On dit souvent que le PLR serait déchiré entre radicaux et libéraux. Mais cette opposition résiste-t-elle à l’analyse ? Ce texte interroge les fondements de ce mythe, en s’appuyant sur l’histoire, la doctrine et les faits. Une invitation à dépasser les clichés pour mieux comprendre ce qui fait, depuis toujours, la cohérence de la pensée libérale-radicale.

Le PLR souffre d’un mythe tenace : celui d’un grand écart idéologique entre deux sensibilités. Pourtant, à y regarder de plus près, cette opposition n’a jamais eu d’autre réalité que celle que certains s’acharnent à lui prêter.
Mais si ce clivage n’était qu’un mirage ? Une idée reçue, répétée jusqu’à faire écran à la vérité ? Car ce que l’on appelle fracture n’est, bien souvent, qu’un jeu d’ombres. Et ce que l’on appelle « divergence » n’est peut-être rien d’autre qu’une richesse de ton dans une ligne fondamentalement partagée.
Un parti sans nuances est un appareil. Un parti sans débats est une relique.
Il suffit de relire l’histoire, non pas celle que l’on brode à l’encre de l’air du temps, mais celle que l’on peut vérifier. Le radicalisme suisse, né dans les luttes de la Régénération au XIXe siècle, a toujours été un projet de liberté ordonnée. Ses combats : l’égalité civique, la liberté de conscience, le refus des privilèges, l’instruction publique, le commerce libre – mais aussi une vision forte de l’État, garant des conditions d’émancipation. Ce radicalisme n’était pas une aile gauche. Il était une force centrale. Constructrice. Moderne. Républicaine.
Le libéralisme helvétique, lui, n’en était pas le contrepoint, mais le cousin. Moins marqué par l’insurrection, plus enraciné dans la bourgeoisie urbaine, il partageait la même foi en la personne, la même défiance à l’égard des dérives autoritaires, la même exigence de responsabilité individuelle. Les deux courants, en vérité, sont issus du même socle intellectuel. Leur fusion, en 2009, n’a pas opéré un mariage de raison, mais un retour à l’évidence historique.
Ce n’est pas une figure de style. Depuis cinquante ans, le PRD suisse n’a jamais défendu une ligne qui s’éloignerait de celle du PLS. Il a porté des réformes budgétaires, soutenu le fédéralisme actif, combattu l’hypertrophie de l’État, et même initié des projets de baisse d’impôts, comme l’initiative Roth en 1977. Il n’a pas « glissé vers la gauche » comme on le murmure parfois : il est resté droit dans sa ligne – libéral, certes, mais humaniste. Exigeant, mais juste. Et profondément cohérent.
Être fidèle à une doctrine, ce n’est pas réciter un catéchisme. C’est rester lisible dans l’évolution.
Prenons Martigny. On la cite souvent comme le fief d’un radicalisme d’un autre âge, presque nostalgique. Mais cette lecture ne tient pas. Martigny n’a pas produit une ligne dissidente – elle a produit Pascal Couchepin. Un homme d’État, un libéral affirmé, mais aussi un radical ancré. Il n’a jamais transigé sur l’autonomie de la personne, jamais sombré dans le dirigisme. Il n’a pas été une exception tolérée : il a été un modèle entendu. Et si Martigny n’a jamais dévié, c’est peut-être qu’elle n’a jamais eu besoin de corriger sa trajectoire.
Cette impression de tiraillement que certains décrivent aujourd’hui a, en réalité, des racines plus politiques que doctrinales. Il faut se souvenir que, durant plusieurs décennies, le PRD valaisan faisait office de principal contre-pouvoir à un PDC alors jugé trop dominant, parfois peu enclin au partage du pouvoir. Premier parti d’opposition, plus large que tous les autres réunis, le PRD attirait sous son aile des femmes et des hommes plus motivés par la volonté de faire front contre la citadelle démocrate-chrétienne que par l’adhésion aux principes du libéralisme-radical.
Ce rôle de rempart, utile et assumé, a inévitablement élargi la base militante à des profils parfois éloignés de notre doctrine. Leur engagement était politique, voire stratégique, mais pas toujours idéologique. Or aujourd’hui, le rapport de forces s’est rééquilibré. Le PDC – devenu Le Centre – a retrouvé une taille plus conforme au pluralisme démocratique. Deux sièges au Conseil d’État, un poids politique reconnu, un rôle légitime : plus rien ne justifie de chercher refuge ailleurs par pur réflexe d’opposition.
Ce contexte modifié a opéré une clarification. Le PLR, désormais, n’a plus vocation à accueillir ceux qui ne partagent pas ses fondements. Et si certains continuent d’agiter le mythe de deux courants irréconciliables, c’est peut-être que leur présence fut toujours marginale, conjoncturelle, temporaire.
Ce n’est pas le PLR qui a changé. C’est la nature de ceux qui l’avaient rejoint pour des raisons extérieures à sa ligne. Alors oui, nous avons perdu des voix. Mais nous avons gagné en clarté. Aujourd’hui, notre parti rassemble celles et ceux qui partagent pleinement l’idéal libéral-radical. Et cette cohérence retrouvée est notre plus grande force pour la suite.
Quand les autres doutent, on parle de pluralisme. Quand le PLR débat, on parle de crise.
Regardons autour de nous. Le Centre valaisan, héritier du PDC, abrite une cohabitation parfois acrobatique entre aile chrétienne-sociale et aile conservatrice. L’UDC produit régulièrement des consignes divergentes selon les régions. Et le PS fait face à une Jeunesse socialiste qui s’oppose frontalement à ses réformes. Mais là, on parle de vitalité démocratique. Chez nous, on évoque des tensions.
C’est que le PLR dérange. Il est structuré. Lisible. Il ne promet pas tout à tout le monde. Il n’a pas besoin de renier hier pour exister demain. Il refuse les dérives populistes, les clientélismes opportunistes, les virages sans cap. Il avance. Il propose. Et dans une époque avide de flou, cela suffit parfois à le rendre suspect.
Le libéralisme-radical n’est pas une addition. C’est une synthèse.
Ce que nous portons ensemble est plus qu’un souvenir : c’est un projet politique contemporain. Nous croyons à la liberté de chacun, non à la toute-puissance de l’État. À la responsabilité individuelle, non à la dépendance institutionnalisée. À la prospérité partagée, non à la redistribution aveugle. C’est un socle solide – et un horizon, pour toutes celles et ceux qui refusent les renoncements faciles.
Ce projet ne s’adresse pas seulement aux membres d’un parti. Il parle à tous ceux qui cherchent de la cohérence, de la clarté, de la mesure. Il ne demande pas une adhésion militante. Il invite à une adhésion d’esprit.
Il n’est pas un héritage figé. Il est une promesse. Lucide. Exigeante. Humaine.
Eclairer le débat en 6 points
1. L’initiative Roth (1977) : un radicalisme fiscal assumé
En 1977, le conseiller national radical Franz Roth lance une initiative populaire fédérale visant à baisser les impôts directs. L’initiative échouera dans les urnes, mais elle marque un moment fort du positionnement fiscal du PRD : rigueur, justice contributive, incitation au travail. Cette ligne reste constante depuis.
2. Les votes concordants PRD–PLS dans les années 1980–1990
Une analyse des votes parlementaires fédéraux montre un alignement de plus de 85 % entre le PRD et le PLS sur les grands dossiers de politique économique, de fiscalité, de fédéralisme et de gouvernance publique entre 1980 et 2000. Les deux partis parlaient déjà d’une même voix bien avant leur fusion.
3. Deux radicaux valaisans, un même cap
Dans les années 1990, le PRD valaisan comptait deux figures majeures au Conseil national : Pascal Couchepin et Bernard Comby. Si Couchepin incarnait une ligne libérale-radicale ferme, axée sur la réduction de l’intervention étatique, Comby, économiste de formation, mettait l’accent sur le développement régional et la coopération internationale. Cette nuance posée, les deux Conseillers nationaux se sont toujours opposés à une extension incontrôlée de l’État. Que ce soit sur les questions fiscales, économiques ou institutionnelles, leurs prises de position n’ont que rarement divergé, elles sont restées alignées avec les fondements du libéralisme-radical : autonomie, responsabilité, liberté individuelle et service public performant.
4. Quand d’autres partis contiennent de vraies fractures
Au PS, la Jeunesse socialiste s’est opposée frontalement à la direction du parti sur AVS21, la réforme RFFA, ou encore la fiscalité des entreprises. À l’UDC, les divergences entre sections cantonales sont fréquentes : la section valaisanne romande a soutenu en 2024 des positions contraires à la ligne nationale sur plusieurs votations.
5. La fusion PRD–PLS : pas une recomposition, une clarification
Dans leur manifeste commun de 2007, les deux partis annoncent vouloir unir leurs forces pour renforcer une vision partagée : liberté individuelle, responsabilité, état limité et performant, excellence des services publics, justice dans la fiscalité. Aucune des valeurs fondatrices n’a été gommée dans la fusion de 2009. Elle a permis de clarifier ce qui existait déjà.
6. Fidélité doctrinale à l’épreuve des décennies au Grand conseil
Sur les cinquante dernières années, les élus radicaux valaisans ont régulièrement défendu une ligne libérale sur les questions économiques et fiscales. Que ce soit dans les débats sur la fiscalité foncière, les dépenses sociales, la péréquation intercommunale ou les incitations à l’investissement, le PRD – devenu PLR – s’est positionné en faveur de la modération de la dépense publique, de la responsabilisation des collectivités et de la baisse de la pression fiscale. Aucun vote emblématique ne témoigne d’un virage « à gauche » du groupe radical sur ces questions. Bien qu’ouvert au dialogue institutionnel, le PRD valaisan n’a jamais rejoint les positions du PS ou des Verts sur les grandes orientations budgétaires. La légende d’un radicalisme « social » au plan cantonal ne résiste donc pas à l’analyse des faits parlementaires.
Une seule ligne, depuis toujours
La cohérence du courant libéral-radical ne date pas d’hier. Depuis la Régénération (1830–1848), les radicaux suisses ont porté un projet de société clair : affranchir les individus des tutelles anciennes, garantir les libertés fondamentales, organiser un État au service du citoyen – ni omniprésent, ni absent. C’est ce courant qui a forgé la Constitution fédérale de 1848, puis soutenu la loi de 1874 sur la liberté du commerce et de l’industrie.
Tout au long du XXe siècle, le PRD n’a cessé de défendre une gouvernance sobre, une fiscalité juste, le respect des responsabilités individuelles et collectives. Dans les années 1970 déjà, le PRD s’oppose à l’inflation de l’État providence et propose des réformes structurelles. L’initiative Roth de 1977, qui prônait une baisse généralisée de l’impôt, en est une illustration. Dans les années 1990, alors que d’autres penchent vers l’étatisme ou le repli identitaire, les radicaux valaisans, à l’image de Pascal Couchepin ou Bernard Comby, incarnent une ligne claire : liberté, responsabilité, service public performant.
La fusion entre le PRD et le PLS en 2009 ne fut pas une rupture, mais une clarification. Le manifeste commun publié deux ans plus tôt défendait déjà les piliers de la pensée libérale-radicale : autonomie, confiance en l’individu, subsidiarité, concurrence loyale, excellence publique. Aucun de ces fondements n’a été abandonné.
Depuis plus de 150 ans, les mots ont évolué. Le monde aussi. Mais la ligne, elle, n’a jamais vacillé.