
La civilisation tient sur un fil d’humanité, fragile comme une flamme battue par le vent. Ce fil ne rompt pas, parce qu’à l’instinct de meute, nourri de haine, nous lui préférons la réparation, la protection, et l’espoir, ce filament ardent qui défie les ruines. Elle se nourrit de gestes obstinés, de mains qui franchissent le gouffre, de choix qui refusent l’abîme.
Réparer les vies brisées, avec respect. Que la douleur des survivants ne devienne pas un ferment de haine. Reclure aussi avec bienveillance et protéger toutes les âmes. Celle de Dahbia, agonisante de sa noirceur, rongée par le mal, également. Universelle en sa chair, la vertu publique embrasse jusqu’aux âmes les plus perdues. Soigner enfin, avec courage, avec cette foi inébranlable en l’humain qui nous interdit de nous résoudre à l’abandon. Si la société perd Dahbia, elle aura échoué une deuxième fois.
Il n’est pas de victoire morale dans l’abandon, jamais. Antiques ou contemporaines, les sociétés les plus dignes n’ont de cesse de s’élever, cependant qu’elles ne renoncent jamais à aimer. Pas à aimer les aimables, à aimer. Et s’y employer avec sincérité, avec pugnacité, avec abnégation. Admettre que sous la nuit la plus épaisse couvent toujours les germes de l’aube. C’est une morale exigeante que de rendre l’humanité à celle que tout en nous veut rejeter.
La haine se nourrit de son reflet chez l’autre alors que l’empathie sincère, même quand tout en nous hurle l’inverse, la désarme. Faire un choix civilisationnel, obstiné mais inestimable. En quête d’une improbable lueur, refuser d’abattre le dernier rempart de notre ombre. Pour Lola, pour Dahbia : dépasser l’indicible horreur et ouvrir un chemin vers la résilience. Vent debout contre le tumulte, ignorer les rouleaux rageux, ces vagues qui inlassablement assaillent avec fracas, cependant éclatent sans empreinte. Et rêver la civilisation grande.
La peine de mort, jamais.