la table, car c’est leur responsabilité primaire que de donner envie de voter et de rendre notre démocratie belle et vivante. C’est leur devoir. Mais en attendant, il reste ce geste très simple mais efficace, à la portée de tout le monde : quand un ami affirme ne pas voter, lui rappeler tout ce que voter signifie.

Qui aime le Valais n’enverra pas deux PDC à la chambre des Etats

Deux chambres, l’une représentant le
peuple, l’autre les cantons : notre sage constitution fédérale l’a prévu
ainsi. Le Conseil national permet à la majorité de se faire entendre alors que le
Conseil des Etats est un outil formidable qui permet aux cantons moins peuplés de
plaider leur cause. A condition de savoir se servir de l’outil !
Chaque canton a ses spécificités et
ses combats qui lui sont propres. Après les coups d’assommoir que furent la Lex
Weber ou la nouvelle LAT fédérale, il est plus important que jamais pour le
Valais de donner de la voix et surtout de trouver une oreille attentive à Berne.
Aucune loi ne peut être votée sans qu’elle soit acceptée par chacune des deux
chambres. Obtenir une majorité lors d’un vote à la chambre des Etats permet
ainsi de bloquer une mesure dont nous ne voulons pas ou de proposer une
nouvelle loi dont le Valais aurait besoin.
Lorsque
Ruedi Noser manque le train, le Valais pèse deux fois plus lourd que Zurich
La chambre des Etats se compose
d’exactement deux députés par canton (ou d’un député par demi-canton). Les micro-cantons
d’Uri, de Glaris ou du Jura y ont chacun autant de poids que des cantons mammouths
que sont par exemple Vaud, Genève, Berne ou St-Gall. Lorsque Ruedi Noser, l’un
des deux sénateurs zurichois manque le train le matin, le canton du Valais pèse
deux fois plus lourd que le canton de Zurich au Conseil des Etats !
A la chambre des cantons, c’est le règne
des deux partis historiques : le PDC et le PLR. Le PDC seul n’obtient
jamais de majorité, pas plus que le PLR. En revanche, un projet est toujours
adopté lorsque les deux partis l’appuient conjointement. Envoyer un
représentant du PDC est évidemment une bonne stratégie : il pourra obtenir
l’appui de son groupe parlementaire et l’appui de sa Conseillère fédérale Viola
Amherd. Y envoyer un deuxième PDC afin de convaincre à nouveau un groupe déjà
acquis au projet est à peu près inutile. Il est donc dans l’intérêt du canton
du Valais d’envoyer à Berne un sénateur PDC et un sénateur PLR. Ainsi, les
projets bénéficieront de l’appui des deux premiers groupes du Conseil des Etats
et des conseillers fédéraux Karin Keller Sutter et Ignazio Cassis. Trois
conseillers fédéraux valent mieux qu’une seule !
Régater
avec les poids lourds présuppose une solide expérience à Berne
Peser dans la politique fédérale
n’est pas inné. Régater avec les poids lourds du parlement présuppose une
solide expérience préalable à Berne. Aucun élu n’y est efficace lorsqu’il y
fait ses premiers pas ! Nous, Valaisans, devrions donc idéalement élire
deux sénateurs au bénéfice d’une expérience reconnue sur la scène fédérale. Il
y a deux conseillers nationaux parmi les nouveaux candidats aux Etats qui ont
pratiqué la vie politique bernoise : le libéral-radical Philippe Nantermod
et le socialiste Mathias Reynard.
L’institut Sotomo de Zurich classe
chaque année les parlementaires fédéraux en leur attribuant un rating : de
-10 pour les plus marxistes de la gauche à +10 pour les plus nationalistes à
droite, 0 définissant le centre. C’est un moyen de situer nos représentants. A
ce classement, Philippe Nantermod est à +1.6, c’est-à-dire très exactement au
centre de son groupe libéral-radical. Pas à gauche, mais très loin de la droite
incarnée par l’aile dure de l’UDC. Sur cette même échelle, Mathias Reynard est
à -9.2. Il se situe plus à gauche encore que le popiste neuchâtelois Denis de
la Reusille…
Et c’est bien là que réside la
dernière question d’importance : les Valaisans, dont la grande majorité
ont des opinions politiques qui s’étendent du centre à la droite seront-ils
mieux représentés par quelqu’un qui leur ressemble ou par quelqu’un qui vote
systématiquement différemment d’eux lors des votations fédérales les plus
importantes ? Est-il opportun d’accompagner celui ou celle qui représentera le
PDC de Mathias Reynard au Conseil des Etats, sachant que sur tous les votes
importants pour notre canton, leurs voix s’annuleront tout simplement ?
Notre canton, que nous aimons profondément,
doit être défendu le plus efficacement possible. Et pour cela, l’un des deux
sièges qui lui est réservé doit être occupé par Philippe Nantermod.
Le Valais a l’opportunité de peser de
manière beaucoup plus importante sur la scène politique fédérale. Nous avons ainsi
l’opportunité, et ce serait la première fois en plus de 170 ans d’histoire
moderne de notre pays, de nommer deux représentants de deux partis différents
au Conseil des Etats. Le 20 octobre, nous ne manquerons pas ce rendez-vous avec
l’histoire.