Pour avoir raison, il faut gagner la bataille des urnes

Les verts n’ont pas gagné les élections fédérales de 2019. Au classement final, ils ont obtenu une honorable quatrième place. Certes, ils ont fait une belle progression, c’est évident, mais sur la ligne d’arrivée, ils ont tout de même été battus par trois autres partis.

La grande vague verte, le tsunami qui allait mener la révolution tambour battant ne fut en réalité qu’une médaille en chocolat.

La 4ème place n’est pas une victoire.

La « vague verte » minoritaire au parlement n’a pas empêché la loi sur le CO2 d’être votée. Le parlement n’a pas attendu la pression des campeurs de la place fédérale. Il a pris ses responsabilités. La manifestation d’Extinction Rébellion et de leurs semblables n’a eu aucun impact sur le vote final. Aucun. Les avis étaient faits. C’est d’ailleurs la preuve par l’exemple que les verts et les manifestants n’ont pas le monopole des préoccupations environnementales. Et c’est évidemment la preuve que les solutions se négocient sous la coupole, pas dans la rue.

En réclamant davantage, les irresponsables manifestants du climat et leurs relais politiques prennent le risque de tout perdre.

Pour les manifestants de la place fédérale, le parlement n’en faisait pas assez. Pourtant, l’ajout de toute une série de nouvelles taxes dans cette loi sur le CO2, taxes réclamées principalement par la gauche, a provoqué une fronde qui se transformera en référendum populaire. Votation il y aura et si d’aventure, la loi devait être refusée par le peuple, les partis politiques qui ont chargé la barque devront prendre leurs responsabilités et se remettre en question. A trop vouloir charger le navire, on prend le risque de le couler. En réclamant davantage encore, les campeurs de la Bundesplatz semblaient ignorer qu’en Suisse, on ne gagne pas en frappant sur un tam-tam, en prétendant détenir la vérité ou en expliquant avec une vile arrogance que le parlement n’a rien compris. Il faut bel et bien remporter l’adhésion de la majorité des citoyens. Et cela se passe dans les urnes.

Notre démocratie n’a rien à envier aux pays où la seule façon de se faire entendre est la confrontation dans la rue.

La démocratie suisse est infiniment plus complexe que celle de la plupart des États occidentaux. Elle permet aux minorités d’être équitablement représentées, à tous les partis de l’échiquier de siéger dans le même gouvernement et au peuple de voter 4x par an sur de multiples sujets, y compris pour défier à peu près n’importe quelle loi votée par les chambres, sur une simple liste de 50’000 signatures. La démocratie à l’helvétique est unique en son genre. Elle n’a rien à envier aux pays où la seule façon de défier le pouvoir est de s’y confronter, dans la rue. La loi de celui qui gueule le plus fort, de celui qui intimide davantage, de celui qui appelle aux grèves et à la désobéissance civile. C’est peut-être pour cela que la Suisse n’a pas forcément besoin d’une place des mécontents, qui serve à défier les parlementaires.

Là où dans les autres pays, les citoyens en sont réduits à devoir hurler sur la place de la nation ou face à la maison du peuple, face au palais gouvernemental, face au parlement, et occuper les rues pour se faire entendre, les Suisses sont simplement invités à donner leur avis de manière civilisée: en votant.

Laisser un commentaire