Répondre à la crise énergétique signifie produire davantage. Le faire évidemment de manière responsable, c’est-à-dire en privilégiant des sources d’énergie propres, mais produire davantage.

On nous sert à répétition des potentiels d’économies d’énergie, chiffrés volontiers jusqu’à 30%. Sans contester ce chiffre, réaliser de telles économies impliquerait des changements de comportement conséquents et disons-le, irréalistes. Dans les faits, cela signifie des restrictions. Qu’on se comprenne, les économies indolores se font, forcément et plus ou moins volontairement. Aucune entreprise ne dépenserait volontairement trop pour ses besoins énergétiques. Il en va de même de la très grande majorité des gens. Certes, il existe des comportements absurdes. Ils vont très majoritairement et naturellement évoluer, en particulier maintenant que le prix de l’énergie a pris l’ascenseur, que ce soit durable ou temporaire. Temporaire, espérons-le.
Consommer moins est un leurre, l’enjeu est de produire davantage mais de façon propre
Il n’empêche, si des économies sont réalisées, si l’efficience énergétique tend constamment à progresser, la consommation globale d’électricité, elle, reste durablement en augmentation. Et c’est bien normal, la population est en croissance et nous électrifions notre parc de véhicules, pour ne citer que deux très bonnes raisons. Ainsi donc, quels que soient les discours que les chantres de la décroissance tiennent sur les économies potentielles d’énergie, nous avons besoin d’augmenter nos capacités de production et corolairement les capacités de stockage de l’énergie, en réduisant au minimum l’empreinte carbone des solutions mises en œuvre. Les quatre principales sources d’énergie électrique décarbonées sont aujourd’hui le nucléaire, l’hydroélectricité, le photovoltaïque et l’éolien. Au surplus, le secteur hydroélectrique permet d’un côté de produire et de l’autre de répondre au besoin de stockage de l’énergie (pompage en période de production accrue et turbinage de l’eau lorsque la production est insuffisante).
Assurément, je pense que ce serait une erreur que de fermer totalement la porte au nucléaire. Les technologies évoluent et empêcher le progrès scientifique serait absurde. En revanche, force est de constater qu’il n’est pas imaginable de monter un nouveau dossier aujourd’hui, le réaliser et espérer qu’il produise le premier kWh avant 15 ou 20 ans, au minimum. Pour autant qu’on vienne avec un projet défendable autour d’EPR de génération 3+. Les problèmes auxquels fait face EDF dans la mise en œuvre du site de Flamanville doit nous inviter à la plus grande prudence en matière de maitrise des coûts et des délais. Qui plus est, il n’existe aujourd’hui très objectivement plus de majorité politique et enfin, aucune entreprise ne voudrait se lancer dans l’aventure. Je crois au potentiel de l’énergie nucléaire, mais un nouveau réacteur en Suisse ce n’est de toutes façons pas pour demain matin.
Le potentiel de l’énergie éolienne n’est pas négligeable, mais il restera de toutes façons marginal en Suisse, la topographie de notre pays ne s’y prêtant pas spécialement pour une production en masse. Il reste donc deux voies essentielles afin de produire davantage d’énergie à court terme : l’augmentation de la capacité de nos barrages d’une part, produire du solaire toute l’année d’autre part. C’est exactement le sens du projet que les Forces motrices valaisannes proposent, via la création d’un parc photovoltaïque de 5 millions de m2 dans le Saflischtal (sur le site de Grengiols). On peut espérer une production jusqu’à un milliard de kW/h, sous réserve des limites techniques et des impédiments relevés à ce jour et qu’il faudra adresser. Il n’est en effet pas possible aujourd’hui d’injecter autant de courant dans le réseau. Les parcs photovoltaïques alpins sont soutenus directement par la loi urgente votée par les chambres lors de la dernière session. Dite loi encadre tellement les solutions possibles qu’elle exige même des installations démontables à court terme. C’est donc un petit pas, mais il est essentiel pour changer de paradigme. Via un soutien indéfectible à la loi urgente, Le PLR a montré qu’il soutenait sans réserve la mise en place de ces parcs photovoltaïques alpins. Il s’agit maintenant d’avancer au pas de charge.
La gauche et les ONG jouent l’obstruction malgré l’urgence
En dépit de l’urgence d’augmenter nos capacités en hydroélectricité, la section haut-valaisanne du WWF a fait capoter devant le TF en avril dernier un projet hydroélectrique à Kippel et Ferden, afin de préserver l’habitat d’un plécoptère, ou plus simplement d’une variété de mouche. En dépit de l’urgence pour le photovoltaïque alpin, le groupe socialiste du grand conseil valaisan a déposé en session de novembre une interpellation urgente pour mettre en doute le projet de Grengiols et inviter le Conseil d’Etat à attendre. Ainsi donc, alors que nous cherchons tous des solutions afin de produire davantage, le camp rouge-vert rêve encore de production réduite, voir de décroissance, tout en s’émouvant de l’explosion des prix de l’énergie et par conséquent de l’érosion du pouvoir d’achat. C’est bien une curieuse posture qui consiste à déplorer les conséquences des causes auxquelles on contribue directement ! L’inquiétude des citoyens pour l’approvisionnement électrique est plus que légitime. Dans le dossier énergétique, il y a désormais deux camps, ceux qui veulent mettre les gaz et ceux qui cherchent des excuses pour attendre, encore.