Le Parti socialiste veut relancer le débat sur une adhésion à l’Union européenne. Pour Cédric Wermuth, ce serait « un moyen pour améliorer les conditions sociales des deux côtés de la frontière ». Le co-président du parti socialiste suisse fait remarquer qu’avec « une démocratie affaiblie aux Etats-Unis, des dictatures en Russie et en Chine, il nous semble assez évident que l’avenir de notre pays, c’est un avenir européen. Il ne peut qu’être européen. »

Le 25 février dernier, le Conseil fédéral décidait lui de ne pas ratifier l’accord-cadre avec l’UE. La pression contre l’accord-cadre est bien sûr venue de l’UDC, qui s’oppose systématiquement à toutes les questions en lien avec la politique extérieure et tout particulièrement celles qui concernent nos relations avec l’Union européenne. Si l’attaque de l’UDC était attendue, le très europhile parti socialiste n’est pas resté muet. Les ténors du parti ont battu en brèche l’accord, à l’instar du bouillant président de l’Union syndicale suisse, Pierre-Yves Maillard. Alors qu’il n’existe aucune majorité en Suisse pour adhérer à l’UE, il apparait plus que jamais important d’appuyer avec force notre politique pragmatique, fondée sur des accords bilatéraux avec notre premier partenaire économique. A force d’additionner les oppositions, notre Conseil fédéral n’avait plus d’autre choix que de jeter le projet d’accord-cadre aux vieux papiers et de mettre le dossier de la politique bilatérale Suisse-UE en veilleuse, pour ne pas dire au congélateur.
Non contents d’avoir contribué à la fin de la négociation de l’avenir de la voie bilatérale, dans une alliance contre-nature avec la droite souverainiste, les socialistes ont encore lancé un référendum contre l’accord Frontex, l’extension des accords de coopération de Schengen. Car combattre Frontex c’était bien combattre Schengen. Il est bon aussi de rappeler que sans Schengen, c’est un demi-milliard de francs de perdus pour notre tourisme. Quand un touriste chinois ou indien visite le vieux continent, il obtient un visa Schengen. Sans notre participation à Schengen, cette personne s’en ira visiter la Tour Eiffel, la Tour de Pise ou la Porte de Brandebourg mais ne visitera pas Zermatt ou Interlaken. Combattre Schengen, c’était aussi combattre la libre-circulation et par voie de conséquence combattre la voie bilatérale. Or, l’existence de cette voie bilatérale est primordiale. Elle est sans doute aujourd’hui la seule voie possible pour notre politique extérieure, comme un point d’équilibre, le seul réaliste, entre la fermeture totale du pays et l’adhésion à l’UE, deux options totalement écartées aujourd’hui par la majorité des citoyens et des partis politiques.
En agissant comme une caisse de résonnance au discours anti-ouverture, le PS se présente comme l’idiot utile de l’UDC
Battre en brèche l’accord-cadre avec l’UE ou s’engouffrer dans le référendum pour combattre Frontex c’était jouer avec le feu. Le parti socialiste suisse prend la politique européenne pragmatique de la Suisse en otage et c’est irresponsable. Ce faisant, elle agit comme une caisse de résonnance au discours anti-ouverture européenne de l’UDC. Heureusement, dans sa grande sagesse, les citoyens suisses ont apporté leur plein soutien à la voie bilatérale le 15 mai dernier en acceptant le deal Frontex défendu avec force et conviction par notre ministre de la justice Karin Keller-Sutter. Avec 72% de Oui en Suisse et à plus de 3 contre 1, les citoyens ont clairement désavoué les souverainistes et la gauche.
Ainsi, après avoir combattu l’accord-cadre, pris le risque de couler la participation de la Suisse aux accords de Schengen, voici que le parti socialiste se lance dans le combat pour l’adhésion de la Suisse à l’Union européenne. C’est désormais sa nouvelle grande priorité. Alors qu’il se refuse à la moindre concession pour accepter certaines pièces du puzzle européen, il réclame par contre et en totale contradiction l’ensemble des pièces en acceptant de fait toutes les concessions possibles et imaginables du puzzle européen. Je me pose la question : y a-t-il dans ces prises de positions antagonistes un début de logique, l’ombre d’une cohérence ? y a-t-il encore un pilote dans l’avion socialiste ?