Candidates, entre bonnes intentions et faux-semblants

Dans les colonnes du Nouvelliste du 14 octobre, Madame Noémie Fournier thématise la question brûlante de la représentation féminine dans les plus hautes instances. La journaliste y fait l’inventaire des « quinze postes les plus en vue de la politique cantonale et fédérale », citant le Conseil national, le Conseil des États ainsi que le Conseil d’Etat. Il est stupéfiant d’oublier la plus haute et la plus prestigieuse instance politique suisse, le Conseil fédéral, dont un des sept fauteuils est justement occupé par une femme valaisanne, Madame Viola Amherd.

Bien que les Conseillers fédéraux soient justement choisis par les députés aux chambres dont nous renouvelons les mandats électifs dans quelques jours, le nom de la Conseillère fédérale n’a pas même été évoqué.

L’article du NF du 14 octobre 2023 interpelle

Être une femme ne saurait être un programme politique

Plus intriguant encore, la liste « Femmes PS » est prise en exemple, en assurant que le parti est le seul à « proposer une liste complémentaire 100% féminine ». Chacun sait pourtant qu’une telle liste ne tire des suffrages que dans le seul et unique but d’apporter de l’eau au moulin de la liste principale (la liste du PS en l’occurrence), sans offrir la moindre chance aux figurantes d’accéder à un fauteuil et cela tout le monde l’admet. Pour preuve, aucun mandat aux chambres fédérales n’a jamais été décroché par une personne candidate sur une liste complémentaire dans l’histoire de notre Canton. Ce n’est donc pas du tout un modèle d’intégration des femmes à la vie politique et aux élections.

Chaque parti politique dispose de listes annexes, principalement des listes de jeunes, mais cela a un but : former la relève qui, un jour, rejoindra les listes principales lors des différentes élections. Ces listes annexes peuvent également servir à thématiser spécifiquement, par exemple en mettant en valeur des propositions d’économie performante tout en ménageant les ressources naturelles comme le fait la liste « PLR. Avenir Écologie ». En revanche, procéder de la sorte avec les femmes c’est leur réserver le rôle peu envieux de relève en formation et cette démarche-là ne les met nullement en valeur, bien au contraire en faire-valoir. Les candidatures féminines doivent figurer sur les mêmes listes que les candidatures masculines, être une femme ne saurait être un programme politique. Figurer sur une liste secondaire se justifie par la mise en selle de la jeunesse ou la thématisation de solutions innovantes. Il est en revanche pour le moins périlleux de justifier d’y figurer par le simple fait d’être une femme.

En 2019 une quarantaine de femmes apparentées au PS n’ont servi qu’à élire un homme, Monsieur Mathias Reynard

Le recrutement constitue sans doute la pierre angulaire de la féminisation des mandats, mais il ne saurait suffire de proposer un nombre de candidates féminines important. Il est absolument nécessaire d’élaborer de véritables stratégies qui donnent de réelles chances d’élire autant de femmes que d’hommes. Les élections de 2019 ont vu 8 hommes accéder au Conseil national, y compris le siège du parti socialiste. Quand bien même ce parti avait présenté de mémoire une quarantaine de candidatures féminines, toutes listes apparentées confondues, elles ont toutes uniquement servi à élire un homme, Monsieur Mathias Reynard. Et personne n’imaginait alors sérieusement que l’une d’elle pût brûler la politesse à celui qui allait devenir Conseiller d’Etat deux ans plus tard.

Chaque parti doit bien sûr travailler davantage. S’agissant du notre, le PLR, ce travail est fait, ce thème nous préoccupe. Il n’y a pas un événement politique ou électoral sans que cela ne soit évoqué autour de la table. Nous ne prétendons aucunement détenir la vérité et les clés de la solution. Au-delà des discours convenus et des faux-semblants, une vraie politique de promotion équitable des candidates et candidats se fait avec des convictions, de la volonté et bien sûr passablement de patience. Les choses évoluent, les discours aussi, mais cela prend du temps car on ne transforme pas ainsi la société en un revers de main.

La journaliste constate qu’aucune femme n’occupe de fauteuil à la chambre du peuple sans relever la principale raison pour laquelle la délégation valaisanne a perdu une femme : l’heureuse accession de Madame Amherd aux plus hautes fonctions. Il est bien sûr regrettable que la dernière législature ait vu huit conseillers nationaux masculins choisis pour représenter notre Valais, mais il est également important de relever le parcours de notre ministre de la défense. Une Conseillère fédérale, tout de même, après Josef Escher, Roger Bonvin et Pascal Couchepin, ce n’est que la quatrième fois dans l’histoire de notre pays que le Valais est représenté au gouvernement fédéral ! Puisque l’article traite de la représentation des Valaisannes aux plus hautes fonctions politiques, il est regrettable que Madame la Conseillère fédérale Amherd ait été aussi vite oubliée.

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