Avançons.

Les 120 millions de francs de contribution annuelle correspondent à une disposition prévue par le contrat bilatéral que nous avons signé. L’UE est un vaste marché, qui nous profite directement vu les volumes échangés.

Une balance commerciale serait vertueuse parce qu’excédentaire, dogme du trumpisme

Quoi qu’en pensent les eurosceptiques, l’UE demeure, et de loin, notre premier partenaire.

Cela nous profite parce que nous exportons et aussi parce que nous importons. Contrairement à certaines théories avancées, un pays comme le notre profite autant des importations que des exportations. La balance commerciale n’a pas à être considérée comme la marque d’un succès lorsqu’elle est excédentaire et un échec lorsqu’elle est déficitaire. Ça c’est le trumpisme de la théorie économique. Mais cela ne repose surtout sur rien de tangible, à part évidemment des partis pris. Nous sommes tous à la fois salariés ou indépendants et consommateurs. Évidemment, dans un pays avec un taux de chômage record et un PIB au plancher, exporter davantage qu’importer serait le reflet éventuel d’un développement nécessaire. La Suisse n’est pas dans cette situation. Elle importe davantage de l’UE qu’elle n’exporte parce que ce marché lui offre les produits qu’elle désire. Qu’elle importe beaucoup n’efface pas les milliards de revenus qu’elle réalise grâce aux exportations. Ce sont des salaires pour tous, de l’épargne pour la retraite, de l’argent pour nos écoles. 266,37 milliards de francs échangés en 2019. Point.

Pour développer la prospérité de ce marché, l’UE gère un fond de cohésion. Nous connaissons très bien cela en Suisse, c’est comparable par nature aux principes qui régissent la péréquation intercantonale. A l’échelle de l’UE, il ne s’agit pas d’un seul et vaste État fédéré, mais d’un marché unique dont les échanges se font notamment avec une monnaie commune, l’Euro, émise par la Banque centrale européenne. La cohésion ou la correction des équilibres est donc aussi importante pour le développement économique du marché qu’elle le serait si l’Europe était un État fédéré. L’UE est notre principal partenaire commercial. Sur chaque franc gagné en 2020 en exportant notre savoir-faire, 51 centimes viennent de nos clients européens. Si on englobe tous les échanges, un franc c’est 60 centimes avec l’UE (dont 22 centimes avec la seule Allemagne), 12 centimes avec les USA, 6 centimes avec la Chine, 3 centimes avec le Japon et 19 centimes pour l’ensemble des autres pays du monde. Non seulement l’UE restera longtemps encore notre principal partenaire commercial (et de très loin), mais c’est aussi la région du monde qui offre le meilleur potentiel pour la croissance de nos exportations, ce que confirment régulièrement plusieurs études sérieuses dont celle, connue, du BAK Basel Economics.

120 millions par an, en perspective, ce ne sont pas davantage que des cacahuètes.

La question est simplement de savoir si la Suisse se soucie du marché auquel elle prend part, ou si trop fièrement, elle faisait comme si l’Europe était insignifiante pour elle. Dans le rapport de force, nous avions bloqué notre participation à ce fond. Non que nous contestions qu’elle soit due (elle l’est contractuellement) mais parce que nous voulions utiliser cela comme une arme de négociation. Un peu comme un client rechignerait à régler une facture parce qu’il serait en froid avec son fournisseur. C’est de bonne guerre, c’est parfois utile quelques temps. Après plus de 10 ans de tergiversations par contre, cela en devient absurde et pathétique. Nous n’avons strictement rien obtenu avec cette position de principe. Dont acte.

Une nouvelle fois, l’UDC thématise sur ce sujet, en parlant comme à son habitude avec excès et slogans sensationnalistes. J’ai lu le terme de racket. Que c’est ridicule. Et arrêtons de parler du « milliard de cohésion ». Cette formule est issue tout droit de la réthorique calculée de ce parti. Parler d’un milliard en omettant systématiquement de rappeler que c’est le total à verser sur huit ans, c’est le degré zéro de l’enfumage. Un peu comme si on affirmait que la protection sociale en Suisse coûte 1464 milliards de francs. Oui en effet. Mais sur huit ans, comme pour le fond de cohésion de l’UE. Tant qu’à vouloir impressionner, on peut avancer également le chiffre de 3660 milliards. Ce chiffre est également vrai. Mais sur 20 ans. Ne nous trompons pas, l’UDC le fait systématiquement sur tous les sujets européens. Cette opposition ne repose sur rien d’autre qu’un dogme idéologique de fond qui veut que tout ce qui est européen serait forcément mauvais et devrait être combattu. Agiter pour exister. Et faire du sur-place.

Il est temps de retrouver un peu de sérénité dans nos relations avec l’Union européenne. On dit parfois que dans un conflit larvé, la personne la plus intelligente c’est celle qui sait faire le premier pas. La Suisse est un pays d’intelligence.

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