Non, M. Jacob Berger, c’est vous qui placez les juifs suisses dans une position intenable !

« Chemin vers la paix » (c) Cole Keister

Dans une lettre récemment publiée dans la Tribune de Genève, le cinéaste Jacob Berger accuse la CICAD de placer les juifs suisses dans une position intenable en refusant de condamner explicitement la politique du gouvernement israélien à Gaza. Ce raisonnement repose pourtant sur un renversement des responsabilités à la fois injuste et dangereux.

La CICAD a une mission claire et légitime : lutter contre l’antisémitisme en Suisse et défendre les droits des juifs suisses, quelles que soient leurs opinions sur Israël. À ce titre, elle intervient dès lors que des actes, des discours ou des représentations publiques propagent la haine ou les préjugés antisémites sur notre territoire. Ce mandat, elle l’exerce avec rigueur et courage, dans un climat qui devient chaque jour plus tendu.

Mais voilà que, depuis des mois, on exige d’elle, dans les médias, dans les milieux militants, sur les réseaux sociaux, qu’elle prenne position sur les actions militaires du gouvernement israélien. Pourquoi ? Non pas parce qu’elle s’occupe du Proche-Orient, ce qui n’est pas sa mission. Mais uniquement parce qu’elle s’occupe des juifs suisses, et qu’Israël est un État juif. Voilà le vrai mécanisme à l’œuvre : on essentialise. On intime à une organisation juive suisse de se prononcer sur les décisions d’un État situé à 3000 kilomètres d’ici, au seul motif qu’ils partagent une religion.

Ce procédé est précisément ce que la gauche progressiste passe son temps à dénoncer lorsqu’il s’agit d’autres groupes : l’essentialisation, l’amalgame, la stigmatisation par association identitaire. On a critiqué, avec raison, ceux qui sommaient la FOIS (Fédération des organisations islamiques de Suisse) ou d’autres organisations musulmanes de « condamner » chaque attentat djihadiste, comme si l’appartenance religieuse suffisait à engager la responsabilité politique.

Et pourtant, on applique aujourd’hui cette logique aux juifs. On exige des associations juives qu’elles condamnent Israël, et de chaque individu juif qu’il se positionne, faute de quoi il serait suspect. Ce sont ces injonctions qui placent les juifs suisses dans une position intenable. Pas la CICAD.

L’État d’Israël, faut-il le rappeler, est une démocratie pluraliste où siègent des députés arabes, où servent des officiers arabes dans l’armée, et où les critiques du gouvernement, y compris dans la presse israélienne, sont quotidiennes et vigoureuses. La presse n’y est pas aux ordres du gouvernement, elle est aussi diverse qu’en Europe, avec des titres critiques comme Haaretz à gauche, ou plus conservateurs comme Israel Hayom ou The Jerusalem Post à droite, illustrant une pluralité d’opinions digne de toute démocratie. La réalité est donc bien plus complexe que la caricature à laquelle certains s’accrochent.

La CICAD n’a pas à se transformer en ONG diplomatique ni à commenter chaque événement du conflit israélo-palestinien. Elle n’est ni le ministère des Affaires étrangères, ni une extension de la Knesset. Elle est là pour protéger les juifs de Suisse, dans un contexte où la haine antisémite s’exprime désormais à visage découvert, jusque dans les cortèges, les écoles et les parlements. Et c’est bien cela la vraie menace pour le vivre-ensemble à l’helvétique.

En refusant de céder à l’amalgame, la CICAD remplit son rôle. C’est au contraire ceux qui imposent aux juifs de Suisse un devoir de dénonciation collective qui alimentent les soupçons, les tensions et, in fine, l’antisémitisme. Et ce n’est pas la parole d’un cinéaste, même talentueux, qui suffit à rendre cela moralement acceptable.

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